Abrahma - In Time For The Last Rays Of Light

Abrahma - "In Time For The Last Rays Of Light"
chronique Abrahma - In Time For The Last Rays Of Light

Réussir à provoquer les mêmes sensations qu'Alice In Chains – qui avait tout de même placé la barre très haute l'année dernière – mais en ne le faisant pas vraiment pas de la même manière, je pense que rares sont les prétendants. Chose que nos Hexagonaux d'Abrahma pourront se permettre de revendiquer avec leur nouvel album, In Time For The Last Rays Of Light. Le précédent, Reflections In The Bowels Of A Bird, s'en sortait déjà plus que bien, ce nouveau bébé ne fait que confirmer le constat qu'il s'agit clairement d'un groupe de haute volée. Une confirmation qui arrive de manière extrêmement lourde, assénée à grands coups de massue de deux tonnes. A comprendre que ça ne se passe pas dans la joie et l'allégresse. Au contraire, à l'image de la jaquette qui a perdu toute notion de couleurs chaudes, on se retrouve littéralement bloqué dans les tréfonds de la mélancolie et de la détresse.

 

Juste le titre d'ouverture, « Lost.Forever. » suffit à donner le ton : on nous affuble d'une lourde armure en plaques avant de nous jeter dans un gouffre en nous interdisant formellement de l'enlever durant toute tentative d'ascension pour retrouver la surface, voilà un peu le délire. Et pourtant, de la même manière qu'un Alice In Chains, Abrahma parvient à garder ce cap que tout ceci n'effraie nullement. Bien au contraire, on se trouve fasciné par cet état second dans lequel il peut bien nous mettre. Une forme de dépression languissante qui te colle à la peau, te rend plutôt stoïque physiquement parlant, mais te prend profondément dans les tripes. Mais au lieu d'en avoir peur, tu ne peux t'empêcher de la trouver belle. Malgré tout, il serait malvenu pour autant de s'en arrêter à la seule influence du combo de Seattle tant In Time For The Last Rays Of Light s'en éloigne considérablement dans la manière de faire, même si l'on peut quand même y noter quelques similitudes (le refrain de « Eclipse Of The Sane Pt.2 »). Là où Alice In Chains appréciera flirter avec les limites metalliques sans jamais spécialement s'y engouffrer, Abrahma brise indéniablement ce tabou. Parce qu'en quatre ans, il faut quand même reconnaître que le combo a considérablement durci le ton. L'a bien plombé également au passage. Si Reflections... était également lourd, il savait atténuer son propos dans les encornures fuzzy et chaleureuses du grunge. Ce qui est beaucoup moins le cas ici, la mort de Chris Cornell ayant emporté avec elle toutes les influences Soundgarden qui pouvaient filtrer auparavant. Sur In Time... ne s'inscrivant pas non plus dans la catégorie la plus glaciale, on pensera davantage à l'étiquette « stoner » plutôt qu'à celle du « grunge » qu'on pouvait lui coller volontiers par le passé. Car de chaleur, il y en a, dans un sens plus aride et étouffant. Comme si ce gouffre de négativité auquel on te jette se situait dans des gorges de contrées désertiques. Avec cette lourde armure sur le dos qui rend l'ensemble vraiment écrasant sans jamais qu'on y discerne le moindre instant de légèreté véloce.

 

Ah si, Abrahma se permet de finir sur une note plus légère. Comme une lumière informe qui se dessine au fond du tunnel avec « There Bears The Fruit Of Deceit » et son introduction légère, pop aigre-douce qui n'aurait pas forcément dénoter dans un morceau de Tears For Fears. Puis la lumière, s'estompe avec la véritable entame du morceau : non, définitivement, on ne veut pas te laisser sur une note d'espoir. Tu continueras à galérer dans ta situation pas forcément enviable, à te débattre comme un beau diable avec ton enclume vestimentaire, à t'écorcher les doigts misérablement sur cette roche qui s'effrite à chaque pression, le tout dans une pénombre un brin oppressante sur les bords. Mais au fond, tu aimes ça, pourquoi on viendrait te soulager ?

photo de Margoth
le 23/05/2019

4 COMMENTAIRES

papy_cyril

papy_cyril le 23/05/2019 à 09:16:52

on peut écouter l'album en entier par ici : http://theobelisk.net/obelisk/2019/05/22/abrahma-in-time-for-the-last-rays-of-light-review-stream

pidji

pidji le 27/05/2019 à 17:28:04

ça me fait pas mal penser à Hangman's chair.

Margoth

Margoth le 28/05/2019 à 17:58:01

Oui, j'ai cru voir ça sur une autre chronique de l'album. Mais ne connaissant Hangman's Chair que de nom, difficile pour moi de faire un parallèle ;)

pidji

pidji le 28/05/2019 à 23:25:15

Bah du coup tu devrais vraiment ecouter "banlieue triste" !

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