Allegaeon - Apoptosis

Allegaeon - "Apoptosis"
chronique Allegaeon - Apoptosis

Les Américains de Allegaeon représentaient un choix hasardeux uniquement sélectionnés sur l'écoute distraite du titre single de l'album, « Stellar Tidal Disruption ». Un morceau vitrine qui me donnait l'impression de lorgner pas mal sur du death mélodique made in Göteborg (comprenez, toute cette mouvance comprenant In Flames et Soilwork pour ne citer que les plus connus). Et même si je sentais pertinemment qu'il s'agissait d'une réappropriation du style après s'être gavé de pilules de virtuosité guitaristique concentrée, je ne m'attendais vraiment pas à tomber avec ce Apoptosis sur un pur disque de death technico-progressif, ledit titre jeté en pâture n'étant finalement pas spécialement représentatif. Pas une mauvaise surprise en soi par ailleurs... Juste que ça fait combien d'années que je n'ai pas pris le temps de me foutre un skeud de technical death entre les oreilles ? Si l'on excepte deux ou trois galettes métissant extrême et jazz avec plus ou moins d'élitisme technique, ça devait bien faire six ou sept ans, au bas mot...

 

L'avantage avec ce nouvel opus d'Allegaeon, c'est qu'il est parvenu de manière fort habile à dérouiller mes oreilles plus forcément habituées à autant de technicité et de complexité. Parce que sans aller dire que la première écoute est pénible, il faut reconnaître que sur les trois quarts de cette dernière, ça fait un peu baliser. Parce qu'il y a dans ce répertoire une densité ahurissante d'éléments où tu te dis que tu n'es finalement pas près de sortir des préliminaires d'apprivoisement du bousin. Et là d'un coup, les mecs te balancent dans la dernière ligne droite une poignée de cartouches bien senties derrière les oreilles qui emballent bien comme il faut où l'on inclut du mélodique et une colonne vertébrale jouant davantage sur l'accroche faussement simple et spontanée. Dans cette petite brochette, on citera notamment le fameux single suscité – seul titre montrant d'ailleurs de manière aussi évidente ses influences pour le death mélodique suédois – ou encore le titre éponyme, progressif à souhait s'étalant sur une bonne dizaine de minutes extatiques de dualité entre brutalité et passages clairs mélodico-atmosphériques planants, où la technique est encore là omniprésente sans qu'elle ne paraisse aussi prédominante que sur la première grosse partie de l'album. Deux beaux moments parfaitement mis en valeur par un non moins planant et mélodique « Tsunami And Submergence » qui étonne bien comme il faut avec son introduction exhibant les violons ou encore le transitoire « Colors Of The Currents » arborant son beau tricotage de guitare folk plein de feeling (on pensera notamment aux petites fulgurances un peu manouches de Death Angel). Où on te dit sans vraiment te le dire de ressortir de ta petite torpeur, de cesser de te foutre trop la pression à comprendre ce qu'on t'a proposé avant et de déguster, purement et simplement. Alors, si la première impression te fout un peu l'impression d'une dernière partie incohérente ou qui aurait peut-être mérité d'être plus mélangée afin d'amener une tracklist plus équilibrée, il faut admettre qu'on finit vite par se rendre compte du but de la manœuvre : on t'alpague bien comme il faut, histoire de te filer une réelle curiosité de reviens-y et de volonté à cerner toute cette première partie d'album qui t'avait semblé si compacte (et un peu opaque par moments).

 

Ce petit goût de reviens-y n'est d'ailleurs pas complètement masochiste car à bien des moments avant cette première ligne droite, Apoptosis te fout quelques petits passages catchy, tantôt dans un aspect un peu mélodique ou un peu groovy. C'est qu'il s'en cache des trucs parmi les couches et les sous-couches apposées là de manière chirurgicale. Dans sa froideur car d'obédience moderne dans son ensemble. Ce qui inclut autant dans le positif que dans le tiquage de certains détails peut-être trop (re)travaillés – pour ma part, l'allergique à l'auto-tune que je suis tique pas mal de le ressentir sur les voix claires notamment. Mais également dans ce feeling qu'il te dégage dès le départ qu'Apoptosis, c'est tout sauf l'album qui a été accouché de manière spontanée. Au contraire – et les interviews de ses géniteurs le confirment – la gestation a été longue, difficile, migraineuse car pensée de manière scientifique en terme de composition. C'est qu'on empile pas les couches au hasard chez Allegaeon. Et ça se comprend : quand on s'emmerde à s'astiquer les manches et à tricoter avec tellement de doigté que ça ferait passer le tricot de mamie pour une vulgaire serpillière (le tapping de « Interphase // Meiosis » donne tout de suite le ton), évidemment qu'on ne va pas te jeter tout ça en pleine figure au petit bonheur la chance. Et ça va parfois jusqu'à donner des résultats surprenants comme sur « The Secular Age » où la tambouille est tellement dense qu'elle en devient profondément chaotique, allant jusqu'à laisser cette impression de primitivité originelle du death. Alors qu'il n'en est finalement rien lorsqu'on parvient à dénouer un peu tout ça.

 

Apoptosis d'Allegaeon, c'est finalement cet album de death technique qui a tout pour contenter tout le monde. A part peut-être les gorilles adeptes de sauvagerie totalement dénuée de finesse. Mais les adeptes de technicité brutale y trouveront amplement leur compte. Les autres moins au fait de tant de densité se laisseront piéger par l'habile manœuvre de balancer ses cartouches les plus « simples, efficaces et/ou surprenantes » en bout de course et elles sont si convaincantes qu'elles te refilent assez de fourmis dans les doigts afin d'appuyer de nouveau sur bouton Play. Et ainsi te prendre au jeu et apprivoiser le bousin.

photo de Margoth
le 12/06/2019

3 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 12/06/2019 à 12:18:38

A priori je suis en plein dans le cœur de cible... Faudra que je l'écoute !!

Margoth

Margoth le 12/06/2019 à 17:23:49

Ils sont programmés au Hellfest si tu veux ;)

cglaume

cglaume le 12/06/2019 à 18:34:17

Œuf Corse ! :)

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