Alice Cooper - Muscle Of Love

Chronique CD album (39:31)

chronique Alice Cooper - Muscle Of Love

Cela fait quelques années que l'on enregistre et faisons le deuil de divers musiciens ayant plus ou moins marqué l'histoire du rock/hard rock/metal. Et vu l'âge que commencent à avoir certains combos légendaires encore en activité qui font les beaux jours des têtes d'affiche des festivals estivaux, nul doute qu'on n'aura pas fini d'en voir de ces news tristement morbides. De toutes les figures qui ne cessent de mettre à mal le concept de « la retraite à 60 ans », s'il y en bien une qui me foutra un sacré coup de voir partir dans les abysses du diable, c'est sans aucun doute Alice Cooper. Un Vincent Furnier qui ne cesse de défier les lois de la nature en se montrant toujours plus en forme malgré qu'il frôle les 70 balais et les 50 ans de carrière. Et ce, physiquement, passionnellement et artistiquement. C'est dire, alors que beaucoup de vieux séniles s'inquiètent de la paille à adopter pour manger leur soupe, le monsieur se permet même de jouer encore le petit jeune en s'éclatant au sein d'un autre projet monté avec Johnny Depp, nommé Hollywood Vampires. La vie étant ce qu'elle est, il est peut-être temps de s'atteler à l'histoire de toute une vie, à savoir la discographie du pionnier du shock rock, avant que le destin ne joue une énième facétie en le faisant trépasser. Un sacré morceau s'il en est, qui sera distillé au compte-goutte, vu qu'on a récemment vu sortir Paranormal qui représente pas moins que la vingt-septième pierre à l'édifice. Excusez du peu...

 

 

Les Histoires de Grand-Mère Alice, acte 2, scène 5 : Mamours mielleux

 

Clairement, Muscle Of Love est certainement l'un des albums d'Alice Cooper que j'apprécie le moins. Et tout ceci tient d'une raison très simple : les albums axés ballades et mid-tempos, ce n'est vraiment pas ma came. Et celui-là n'échappe pas à la règle. Au bout d'un moment, le manque total de muscles saillants et de pilosité rugueuse se fait ressentir et ça fait chier. Trop de love tue le love donc.

 

Pourtant, on ne pourra pas reprocher à Alice Cooper de sombrer dans les amourettes à l'eau de rose. Parce qu'au programme, on est très loin du petit baiser entre Hugh Grant et Julia Roberts qui intervient après six mois de qui-pro-quo emmerdant et inutile : Furnier préfère amplement parler de prostitution, du désenchantement ressenti lors d'une relation vouée à l'échec ou encore le sexe. Encore heureux ! Malheureusement, ces thématiques prenant l'amour de manière complètement décalée, on n'en ressent pas spécialement toute la portée tant l'ensemble se veut lisse et profondément commercial, tel un Billion Dollar Babies où l'on pousse le bouchon encore plus loin niveau propreté. Autant dire, si l'on veut du déjanté et du frappadingue, ce n'est clairement pas cet album qui vous comblera.

 

Par ailleurs, Muscle Of Love est très loin d'être un album qui mérite de finir à la poubelle. Parce que de bons morceaux, il y en a. Au contraire, il n'y en a pas spécialement de vraiment mauvais et nul doute que chacun serait sorti individuellement sur d'autres albums, cela les aurait sans doute mieux réussis. A comprendre que c'est réellement le déroulé de l'album global qui laisse un sale goût dans la gorge. Et ce, même si l'on discerne de vrais beaux moments de bravoure. « Big Apple Dreamin' (Hippo) » se pose comme une intro agréable qui sait mettre en confiance – une grande qualité d'Alice Cooper de toujours parvenir à soigner ses entames – de la même manière que le seul single tiré de cet opus, « Teenage Lament '74 » s'avère très efficace avec son refrain dont les chœurs se gravent direct dans la tête. Mais c'est plutôt « Woman Machine » qui tire son épingle du jeu dans l'efficacité, à mi-chemin entre commercial et vieux relents psychédéliques disséminés par petites touches çà-et-là. Un peu comme si le groupe s'était enfin rendu compte lors de cette dernière ligne droite qu'il fallait quand même bien qu'il foute un peu de folie dans le schmilblick. Autre cas notable que l'on pourra relever : « Man With The Golden Sun », le seul vrai passage véritablement théâtral de l'opus où l'on découvre pour la première fois un Furnier se présentant comme un Monsieur Loyal de bar dans un film noir typé années 20 (et était d'ailleurs destiné à finir sur la BO du James Bond du même nom, ce qui ne se sera au final pas fait). Des ambiances totalement inédites tant le groupe préférait nous montrer des influences plus western et Morriconesques auparavant. Du Alice Goes To Hell bien avant l'heure donc...

 

L'amour, c'est vraiment une thématique choisie plutôt étrange pour Alice Cooper compte tenu du contexte du groupe à ce moment-là. Rigolo de voir que ça part dans les mamours alors que les tensions sont énormes. Furnier voulant développer davantage l'aspect spectacle et théâtral, les autres préférant se recentrer sur la musique et uniquement la musique. Ce qui explique sans doute le résultat pas vraiment fameux de Muscle Of Love. On sent vraiment que les choses n'ont pas été forcément accouchées dans la joie et la complicité, ce qui explique pourquoi l'ensemble ne paraît pas forcément très marquant. Non, il fait davantage penser à cette vilaine étape du couple dans le déclin où la seule manière de sauver les meubles est de jouer la carte des concessions, histoire de donner l'illusion d'apaiser les esprits. Ce qui ne marche jamais, on le sait très bien et d'ailleurs, la case « divorce » n'a jamais paru être aussi proche...

photo de Margoth
le 10/03/2019

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