Bâ'a - Deus Qui Non Mentitur

Chronique CD album (36:35)

chronique Bâ'a - Deus Qui Non Mentitur

Aaaah BÂ’A… Un nom comme celui-ci, un line-up comme celui-ci avec en damnateur en chef "Rose" Hreidmarr (Glaciation, Anorexia Nervosa), une production comme celle-ci, celle de Déhá (déjà à l’œuvre en 2020 sur les créations d’Abduction, Dawn of Ouroboros, Nachtlieder, Starless Domain ou encore Ôros Kaù) ça ne peut sentir que l’intensité pure, la noirceur ciselée, la radicalité assumée, dirais-je même le soufre prometteur.

 

J’ai été comme beaucoup : j’ai découvert cette formation à l’occasion du split sorti en 2018 – soit un an après sa formation – chez Les Acteurs de l’Ombre en compagnie de Verfallen (dévastateur "Derelictus") et de Hyrgal (sublime "Césure"), avec la sensation – en dépit de contributions contrastées – que ces trois groupes n’en formaient quasiment qu’un : BÂ’A profitait ainsi de la présence à la batterie d’Emmanuel Zuccaro, celui-là même qui s’occupe de tout chez Verfallen (instrus, compos, arrangements, textes, voix) et qui n’a pas hésité à intégrer Clément Flandrois de Hyrgal en guest voix dans son one-man project. Et Hyrgal, de son côté, s’appuyait sur scène jusqu’il y a peu sur Maximilien Brigliadori (Oorthian), qui s’occupe des grattes pour … BÂ’A ! Mais il faut préciser que tout ce p’tit monde se trouve dans le sud de la France.

 

Pour des raisons qui m’échappent, ce n’est pas Ladlo mais Osmose Production qui soutient la sortie de Deus Qui Non Mentitur, premier véritable effort de BÂ’A. Le résultat de l’opération suivante « BÂ’A X Rose X Osmose » est aisé à calculer = aucune compromission musicale en vue. Et, à ce propos, une fois passée la courte intro eschatologique "Transept", l’écoute de "Titan" met tout le monde d’accord : on aura droit à un Black Metal franc, massif, sans fioritures (mais – attention – non sans nuances), qui entend « se reconnecter avec l’esprit des années 1990 ». 

 

Une fois les bases franchement et efficacement établies, le trio peut se détendre et montrer qu’il n’est pas pour autant prisonnier de cette décennie avec un magnifique "Procession". Ce titre puise ses paroles dans les écrits bibliques, transformées en venin, et qui offre à Rose un écrin lui permettant de dégager une puissance rarement entendue. Plus que de simples shrieks 100% BM, efficaces et techniquement maitrisés. Une prestation magistrale qui lui permet de se maintenir tout en haut de la chaîne des vocalistes maudits de la scène Black française (ou plutôt francophone). Dans le parfait milieu de ce compartiment de plus de 10 minutes, sont placés des extraits du Nouveau Testament, plus précisément de l’Évangile selon Jean (chapitre 9, versets 39-41) et selon Mathieu (chapitre 23, versets 13 et 24) qui donnent une épaisseur inouïe à l’ensemble et nous plongent dans une atmosphère hypnotique et mal(f)aisante.

 

"Des Profondeurs Je Crie" dénonce à son tour les relations biaisées et feintes entre l’Homme et le Divin ; ce titre bénéficie d’une réelle force mélodique, en dépit des mots lugubres qui l’enrobent, des signes annonciateurs de la consommation des temps. On se surprend de la pause de la 6e minute qui flirte avec le post- puis le doom, une pause permettant de mettre de côté pour un temps les tourments incandescents de la Géhenne qui nous attendent pourtant lorsque vient à nos oreilles le cinquième titre "Un Bûcher Pour Piédestal". Là encore la musique déployée n’est pas que déflagration et violence implacable, elle se veut également preste et nuancée (à partir de la 4e minute). Au point, au final, de nous sustenter, alors même que l’album s’achève déjà lorsque l’on voit poindre le 6e morceau, une outro ramassée durant à peine deux minutes, mais venant clore notre séjour vers les enfers, en compagnie des éprouvés.   

 

Aucune frustration disais-je. Bien au contraire. Les esgourdes chargées de cendres et de soufre, me voilà traversé par une irrécusable certitude intérieure, minorée par aucune humeur tiédasse, celle d’avoir consacré du temps, à dire vrai beaucoup de temps à écouter un album marquant, intense et incarné.

 

photo de Seisachtheion
le 21/01/2021

3 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 21/01/2021 à 16:59:11

Excellent!
Comment n'avais-je pas reconnu Hreidmarr sur le split?

Seisachtheion

Seisachtheion le 21/01/2021 à 18:22:49

Xuxu, difficile de savoir, le livret du split de 2018 ne comportait aucune information sur ce groupe ! AUCUNE ! 😉

Xuaterc

Xuaterc le 21/01/2021 à 20:09:12

Je sais bien mais son timbre est reconnaissable, je viens de ré écouter les deux titres. Quand on le sait, c'est évident

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