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Les interviews Lost Ubikyst In Apeiron - Interview du 15/12/2014

Lost Ubikyst In Apeiron - Interview du 15/12/2014 | COREandCO

Membre(s) interviewé(s) :
Schrissse

Les interviews Lost Ubikyst In Apeiron
Lost Ubikyst In Apeiron

"Alleeeeeeeez LUiA ! Alleeeeeeeeeez LUiA ! Allez..."
Sauf qu'il n'est pas besoin d'encourager Schrissse – surtout si c'est pour le faire en mode "supporter du Tour de France ecclésiastique" – pour le pousser à se démener. C'est qu'il n'a rien lâché durant 7 ans afin de mener à bien tout seul l'aventure Abstruse Imbeciles Nailed On Slavery! Ayant réalisé une interview du Monsieur pour le compte d'un confrère de la presse métallique (...que nous vous recommandons chaudement), et tout cela ayant largement débordé du cadre de la "page syndicale", on a profité de l'espace virtuellement infini de CoreAndCo pour vous livrer la suite de cet échange. Alors si vous voulez en savoir plus sur les dessous de ce one-man-band ambitieux, c'est par ici que ça se passe !

Le nom du groupe comme celui du 1er album sont à l’image de tes compositions : longs et alambiqués. Que signifient-ils l’un comme l’autre ? A priori « Ubikyst » semble faire référence à "Ubik", le roman de P.K. Dick, non ?

En fait, même si le roman de P.K. Dick est anti-capitaliste – tout comme la majeure partie des paroles d’Abstruse Imbeciles Nailed On Slavery –, "Ubikyst" n’est rien d’autre que la customisation du mot anglais « ubiquist » (qui est la capacité d'être présent en tout lieu ou en plusieurs lieux simultanément). Les lettres Q et U faisaient un peu grossières et je les ai donc remplacées. L’"Apeiron" est un concept philosophique compliqué et soumis à interprétation  élaboré au 6e siècle avant J.C. par Anaximandre de Milet – qui était un élève de Thales. Ce dernier pensait que le principe originel, la substance de toute chose était l’eau. Anaximandre, lui, pense que la seule cause du développement extrêmement organisé de notre univers est l’"Apeiron" : l’Illimité, l’indéfini, l’indéterminé. Son raisonnement peut être résumé de la manière suivante : tout ce qui devient a un commencement et une fin, des limites dans l’espace et le temps, et ne peut être la cause génératrice de tout ce qui existe. Principe de tout, dépourvu de limites spatio-temporelles, l’Apeiron, immortel, indestructible et permanent, n’a rien qui puisse le définir et n’a pas de qualité déterminée. On peut dire qu’il est le « là d’où tout vient », la source du Tout à laquelle nous ne pouvons avoir accès. On peut traduire Lost Ubikyst In Apeiron par un ubiquiste perdu dans l’infini. On peut le lire mais je doute qu’on puisse se représenter visuellement cette « chose ». C’est une volonté de laisser les gens se faire leur propre idée d’un nom, d’une association de mots qui a effectivement du sens, mais dont l’image mentale est, à mon avis, impossible à dessiner.

Le titre de l’album, lui, décrit mon dépit face à cette quasi-impossibilité de changer notre condition d’esclave dans ce système complexe paralysant mis en place par les élites bancaires pour contrôler le monde. Quasiment tout tourne autour de l’argent et y avoir accès signifie se soumettre aux règles (celle des cartels bancaires internationaux) qui régulent cet accès. Ce qui amène les individus à rivaliser entre eux, ou encore à se faire la guerre pour
, par exemple, trouver leur place dans le monde du travail et du commerce.

Dépit, car si nous n’étions pas si divisés par la propagande médiatique qui s’ajoute aux croyances, opinions et coutumes multiples, se réunir autour d’une action visant à détruire cette oppression serait possible. Mais l'humanité, trop complexe (abstruse ou absconse, complexe au point de ne plus avoir de sens) par sa diversité, trop facile à manipuler par la propagande médiatique et une mauvaise éducation qui formatent les esprits (Imbeciles), est piégée (nailed) par cette structure socio-économique paralysante basée sur une croissance permanente et une soumission systématique (slavery).

 

Il semble que la fin de The Gateway, ton dernier « more-than-one-man-band », ne se soit pas passée idéalement puisque tu évoques à ce propos « un peu d’amertume ». Tu n’as pas gardé contact avec tes anciens partenaires ?
Nous nous croisons toujours au détour d’un bar, d’une rue ou quand nous faisons nos courses. Il n’y a jamais eu d’animosité entre nous ! Mais quand The Gateway a splitté de mon fait, j’ai littéralement disparu pendant plusieurs mois. Ce groupe m’a énormément fait progresser et il n’y aurait jamais eu de LUiA s’il n’y avait pas eu ce groupe ! Mais le faire avancer était compliqué car on avait du mal à avoir des dates de concerts et la fréquence des répet’ devenait de plus en plus espacée alors qu’on jouait une musique assez compliquée. Des tensions sont apparues, car la question de la rémunération de ceux qui étaient déjà intermittents du spectacle revenait souvent sur le tapis, et divisait les uns et les autres. Il est difficile de faire avancer et répéter un groupe avec des personnalités ayant un background musical éloigné sans objectif à l’horizon. On piétinait, et la moindre répet’ était limite sujette à négociation. Je ne prenais plus de plaisir à faire ça et je suis arrivé à un ras-le-bol total. Mais aujourd’hui tout est ok entre nous, et j’ai d'ailleurs demandé pas mal de conseils à William (le batteur de The Gateway) à propos des parties de batterie.

 

Sur les passages les plus blastés, les parties de batterie peuvent parfois rappeler celles de Dirk Verbeuren. Est-ce un hasard, ou bien as-tu programmé la BAR ainsi à dessein – ce qui serait une preuve supplémentaire de l’influence que Scarve a pu exercer sur toi ?

Dans le mille ! Le jeu de Dirk m’a tellement impressionné que j’ai tenté de reproduire sa finesse et sa façon d’appréhender les blasts avec des jeux de cymbales fins et à contretemps. Le boulot qu’il a fait sur les albums de Scarve est complètement monstrueux, et ce groupe a vraiment eu une grosse influence sur ce que je fais. Ils avaient tout ce que j’attendais d’un groupe des années 2000 : modernité, ultra-violence – surtout sur Luminiferous –, une technique au service d’une musique alambiquée, un sens de la compo hérité de ce que Townsend faisait de mieux… Autant de choses que je leur enviais. J’espère qu’on vivra assez longtemps pour entendre une suite à cette perle qu’est Irradiant, et entendre ce que Dirk a fait pour le nouveau Fredrik Thordendal’s Special Defect ! Mais il n’est pas ma seule influence car je me suis également inspiré de Pete Sandoval, Gene Hoglan, Jon Theodre, Sean Reinert de Cynic, Steve Flynn d’Atheist, George Kollias, Vinnie Paul, Morgan Agren…Il y en a tellement, impossible de tous les nommer !


Sur 2 morceaux tu utilises un vocodeur afin de « robotiser » ta voix. Je suppose qu’il y a ici un petit clin d’œil à Cynic ?

On peut le voir comme ça, car Cynic fait partie des groupes que j’adore. Mais l’utilisation du vocodeur répond avant tout à une volonté de faire quelque chose de différent. C’est juste dû à un hasard d’inspiration que je ne me suis pas refusé, car les voix robotisées ne m’ont jamais rebuté. Sur « The void » par exemple, j’avais vraiment envie de faire autre chose. Mais chaque tentative de voix claire sur ces couplets sonnait complètement kitch. En cherchant, en expérimentant avec les effets, j’ai par hasard mis un vocodeur qui collait bien avec l’ambiance.


Ta musique comporte tout un pan très axé sur les rythmiques saccadées. A quelques reprises (aux 2 tiers de « Blind Cyclops » par exemple), elle verse quasiment dans le djent. Est-ce qu’au-delà de ton admiration pour Meshuggah, tu apprécies cette scène ?

Il y a énormément de musiciens talentueux et créatifs dont je suis fan – comme Animals as Leaders ou Sikth que je considère comme des virtuoses. The Anamuensis de Monuments m’a bien plus également. Pour Meshuggah, mon album préféré est définitivement Chaosphere, que je trouve incroyablement agressif et colérique... On peut presque parler de Djent extrême ! Mais c’est surtout l’album solo de Fredrik Thordendal – que je me suis procuré il y a 17 ans et qui est toujours dans mon top 5 – que je considère comme le chef d’œuvre du style. Je ne me suis toujours pas remis de ce disque, et on peut clairement entendre que je m’en inspire sur l’album de The Gateway. D'ailleurs pendant une brève période j’ai fait partie d’Ellyptik, un groupe djent de Dole mené par un compositeur vraiment talentueux – et qui m’a causé bien des maux de tête lorsqu'il a fallu comprendre et mémoriser ses parties de guitare ! Et très récemment j’ai découvert les français de The Dali Thundering Concept, qui amènent quelque chose de différent avec une thématique anti-système qui me plait beaucoup. Je vois le djent comme une sorte de nouveau metal progressif affranchi de certains côtés « à l’ancienne » comme les voix haut perchées ou certains sons de clavier que je n’apprécie pas trop.

Je trouve que le morceau « Sarkoma » (une référence à l’« homme aux affaires » ?) ressort tout particulièrement au milieu de la tracklist. Et après vérification, il semble effectivement que ce soit le seul morceau à ne pas avoir été composé par toi. Peux-tu nous en dire plus ?

C’est une reprise du groupe d’electro-ragga-core-dub bisontin Goah Sativa qui officiait au début des années 2000. Je n’ai jamais vraiment apprécié ce genre de musique, mais va savoir pourquoi, lorsque je les ai vus à un concert à Mouthe en novembre 2000, ça a été le déclic immédiat. Il y avait un côté très noir et transcendant dans ce qu’ils jouaient, et leur chanteur avait l’air complètement possédé ! Sans compter ce côté rock core qui se mariait vraiment bien à leur versant électro. Tout ça m'a poussé à écouter leur EP et à tenter d'improviser dessus. Plus tard, en les côtoyant, je leur ai fait part de mon envie de reprendre ce morceau, et ils ont été d’accord. Mais son arrangement à la mode metal n’a pas été facile, surtout quand il a fallu adapter leur chant rap en autre chose – je me suis littéralement arraché les cheveux dessus! Le morceau traite d’un gars en train de crever dans une chambre d’hôpital, dévoré par un chancre, et qui ne demande qu’à mourir rapidement.

 

Quel est cet extrait qui figure au début de « Sarkoma » ? Et celui à la fin de « Gaïane » ? 

« Sarkoma » commence avec un extrait du film « L’Expérience interdite » – que j’adorais quand j’étais plus jeune. Gaïane est le prénom de ma fille, et c’est ma voix qu’on peut y entendre.

 

Le clavier au début de « The Way » me rappelle fortement les parties de synthé utilisées par Peter Tägtgren au sein de Pain. Coïncidence ?
Si c’était moi qui avait composé cette petite mélodie électronique, ça aurait pu en être une. Mais c’est l'un de mes cousins, fan de Pain, qui m’a donné ce sample à l’époque où je jouais dans son groupe, afin que je tente d'en faire quelque chose. C’est d’ailleurs la seule chose que je n’ai pas composée avec « Sarkoma ». Je suis revenu vers lui avec une version pas trop éloignée de ce que tu peux entendre, mais il ne l’a pas retenue, car il trouvait qu’il y avait trop de double grosse caisse à son goût. J’ai donc gardé cette chanson, bien directe et efficace, sans solo, qui tranche avec la tendance technique du reste du disque.

 

Au vu de la qualité de l’album, on se dit qu'il aurait tout à fait sa place sur un label. Les as-tu démarchés ? 

Oui, j’en ai démarché une vingtaine, mais pour l’instant je n’ai reçu que trois réponses négatives, dont une de Season of Mist qui a aimé, mais pas assez pour signer. Pour le reste, silence radio. Mis à part Nuclear Blast, qui a l’extrême décence de répondre à tout le monde – et qui avait même répondu à l'envoi de la première démo de The Afterglow en 1997 –, les labels ne se cassent pas la tête à répondre quand les soumissions ne leur plaisent pas. Il faut donc voir l’absence de réponse comme un non. D’autant plus que dans mon cas, étant un « one man band », le buzz qu'il est possible de créer est systématiquement limité: c'est un point auquel ils font très attention, notamment en allant vérifier ce genre d'info sur internet. Il faut dire aussi qu’avec la chute des ventes de CD, les labels (qui, rappelons-le, sont des entreprises commerciales) sont plus frileux qu’auparavant quand il s'agit d'investir de l’argent dans un projet de ce genre. Fort heureusement, avec internet on peut en partie s’en passer, car s’il y a 16 ans je n'aurais pas pu imaginer toucher quelqu’un à l’autre bout de la planète avec ma musique, aujourd’hui je peux être écouté partout et immédiatement. Et même si la commercialisation et la promotion à grande échelle restera toujours l’apanage des labels, on peut dorénavant aller de l’avant sans eux.

photo de Cglaume
le 03/03/2015

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