24-7 Spyz - The Soundtrack To The Innermost Galaxy

24-7 Spyz - "The Soundtrack To The Innermost Galaxy"
chronique 24-7 Spyz - The Soundtrack To The Innermost Galaxy

Il n’est pas rare que, parmi les dernières chroniques parues sur CoreAndCo, l’on trouve des albums de Fusion. Sauf qu’à de très rares exceptions près (le dernier Downtown Brown par exemple), les articles en question sont mis en ligne le dimanche, jour consacré aux dépoussiérages et autres séances de spéléo dans les malles du grenier de Grand-Mamie. Cette relégation au rayon vieilleries est d’autant plus avérée quand la Fusion en question est purement Funk Metal / Soul Metal – bref: à l’ancienne –, les rares groupes continuant à faire ce type de collages baroques préférant soit foutre carrément le Bronx en mode Nawak, soit inclure des éléments plus modernes – notamment de ces rythmiques saccadées qui font pavlover les fans de Djent.

 

C’est donc avec un immense plaisir que l’on se voit enfin offrir l’occasion de dés-endimancher le genre (dans l'acceptation calendaire du terme) en consacrant un papier enthousiaste au tout nouvel album de 24-7 Spyz, vétéran de la « Blaxploitation Fusion », courant qui n’existe bien évidemment pas mais dont les chefs de file seraient Bad Brains, Fishbone et Living Colour si c’était le cas – Vernon Reid (de Living Colour, donc) ayant d’ailleurs créé la Black Rock Coalition, à laquelle adhère entre autres nos FFF nationaux. 24-7 Spyz, ce sont 4 habitants du Bronx qui, en 1986, décident de mélanger tout ce qui est bon dans le gros son en faisant cohabiter guitares qui crachent – Hardcore, Punk, Metal – et grands bols de soleil – Reggae, Soul, Rap, Ska et Funk. Leur histoire démarre donc sacrément tôt, mais n'est émaillée seulement que de 7 albums longue durée, la vie n’ayant pas toujours été un long fleuve tranquille pour nos amis. C’est que, bien qu’évoluant dans un style pas très éloigné des 3 références citées ci-dessus, et bien qu’ayant de belles réussites à leur actif, les Spyz n’ont jamais vraiment décroché la timbale. Ils ne sont pas passés loin, en 1992, à l’occasion d’un Strength in Numbers sorti sur une major… Malheureusement l’histoire finira en queue de poisson, échouée sur le rivage des années fastes du Grunge. Ajoutez à cela que ça s’est pas mal embrouillé, puis rabiboché, puis repris le chou dans le line-up, ce qui a laissé de gros trous dans l’agenda de la formation.

 

Mais ne ressassons pas le passé: l’actualité des Américains est bel et bien un retour au plaisir de jouer une Fusion Soul Metal à large spectre, la chose ayant pris corps en un The Soundtrack To The Innermost Galaxy respirant la sérénité retrouvée et l’absence de prise de tête – le tout habillé d’une bonne vieille prod’ chaleureuse d’époque (merci Terry Date!). La démarche actuelle de nos joyeux papys (eh oui) est des plus saines: finies les grosses ambitions génératrices de frustration, jouer de la musique signifie désormais prendre son pied avec des potes, et faire plaisir à des fans dont la fidélité a permis de mener à bien une campagne de crowdfunding permettant de ne plus se soucier des labels et de leurs impératifs financiers.

 

Et on le sent bien que les loustics se sont autorisés tout ce qu’un directeur artistique en recherche de temps d’antenne et de retours sur investissement aurait interdit: première piste réduite à un simple blablah de bienvenue, présentation du crew sur le début d’« Anthem », morceaux à rallonge garnis de solos de 2 à 3 minutes, passage d’une ambiance à l’autre sans souci de fil conducteur précis… Quand on jamme entre copains on peut tout se permettre, et c’est bien ce que font Rick, Jimi, Head et Fish – ces 2 derniers étant des recrues récentes dont l’une – le batteur au surnom révélateur – n’est autre qu’un membre actif et fondateur de Fishbone. Du coup The Soundtrack To The Innermost Galaxy se présente comme un sympathique patchwork, frais et inspiré, tapant certes à un peu toutes les portes sans souci de cohérence forte, mais réalisé avec une telle bonhommie, une telle inspiration et une telle de joie de vivre que le plaisir manifeste pris par les lascars s'avère très vite communicatif.

 

Mais il serait quand même judicieux de vous donner un petit aperçu de la variété de la palette utilisée sur ce 7e album, alors suivez le guide! « Anthem » propose un Rap Metal relax, indolent presque, qu’un riff simple mais imparable et de multiples flow plus-cool-que-moi-you’re-dead-bro transforment en tube mortel. « Thank You » renvoie ensuite direct‘ sur le Living Colour des morceaux les plus optimistes et les plus funky de Stain. « Brothers & Sisters » ouvre les vannes d’une soul caressante – quasi sirupeuse – à laquelle participe une invitée récurrente, Sandra St. Victor, dont la superbe gouaille donne l’impression que Tina Turner est venue pousser la chansonnette sur un titre qui mériterait presque l’étiquette Quincy Jones Gospel Metal. « Repeating Myself » continue dans le même registre que « Tank You », sans trop d’arrêtes coupantes, mais en restant solidement campée sur une guitare qui « fuzze » de plus en plus. Puis c’est sortie à la plage sur « Blind Dreamin’ », les rayons d’un soleil clément chauffant doucement les transats disposés face une mer qui regagne en vigueur régulièrement, revigorée par une houle guitaristique dont la première apparition, à 0:41, accélère méchamment le bronzage. Vu comme il fait chaud, le groupe s’offre alors une petite pause Salsa / Schweppes, dès la barre des 5 minutes passée, histoire de se réhydrater. Et comme l'ambiance est clairement au "on n’en a rien à foutre", « Ascension » consacre 2 minutes instrumentales à des rythmiques aspirées et des percus caribéennes.

 

Les derniers morceaux valent eux aussi leur pesant de bière fraîche et de cacahuètes grillées, mais vous avez compris le principe: The Soundtrack To The Innermost Galaxy c’est daïquiri, lunettes de soleil et compagnie, avec un peu de guitare pour que les chairs ne se ramollissent pas trop. Et si cet album n’est pas la tuerie ultime qui vous fera oublier toutes les autres sorties pendant un mois, c’est néanmoins un formidable moment de coolitude sereine, qui apporte le même genre de satisfaction qu’un barbecue entre ami(e)s par temps clément.

 

... Et un album de plus pour la playlist des dimanche midi de juin à septembre, un !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: The Soundtrack To The Innermost Galaxy, c’est la Fusion Soul / Funk Metal du début des 90s qui s’invite dans les écouteurs de la fin des années 2010. C’est une leçon de coolitude absolue donnée par l’un des plus expérimentés des vétérans de l’époque. C’est ce qui – en dehors des glaçons – manque à vos punchs à venir…

 

 

photo de Cglaume
le 04/04/2019

1 COMMENTAIRE

Dams

Dams le 04/04/2019 à 10:10:41

Ah ça c'est très bon, c'est même très très bon !!! Oui ça rappel la belle époque fin 80 - début 90, le chant me rappelle le Kiedis de cette époque.

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