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Harvey Milk - "Courtesy And Good Will Toward Men"

Harvey Milk - "Courtesy And Good Will Toward Men"
chronique Harvey Milk - Courtesy And Good Will Toward Men
8,757/10 0

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CD album CD album (106:89)

 

Style musical : 

Échafaud-Blues/Coup de taser.

 

Année : 

1996

 

Tracklist :

1. "Pinnochio's Example"
2. "Brown Water"
3. "Plastic Eggs"
4. "My Broken Heart Will Never Mend"
5. "I Feel Miserable"
6. "The Lord's Prayer"
7. "Sunshine (No Sun) Into The Sun"
8. "Go Back To France"
9. "A Good Thing Gone"
10. "One Of Us Cannot Be Wrong"
11. "The Boy With Bosoms"

 

Label : 

Relapse (pour la réédition de 2007)
Dans le même style :
Triggerfinger  - By absence of the sun

Dormir... douze heures. Nan, quatorze... Vingt-quatre heures. Dormir vingt-quatre heures.

T'as mal à chaque putain de muscle de ton petit corps chétif, t'as les ganglions de la gorge gonflés, t'as trop hurlé au concert de la veille, ou alors tu as encore choppé froid quand t'es sorti trempé de sueur essayer d'aligner deux mots bafouillés de ta mauvaise haleine aftershow avec les copains dehors, ou alors c'était cette grande bouteille de bière artisanale qui est passée de mains en mains et de bouches en bouches, de lèvres en lèvres, de bave en bavouille. Va savoir...

Fête de la musique au sortir de plus de dix heures de taff en continu... T'as encore essayé de t'y faire à cette fête de la musique. Tu voulais plus y jouer. La fête de la musique c'est un peu toute ta vie, c'est pas le 21 juin pour papa-maman-bébé qui font semblant de se sortir les doigts une fois l'an, mecton.

Fin de semaine difficile, normal, le début était déjà ardu et les semaines de 6 jours, c'est long. Et encore, il faut te lever le dimanche matin et t'as pas assez dormi après tout ça.

Dormir... soixante-douze heures.

Et là, c'est le parfait moment pour réécouter ce disque. Ta compagne est partie faire la sieste, tu chausses les écouteurs pour la laisser reposer en paix. Sinon, elle risque de se réveiller dans pas long, plutôt paniquée par ce qui résonne et fait trembler tout l'appartement.

Le deuxième album de Harvey Milk, encore pire que My Love Is Higher Than Your Assesment Of What My Love Could Be disais-je, plus absurde je ne sais pas en fait, mais plus lourd encore, plus chiant, plus obsessionnel. Finalement plus musical, aussi, un peu, un peu plus... Arf !, à quoi bon vouloir les ranger les uns par rapport aux autres, ces disques gargantuesques...

 

Sachez déjà que l'uninote de "Pinnochio's Example" est une parfaite illustration de ce qu'on peut faire avec rien quand on a de l'idée et de la folie autistique par blocs bétonnés en packs de 48.

Le RIEN, Harvey Milk l'exploite, le colle au turbin sous les coups de fouets et le fait cracher sa meilleure moelle par les naseaux dilatés.

Harvey Milk jouent autant avec leurs instruments que leurs tripes retournées, avec le buzz de l'ampli – très beau "I Feel Miserable" – ou un piano désaccordé. Tu crois que Harvey Milk n'en a rien à foutre ? Harvey Milk fait dans la grandeur et ils n'en ont rien à foutre, OK ? T'as compris ?

L'innocence de leurs mélodies en son clair, en voix éteintes, brisées (puté "The Lord's Prayer" a été enregistrée à cinq du mat' en toute fin de session ou quoi?!? Creston venait de se faire plaquer et il était fin rond ou bien ?!?) prouve que l'ironie en musique n'a pas fait que le meilleur : la pureté, c'est parfois tellement mieux, tellement plus beau, tellement plus... violent.

Nom de dieu, "Plastic Eggs" fourrage salement ou, bon sang, quand la voix arrive enfin au bout des mouvements de la marionnette du premier titre interminable, « L'exemple de Pinocchio », quels râles, quels mugissements revenus de tout !

"Sunshine (No Sun) Into the Sun" qui commence comme une autre petite comptine ou ballade (il y en a quelques-unes là-d'dans, il y en a!) est tranchée d'un coup sec et brutal par un gros Sludge plus énorme que tout ce que tu pourras essayer de faire avec cinq guitares et trois basses désaccordées en LA grave.

Eux, ils sont trois. TROIS !

 

Et ils insistent, ils restent collés, ils bloquent sur une note, ils répètent, ils assènent, incarnation de l'hébétude, de la divagation, difformité-née, ils prennent leur temps, ils vont à l'abattoir depuis le début de leur vie misérable, c'est l'échafaud Blues, et tu vas avec eux ! Tu vas avec eux, tu comprends ? D'un pas... solennel, bordel!

Ça racle jusqu'au fond des oreilles, et dans le bide, trois types pas fiers font des montagnes, créent une chose atroce, désespérante, sans se la péter, sans se la jouer « tu voaaas, on est trop des oufs ténébreux, mec, on a vu l'océan du vide, y'avait Bertrand Cantat sur son petit bateau qui jouait de la guitare acoustique – L'HORREUR MEC !!! ».

A l'occase, Creston Spiers arrive même à caser au hasard un bout de solo Hendrixien contre-nature complètement magnifique. C'est un disque de travailleurs splendides, à l'honneur de tous les losers qui ne s'en laissent pas compter. Harvey Milk et l'Artisanat, première entreprise du MONDE !

Et quel son ! Je vérifie la date d'enregistrement : 1995. Intemporel. Putain, en 1994 ils sortaient leur premier album, qu'est-ce que tu veux que je te dise, à toi qui te pignoles encore sur Nirvana ?! Ils sont où les génies, ils sont où les « Aaaaaaarrrrtistes » ?! Ta gueule : moi je sais.

Ils fabriquent même un truc tribal-Indus carrément chouette pour un titre instru qui s'appelle "Go Back To France", ouaaaah paie ton exotisme ! Bon, c'est peut-être le truc le plus, hum... convenu du disque. Sauf que ça me rappelle ce qu'a fait plus tard Tony Gatlif pour l'Indus mécanique terminal de Vengo.

Je m'égare.

Comment ne pas s'égarer ?

Je ne sais même pas, je cherche encore, comment ils font pour jouer ensemble, pour foutre leurs patates ensemble, BLAM !, pile-poil la gueule dans l'enclume, tous synchros.

D'autant que, hein, y'a un CD live bonus et d'époque inclus à la réédition Relapse de 2007 (Harvey Milk sur Relapse, c'te blague!). Avec le dit Pinocchio, on vérifie que pour eux tout se passe bien, merci ! Impossible de les prendre à défaut, ils sont complètement calés, en place, sur un tempo qui oscille entre le très lent et le sur-lent, alors que c'est justement le plus difficile, on est tous des gamins à côté de ça ! Il faut vraiment que ces types sentent la musique vibrer à l'intérieur de leurs carcasses, que tous les instants non joués ou tenus soient totalement sentis et mesurés avec une précision folle pour arriver à ce résultat. Vraiment complètement bluffant.

Mais alors du côté du public, comment ça se passait ? Que comprenaient-ils à, à... à... ça ? On entend un rire un peu gêné dans un silence, des bruits de pas, trois claps-claps placés au mauvais moment. Et du silence, du silence.

Ces mecs n'ont peur de rien et de personne. « ZZ Top is the best », ahahahah !

 

Il me restera à ajouter qu'il y a une reprise de Leonard Cohen, belle, encore déchirante, qu'ici se dessinent les prémices du mélodisme de Special Wishes, c'est aussi l'ancêtre débilitant de A Small Turn Of Human Kindness (chronique prochaine!), comme quoi ils sont cohérents dans ce qu'ils font, et qu'il faudra que vous soyez sacrément bien accrochés avant de vous lancer dans l'écoute de ce disque qui ne ressemble qu'à lui-même.

Des comptines qui n'ont que faire de la postérité et des hymnes de Désespoir dressés comme des piliers, des stèles (DOOM!), des totems du meilleur bois sous la baille pourrissante incessante, le soleil qui crame jour-pour-jour assurément et le gel atroce qui fait tout craquer de l'intérieur.

Bref, beau comme moi, fin saoul et fin triste, qui pisse sur ta pierre tombale et me mouille les pieds (l'un des deux est nu, j'ai jamais retrouvé la chaussure – et la chaussette). Avant de dormir... deux heures dans l'herbe à côté.

On me secoue brutalement : putain de merde, c'est les flics ! Là, dans cet instant plein d'évidence, juste avant qu'ils ne me collent un coup de taser et me passent les menottes, je me rappelle soudainement que ma nana m'a salement plaqué quand je lui ai annoncé qu'on m'avait découvert un cancer des couilles. Et qu'est-ce que je foutais par terre, la gueule sur la tombe de mon père ?

AAAAAAAHHHIIIIIIIIIII've got a love ! Ten miles HIGH !

 

TAAAAAAZZZZZeeeerrrr ...rrr...rr...r .

photo de El Gep
le 20/09/2015

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