Almøst Human - XS2XTC

chronique Almøst Human - XS2XTC

Il fut un temps où j'appréciais le style dit « modern metal ». Parce que c'était, je trouvais, moins gnangnan que le metalcore quand bien même on y sentait l'influence dans le schmilblick. Un temps qui ne fut pas spécialement très long d'ailleurs : voilà bien un sous-genre qui a très vite montré ses limites et où tout est très vite tourné en rond. Jusqu'à finalement, plus ou moins disparaître, ne laissant que les pères fondateurs tel que Soilwork. Ou alors englober d'autres trucs dans appellative qui n'ont rien à voir (In This Moment, Trivium)... Bref, la joie de l'étiquetage où rien n'est clair quoi. Bon ok, on n'est pas là pour tergiverser sur les Appellations d'Origine Metallique – label noir sans nul doute – mais plutôt que ça m'a drôlement surprise d'entendre du modern metal plus ou moins comme on en faisait dans les alentours des années 2010. C'est qu'au-delà des paradis fiscaux, il y a aussi des grottes paumées en Suisse, où l'on peut s'enfermer pendant presque dix ans sans que ça n'inquiète personne. C'est ce qui semble être arrivé aux gars de Almøst Human qui semblent décidés à reprendre les choses où elles ont été gelées.

 

Et remettent ardemment en lumière pourquoi le style a été laissé en jachère : ce n'est clairement pas avec ce premier album, XS2XTC, que la tambouille connaîtra sa petite révolution. Au contraire, les sentiers balisés que les Suisses empruntent, on ne les connaît que trop bien. A savoir, du metalcore par ci, du death mélodique par là, un peu d'emprunt djentien pour saupoudrer, le tout bien plaqué par une bonne dimension de cyber et zou, c'est envoyé ! Malgré tout, il faut reconnaître que dans ce cas précis, on ne pourra pas leur jeter la pierre tant les codes sont repris solidement avec beaucoup de bon goût. Le capital efficacité est là, omniprésent. Avec du refrain qui poutre et/ou du riff, souvent un peu trituré/saccadé, qui fait bien craquer les cervicales. Et ce, même si l'on pourra s'amuser dans un premier temps d'entendre un « System Of Beliefs » d'ouverture aux doux relents des nouvelles influences coresques que Lacuna Coil a montré sur Delirium, la douce voix de Cristina en moins. Simple hasard sans nul doute tant le reste n'a rien à voir. Parce qu'Almøst Human ne s'encombre pas avec des éléments chaleureux, le côté cyber/indus' le rend aussi glacial que l'acier. Et rappelle par ailleurs dans les claviers la direction où tendait les Norvégiens de Shining (nor) juste avant de partir dans leurs délires synthwave (« Naked Now » pour le cas le plus frappant). Et sait par ailleurs s'aérer de manière plus atmosphérique avec quelques touches de percus au rendu très organiques (« BabyGlued ») ou d'effets éthérés de gratte (« Chemical Breakfast »). Des petits moments ponctuels qui viennent agréablement enrayer la spirale bien homogène propre au style, allant parfois donner l'impression qu'un morceau n'est en réalité qu'une variante à un autre (« Divine Comedy » laisse un peu cette impression d'être le pendant sombre à « System Of Beliefs » notamment). Ce qui n'enlève en rien que l'efficacité reste de mise avec son beau lot de passages qui s'incruste dans la tête sans difficulté (le refrain de « Divine Comedy » ou encore celui de « Beloved Pet » entre autres)... Tout en laissant cette impression ambitieuse d'avoir affaire à un véritable concept, un peu de la manière dont l'avaient fait jadis les Français de Hord.

 

… Enfin, si l'on s'arrête aux neuf premiers titres. Qui représentent quand même presque quarante-huit minutes au compteur. Et dont les derniers instants laisseraient même présager comme une conclusion aux hostilités. Le problème, c'est que XS2XTC, c'est en réalité quatorze morceaux s'étalant sur presque 1h20. Ce qui fait vraiment longuet, d'autant plus que l'on sent clairement la limite arriver dès lors qu'on arrive à la dixième piste jusqu'à la véritable fin. Le disque s'essouffle, l'intérêt que l'on peut lui porter aussi, d'autant plus que cela donne l'impression que l'on vienne en fait lui greffer tout un tas de faces B beaucoup plus anecdotiques. Et surtout, beaucoup plus coresques dans l'approche, que ce soit en mode vénère (« In The Name(s) Of God(s) ») qu'en mode « refrain pro-voix claire mèchecore à l'amerloque » (ah ces Sweet Child O Mine de « Fucktory Of Illusions » qui représentent sûrement le pire de ce que je ne peux pas blairer dans le style). Un dernier fait qui se révèle d'ailleurs fort étonnant vu que le reste du disque montre une patte beaucoup plus européenne – que ce soit dans les sonorités employées que les vocaux alternant entre braillés et autres moments plus nasillards – qu'américaine calibrée.

 

Une dernière partie d'album vraiment dispensable qui vient un peu refroidir tout ça. Parce que si l'on s'arrête aux neuf premiers morceaux, la sauce prend bien. Extrêmement bien d'ailleurs, le côté « plus entendu car passé de mode depuis quelques années » faisant certainement son petit effet. Almøst Human s'est sans nul doute laissé trop emporter par ses ambitions pour XS2XTC. Ce qui n'enlève en rien qu'il maîtrise son sujet, surtout pour un premier véritable album, encore faut-il qu'il se cadre et montre davantage de concision.

photo de Margoth
le 26/02/2019

1 COMMENTAIRE

cglaume

cglaume le 26/02/2019 à 11:22:00

En Suisse, dans un registre plus Klonosphero-atmo-Hardcore de la mouvance "Modern", il y a le dernier Promethee qui est pas mal du tout !

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