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Alice Cooper - "Love It To Death"

Alice Cooper - "Love It To Death"
chronique Alice Cooper - Love It To Death
7,75/10 0

écouter "Ballad Of Dwight Fry"

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CD album CD album (36:58)

 

Style musical : 

Rock dur grand-guignolesque

 

Année : 

1971

 

Tracklist :

1. Caught In A Dream
2. I'm Eighteen
3. Long Way To Go
4. Black Juju
5. Is It My Body
6. Hallowed Be My Name
7. Second Coming
8. Ballad Of Dwight Fry
9. Sun Arise

 

Label : 

Warner Bros. Records
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Stone Sour - Audio Secrecy

Cela fait quelques années que l'on enregistre et faisons le deuil de divers musiciens ayant plus ou moins marqué l'histoire du rock/hard rock/metal. Et vu l'âge que commencent à avoir certains combos légendaires encore en activité qui font les beaux jours des têtes d'affiche des festivals estivaux, nul doute qu'on n'aura pas fini d'en voir de ces news tristement morbides. De toutes les figures qui ne cessent de mettre à mal le concept de « la retraite à 60 ans », s'il y en bien une qui me foutra un sacré coup de voir partir dans les abysses du diable, c'est sans aucun doute Alice Cooper. Un Vincent Furnier qui ne cesse de défier les lois de la nature en se montrant toujours plus en forme malgré qu'il frôle les 70 balais et les 50 ans de carrière. Et ce, physiquement, passionnellement et artistiquement. C'est dire, alors que beaucoup de vieux séniles s'inquiètent de la paille à adopter pour manger leur soupe, le monsieur se permet même de jouer encore le petit jeune en s'éclatant au sein d'un autre projet monté avec Johnny Deep, nommé Hollywood Vampires. La vie étant ce qu'elle est, il est peut-être temps de s'atteler à l'histoire de toute une vie, à savoir la discographie du pionnier du shock rock, avant que le destin ne joue une énième facétie en le faisant trépasser. Un sacré morceau s'il en est, qui sera distillé au compte-goutte, vu qu'on a récemment vu sortir Paranormal qui représente pas moins que la vingt-septième pierre à l'édifice. Excusez du peu...

 

 

Les Histoires de Grand-Mère Alice, acte 2, scène 1 : La crise d'adolescence

 

Soyons honnêtes : une personne ne serait sans doute pas ce qu'elle est si elle n'est pas passée par sa petite crise d'adolescence. La phase que redoutent tous les parents du monde, qu'ils définissent d'ailleurs également par l'expression de « l'âge con », de manière plus ou moins condescendante proportionnelle à l'échelle de refoulement du fait qu'ils ont eux-mêmes traversé cette passe lorsqu'ils avaient le même âge. Dans le cas d'Alice Cooper, Papa Zappa en a bien fait les frais et a même été jusqu'à faire déloger le groupe de son label pour mauvaise conduite. C'est que même si Monsieur Furnier reste sobre et sage maintenant – un sevrage qu'il maintient depuis un bon paquet d'années maintenant apparemment – il n'en demeure pas moins qu'il soit passé par les mauvaises spirales de l'alcoolisme et autres pièges du genre. Et même si dans les débuts de carrière, le combo n'allait pas dans des spectacles théâtraux, il n'empêche qu'il s'évertuait déjà à entretenir une image provocante et sulfureuse sur scène. Assez pour inciter quelques malins pas vraiment malins dans le public à massacrer un poulet lors d'un concert. Un véritable point d'amorce sur toutes les polémiques satanistes que l'on voit fleurir à propos des concert hard rock/metal que les culs-bénis s'évertuent encore pas mal à déblatérer aujourd'hui.

 

Mais ce n'est pas parce qu'Alice Cooper a été jeté à la porte de chez lui qu'il s'en est retourné au bercail en rampant de honte. Après tout, c'est ça l'âge con : la fougue et l'insolence de l'adolescence peuvent mener loin, voire déplacer des montagnes. Celles de prendre son sac sur dos et se barrer à Detroit, tout en signant un petit contrat avec la major Warner au passage, par exemple. Ce qui nous donne finalement – et en pas très longtemps – un Love It To Death qui peut prétendre à n'importe quel parent que l'insouciance peut vraiment avoir du bon. Car même si ce n'est pas celui qui apportera ce gros début de shock rock, Alice Cooper restant encore dans les prestations plus empruntes de grand-guignolesque acide, ce troisième album enclenche énormément de choses. Meilleure reconnaissance déjà, même si ce n'est pas non plus l'explosion que son petit frère Killer a connu huit mois plus tard. Mais surtout de véritablement montrer ce qu'il a dans le ventre dans son sens le plus fondamental. Nul doute que l'exil à Detroit à l'ambiance plus bouillonnante (des certains MC5 et The Stooges étaient alors en plein essor), a fortement contribué au fait qu'Alice Cooper se montre bien plus rugueux sur Love It To Death que sur ses précédents méfaits, même s'il n'en occulte pas pour autant certaines caractéristiques.

 

Pour se convaincre qu'il s'agit sans doute du « point où tout a commencé », il suffit de voir les setlists de concerts récents : trois titres qui en sont issus sont présents sur celle de Theatre Of Death en 2010 (qui précède celle liée à Paranormal donc), ce qui représente quand même un joli chiffre lorsqu'on possède à ce moment-là 26 galettes à son actif. Alors que cela doit faire des lustres que Pretties For You et Easy Action n'ont plus été représentés. Pourquoi ? Parce qu'un « I'm Eighteen » s'impose comme le tout premier hit signé par le combo qui fait toujours plaisir à réentendre. Une vitrine qui montre à elle seule tout ce que représente Love It To Death : non, c'est sûr, il ne s'agit pas d'un album qui a eu de portée révolutionnaire. Alice Cooper nous reprend un peu ce qui se faisait en rock psyché durant la décennie précédente sans rien apporter de plus qu'un bon gros durcissement de ton. Plus de grosse guitare, plus de concision pour un propos majoritairement direct, un Vincent Furnier alternant entre chant et registre grunto-nasillard caractéristique qu'on lui connaît si bien. Les bases sont posées donc. Après, si certains blasés se disent aujourd'hui que ce n'est pas Love It To Death qui va jeter un pavé dans la mare, remettons par ailleurs les choses dans leur contexte : l'époque et l'âge encore tout mignonnet des protagonistes qui posent gentiment des briques, l'une après l'autre. C'est que Rome n'a pas été construit en un jour après tout.

 

En revanche, là où l'on ne pourra pas tergiverser, c'est l'excellent feeling qui se dégage de ce troisième album. Cette étincelle qui fait que l'on peut encore le considérer comme un brûlot majeur du rock dur, dont le passage a laissé moult flammèches dans son sillage. C'est qu'après tout, Anthrax a repris « I'm Eighteen », Sonic Youth a fait de même avec « Hallowed Be My Name » et même un certain Jean-Louis Aubert ne pourra sans doute pas réfuter avoir été marqué de l'hystérie vocale latente de « Ballad Of Dwight Fry » tant il l'aura copiée à maintes reprises avec Téléphone. Ce dernier titre, exagérément et juvénilement cinétique mais propice à diverses mises en scène théâtrales, qui file encore des frissons en live, que les Melvins aiment d'ailleurs à entremêler avec « Second Coming » lorsqu'ils la reprennent tant la transition entre les deux est juste parfaite et paraît presque indissociable. Le long – et sans doute trop, même si chacun garde la réplique finale de Furnier en tête dans ses références karaoké – « Black Juju » fait également partie des curiosités de Love It To Death, avec ses claviers vaudous psychés entêtants (clin d’œil à ces histoires de poulets sacrifiés ?) que The Doors n'aurait pas renié et montre encore une fois toute la volonté du groupe à partir vers des trips visuels, tout en rendant hommage à ses influences. Pour le reste, Alice Cooper se cantonne à fournir du radiophonique formaté plutôt rock dur mais profondément old-school (le côté Rolling Stones indubitable sur « Is It My Body » ou l'ombre des Beatles sur « Sun Arise »), recette semblant facile mais est pourtant joliment mise en valeur par son côté bien ficelé et sans faute de goût en terme d'efficacité (« Long Way To Go », « Caught In A Dream). Ce qui fait qu'il s'agit d'un album qui est rentré parmi les classiques. Pas le meilleur, certes, mais majeur historiquement dans le style quand même d'un point de vue artistique tant il a été – et le sera encore sans doute – inspirant et intemporel. Comme quoi, on ne fait pas que de la merde pendant l'âge con.

photo de Margoth
le 22/07/2018

Commentaires

el gep

el gep le 22/07/2018 à 08:24:46

Excellent disque de Rock ma bonne Dame! Avec des musiciens très inspirés (les lignes de basse, par exemple, un délice!) et quelques compos mythiques.
Et le "Black Juju" n'est pas trop long, "Black Juju" prend son temps, ce n'est pas du tout pareil!

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