Alice Cooper - Goes To Hell

Alice Cooper - "Goes To Hell"
chronique Alice Cooper - Goes To Hell

Cela fait quelques années que l'on enregistre et faisons le deuil de divers musiciens ayant plus ou moins marqué l'histoire du rock/hard rock/metal. Et vu l'âge que commencent à avoir certains combos légendaires encore en activité qui font les beaux jours des têtes d'affiche des festivals estivaux, nul doute qu'on n'aura pas fini d'en voir de ces news tristement morbides. De toutes les figures qui ne cessent de mettre à mal le concept de « la retraite à 60 ans », s'il y en bien une qui me foutra un sacré coup de voir partir dans les abysses du diable, c'est sans aucun doute Alice Cooper. Un Vincent Furnier qui ne cesse de défier les lois de la nature en se montrant toujours plus en forme malgré qu'il frôle les 70 balais et les 50 ans de carrière. Et ce, physiquement, passionnellement et artistiquement. C'est dire, alors que beaucoup de vieux séniles s'inquiètent de la paille à adopter pour manger leur soupe, le monsieur se permet même de jouer encore le petit jeune en s'éclatant au sein d'un autre projet monté avec Johnny Depp, nommé Hollywood Vampires. La vie étant ce qu'elle est, il est peut-être temps de s'atteler à l'histoire de toute une vie, à savoir la discographie du pionnier du shock rock, avant que le destin ne joue une énième facétie en le faisant trépasser. Un sacré morceau s'il en est, qui sera distillé au compte-goutte, vu qu'on a récemment vu sortir Paranormal qui représente pas moins que la vingt-septième pierre à l'édifice. Excusez du peu...

 

 

Les Histoires de Grand-Mère Alice, acte 3, scène 2 : Aux portes de l'enfer

 

« Go To Hell » ouvre les hostilités en misant sur la nostalgie du Alice Cooper Band avec ses ambiances vaudous rappelant le « Black Juju » de Killer... Furnier, maintenant seul maître à bord et motivé à reprendre son rythme effréné d'un album par an, s'est montré d'ailleurs fort facétieux pour le coup tant Goes To Hell ne s'adresse pas du tout au même public qu'en 1971. En effet, les plus rockeux auront tôt fait de fuir ce disque au même titre qu'il avait pu fuir School's Out tant le maître de cérémonie s'est décidé à aller au bout de ses délires théâtraux avec ce neuvième album. Bien plus que sur Welcome To My Nightmare. Le pari est audacieux, le résultat également d'ailleurs tant cet opus laisse le rock dur en retrait et repousse les limites en terme d'éclectisme, tout en parvenant à nous livrer une sorte de comédie musicale audio qui se tient dans son ensemble. En ayant le bon goût de ne pas non plus pousser le bouchon trop loin comme Maurice. C'est dire : quand bien même il ne s'agit pas forcément d'un album encore très représenté en concert (hormis « Guilty », seul hit hard rock et frontal que l'on peut bien trouver), il faut reconnaître qu'il a su influencer son monde.

 

A commencer sur les vocaux avec le registre suave et jazzy du maître de cérémonie que l'on ne lui avait encore jamais entendu sur « I'm The Coolest » qui ont bien dû donner des idées à Mike Patton (Faith No More / Dead Cross / ex-Mr. Bungle / etc) ou encore à notre compatriote Arno Strobl (Freitot / ex-Carnival In Coal). Ou encore les deux petites expérimentations « so disco/funky » de « You Gotta Dance » et « Wish You Were Here » dont la rythmique du premier et lignes vocales du refrain du second me font penser de manière lointaine – peut-être que je me fais des idées d'ailleurs – à un certain « Shake Your Body (Down To The Ground) » de The Jacksons (l'autre patronyme des Jackson Five donc) qui sortira deux ans plus tard. Ou encore la boucle rythmique – qu'il n'a nullement inventé – de « Give The Kid A Break » que l'on réentendra à tort et à travers dans les années 90 dans certaines niaiseries musicales d'AB Productions (Hélène Et Les Garçons représentent !). Bref, Furnier a craqué et surtout, a osé et il reste amusant de percevoir avec le recul ce genre de petits impacts futurs, qu'ils soient heureux ou plus discutables.

 

Malgré tout, Goes To Hell ne fait pas qu'écrire le futur, il sait aussi utiliser les influences du moment. C'est ainsi qu'un « Didn't We Meet » a comme un gros quelque chose d'Aerosmith (qui avait sorti l'année précédente son fameux Toys In The Attic). Et surtout à continuer sur ses propres traces, avec ces touches orchestrales directement héritées de Welcome To My Nightmare (l'impressionnant et très visuel « Going Home » final). Et des influences passéistes dans sa régurgitation de quelques vieilles influences 60's revisitées à la sauce comédie musicale (« I'm Always Chasing Rainbows »).

 

En gros, Goes To Hell reprend la formule School's Out dans son côté comédie musicale exacerbé qui s'impose au détriment du (hard) rock. Sauf qu'il va plus loin encore tant l'on sent que Furnier profite pleinement de son indépendance pour expérimenter jusqu'à partir carrément dans du nawak trippant par moments. Sans qu'il n'oublie pour autant qui il est, histoire d'éviter de trop perdre son monde. Parce que perdre la partie la plus rockeuse du public est une chose, il serait con de perdre l'autre qui attend de la théâtralité un brin nanardesque. Et pour ces derniers, nul doute que Goes To Hell va leur en donner une sacré dose tant cet album s'avère varié – sans perdre forcément de sa cohérence – et novateur pour son temps. A découvrir et/ou redécouvrir !

photo de Margoth
le 30/06/2019

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