69 - Heroic

Chronique Vinyle 12" (28:47)

chronique 69 - Heroic

Troisième album pour 69 qui célébre (presque) 30 ans d'expérimentations musicales pour le couple Peitavi/Gonzalez, si on considère qu'ils sont entrés dans leur passion vers leurs 16 ans. Jeunesse sonique intacte et toujours intense.

Heroic l'album se couple avec un court métrage éponyme où l'on vie l'aventure de l'enfant sur la pochette... leur enfant.

 

Et l'on est immédiatement happé par cette pochette. Interpellé par la densité de la... rage qui s'y en dégage (prends le vinyle en main et fixe la pendant 2-3 minutes, émotions garanties). Pour rester dans l'artwork, nous sommes loin de la carte du visite du premier opus de 2010 (oublié?) et du trip à la Wolf Rilla de Adulte.

Comme le duo est conséquent, en seras-t-il de même pour le contenu ?

 

Sombre dans les tons et radical dans sa production à l'os, Heroic est loin d'un misérabilisme chic que l'on retrouve ces dernières années chez les groupes « façon cold ». Imaginé comme un roadbook (sound!), les pages se remplissent de textures, de ratures, de traits au crayon de bois, de coups de gomme, rendant le tout bien vivant ; sur le modèle des grands disques des années 70, qui se battaient le concept jusqu'à l'échine.

 

Des sons prédominants habitent la plaque, un gratté-relaché sur les cordes de la guitare immédiatement identifiable, des claviers vintage cabossés, ça et là une boîte à rythmes empruntée chez Sisters of Mercy à moins que ce ne soit chez Suicide (du mal à choisir la date de conception). Et puis, il y'a ce chant ! Bien sûr avec des effets... mais ce chant ! Hypnotique, parfois rageur, sentencieux sur « Black Crate ».

En parlant des titres « Heroic » est perle pop sépulcrale comme on entend peu. La tristesse et le dégoût qui se lie au groove et à une forte énergie.

 

Le dyptique d'entrée « The Hanged Man » / « Sounds of dust » convie le futur dévasté dans une ambiance d'un autre âge... les cordes sont frottées jusqu à la brûlure, les échos construisent une chambre forte.. dernier autel avant la postérité. On connaît le couple fin connaisseur des expérimentateurs comme Talking Heads ou Pere Ubu ou des maudits comme Le Gun Club et Peter Quinn...

Il convient de s'entendre sur le fond... il n'y a rien de morbide dans le contenu. Les spectres sont libres.

 

« Shadows & Rifle » convoque Martin Rev et Jeffrey Lee Pierce dans un cortège shamanique. « One eyed boy » évoque l'après... ce sentiment de vide, d'avant le pas décidé qui nous éloigne du cortège... le vertige en plus. L'album se referme brutalement sur « Jeunes êtres »... une intro/outro... laissant l'auditeur/rêveur sur sa faim, sur son envie d'aller plus loin.

 

Court-métrage audio, Heroic est suffisamment dense qu'il fascine, qu'il inspire, qu'il innove.
Bonne pioche pour le label Le Turc Mécanique qui avec le Sous la Peau de Maman Klüsters de Maman Klüsters parviens à animer un genre qui renaît et qui s'encombre déjà. Là où les Klüsters usent des ficelles du passé avec bienveillance, 69 revisite de fond en comble le genre.

Brillant.

photo de Eric D-Toorop
le 16/12/2017

3 COMMENTAIRES

Freaks

Freaks le 16/12/2017 à 22:44:26

Plus de visuel aussi marqués et incarnés! De la rage partout.... tout le temps ;)
Pousse levé! Ahaha

Freaks

Freaks le 17/12/2017 à 02:34:40

"Pouce" c'est mieux pour les partisans de l'educ nat...

pidji

pidji le 17/12/2017 à 10:39:57

J'ai écouté ça tranquilou hier au casque. Pas mon truc, mais faut avouer que c'est bien fichu, et finalement je l'ai écouté en entier quand même ^^

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

  • BRUTUS, DAGOBA, LISTENER et d'autres au Poche à Béthune jusqu'au 10 novembre 2019
  • EARTH au Petit Bain à Paris le 19 novembre 2019
  • Tournée Sunnatra + Yatra 2019