Alice Cooper - The Breadcrumbs EP

Chronique Maxi-cd / EP (21:04)

chronique Alice Cooper - The Breadcrumbs EP

Qu'on se le dise : The Breadcrumbs EP, sorti en cette rentrée, porte fort bien son nom et n'ajoute pas grand-chose à Alice Cooper en terme de carrière. Il faut davantage y voir des miettes de crackers pour patienter avant le vrai successeur de Paranormal qui arrivera vraisemblablement l'année prochaine. Peut-être également donner un prétexte musical à sa tournée européenne automnale également, même si cette dernière n'avait clairement aucun lien. D'ailleurs, les mauvaises langues auront de quoi nourrir leur venin : proposer un EP de reprises en hommage à la vieille scène de Detroit, alors qu'il s'est déjà adonner à l'exercice en se basant sur la thématique « des icônes rock disparues trop tôt » en compagnie de Joe Perry (Aerosmith) et – le trop bôôôôôô (oui, les cris stridents de jeunes femelles en syncope dans les premiers rangs du Hellfest 2018, ça laisse des cicatrices) – Johnny Depp sous le nom de Hollywood Vampires dont le deuxième opus est, de plus, encore très frais puisque sorti cet été, ce ne serait pas un peu too much ? Certainement...

 

SAUF que bon, on va remettre les choses dans leur contexte : mamie Alice commence grandement à prendre de l'âge et franchement, niveau discographique, ça fait quand même pas mal de rejetons où l'on observe que l'on est tombé dans un cycle où mamie aime lorgner vers le passé. Que ce soit en terme d'approche musicale où l'on revient sur des basiques ou sur le fait de chercher à donner une suite à un concept album important et charnière en terme de carrière comme ce fut le cas pour Welcome II My Nightmare. Après, on ne lui en voudra pas pour autant dans le sens où il n'y a jamais eu de tollé durant ce dernier cycle, oscillant entre sympa et très bon. Ce qui, après une telle longévité est plus qu'honorable. Là, mamie pousse le bouchon plus loin dans sa quête de revenir aux racines : Detroit a été une ville-clé dans sa carrière, alors même qu'Alice Cooper était encore un véritable groupe. C'était vraiment ce fief qui a amorcé le virage vers une approche plus hard que rock psyché et ont donné ainsi la doublette Love It To Death et Killer telle qu'on la connaît aujourd'hui et qui s'est révélée déterminante en terme de construction identitaire – et de contribution à l'édifice du hard rock en général soit dit en passant. Alors bon, quand on a soixante-dix ans plus de cinquante ans de carrière derrière soi, on peut comprendre que l'on veuille se refaire plaisir en raclant les vieux pots. Dans lesquelles on fait les meilleures soupes comme dit l'adage.

 

En ce qui concerne The Breadcrumbs EP, on n'ira pas dire qu'elle fait partie des meilleures mais au moins peut-on lui reconnaître qu'elle se présente mieux que ce fameux Rise d'Hollywood Vampires sorti l'été dernier à mon sens. Mais bon, là n'est qu'une histoire de goût personnel car il faut reconnaître que d'un côté comme de l'autre, on sent quand même une réelle implication de la part du maître de cérémonie. Il veut rendre hommage et se faire plaisir avec un backing-band de luxe (avec des ziqueux de MC5, Detroit Wheels et Grand Funk Railroad notamment), ni plus ni moins, ça se ressent clairement, comment lui en vouloir ? Surtout à l'ère d'internet qui permet de faire de jolies playlists sur Youtube ou autre plate-forme de streaming qui permet de profiter à l'occasion d'un ou deux titres le composant, le tout sans forcément ouvrir le portefeuille afin d'acquérir l'objet qui sera davantage plébiscité par le fanatique et le collectionneur. Parce que bon, si l'on excepte le sympathique réenregistrement « Detroit City 2020 » en version un peu plus râpeuse – mais anecdotique pour tout possesseur de The Eyes Of Alice Cooper dont il est issu – il y a de quoi alimenter le fond sonore des apéros automnaux et hivernaux. Notamment avec cette savoureuse revisite du « Your Mama Don't Like Me » de Suzi Quatro où se côtoient énergie rock, cuivres fanfaronnants ajoutant du funky et la voix de Furnier qui s'y intègre comme un gant. Le two-in-one « Devil With A Blue Dress On / Chains Of Love », respectivement de Detroit Wheels et J.J. Barnes montre que, définitivement, Alice Cooper et blues font bon ménage. Tandis que des « East Side Story » (Bob Seger) et « Sister Anne » (MC5) s'avèrent fidèles à l'esprit originel, la production plus moderne ne faisant qu'ajouter un petit coup de pep's bienvenue. Malgré tout, mamie s'avère quand même un brin généreuse et nous offre une petite avance sur les étrennes avec « Go Man Go », seul vrai inédit de l'EP, clairement inspiré par les précurseurs du punk, les Ramones en tête, des plus convaincants.

 

Bref, elle a beau se faire vieille mamie Cooper, elle en a encore sous le capot. Certes, The Breadcrumbs EP, c'est juste pour le fun et ne se révèle pas franchement indispensable pour le simple sympathisant. Mais au moins, peut-on voir que la vieille peau pourrait nous préparer de la bonne soupe l'année prochaine. La vingt-huitième quand même, excusez du peu...

photo de Margoth
le 28/11/2019

0 COMMENTAIRE

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements