Bad Breeding - Exile

Bad Breeding - "Exile"
chronique Bad Breeding - Exile

Quand on parle de musique punk, il y a deux catégories de groupes. Ceux que tu écoutes au skatepark, en tentant de rentrer désespérément un inward heelflip devant les potos avant d'aller boire une bonne binouze, le tout sous un soleil enjôleur adouci par une brise câline qui s’insère sympathiquement dans ton bermuda et te rafraîchit les pendeloques.

 

Et puis...Et puis, il y a aussi ces groupes de punk que tu écoutes sous un soleil terni par la brume dégueulasse d’un matin beaucoup trop semblable aux précédents, sur le retour d'une nuit à trimer dans un boulot dont la vacuité s’ajoute à celle déjà étouffante de ta vie. Ceux que tu écoutes pour oublier ces grands riens qui te font et te défont, les dents serrées à t’en faire péter les maxillaires, ceux que tu écoutes de la haine plein les mirettes, de la rancune plein les pognes, l’envie de dégueuler sur le premier venu l’acidité de tes réflexions, ceux que tu écoutes pour supporter la vérité d'une société en irrémédiable et mérité déclin, ceux dont tu éructes les textes dans des reflux gastriques d’une bière bon marché aussi frelatée que cette lie qui t’entoure.

 

Bad Breeding fait partie de cette deuxième catégorie. De l’acidité, ils en ont à revendre, avec une bonne rasade d’âcreté, condensée dans les 32 minutes d’Exiled, leur nouveau pack de 12.

Dès le premier titre, éponyme, le ton est donné. Il est simple et efficace, comme une grosse baffe auditive dans ta gueule. Et ça fait du bien, ça te réveille, ça te décrasse, ça te fait te rendre compte.

Expéditif et efficace, pas d’efforts, pas de recherche sonore, pas d’approfondissement mélodique. Simplement une urgence, un impératif brûlant, un déversoir sans filtre, plus que du punk, du « Fuck-Ca-Sorte-Core » et même au-delà.

Le son est dégueulasse, ça sature de partout, c’est noisy à souhait, comme du gravier sonore insidieux qui enverrait se faire foutre tes enceintes d’audiophile en flinguant la membrane du haut-parleur au passage. Et pourtant, tu t’en délectes de ce son si dégueulasse, tu continues de monter le volume. Ça te fend la gueule en deux mais tu respires mieux. Ça n’est même pas une question d’habitude à prendre, c’est une évidence. Tu n’as pas à t’y faire, tu es fait pour ça, c’est primaire, reptilien, à toi d’accepter ta condition. Certains y arriveront, d'autres non.

La basse, saturation angoissante, est bien devant, la caisse claire te mitraille le tympan, les guitares sont incisives, débordantes, et ce trio instrumental t'injecte cette musicale alcoolémie sans accalmie.

La voix n'est pas en reste, brûlante, à cran, sans équivoque, mais dont on regrette qu'elle ne soit parfois pas assez audible dans ce bruyant déversoir qualitatif.

Bad Breeding nous rappelle ce pur esprit punk anglais comme on trouve chez Burn The Flag mais sait tirer les limites du style dans les méandres caverneuses du hardcore et de la noise. On pense même aux morceaux punk de Napalm Death ("Theatre Of Work") ou certains de Converge.

Et même quand le groupe fait le pari d’un morceau instrumental ("Tortured Reality"), il rafle la mise. D’autant que ce dernier est intelligemment proposé en fin d’album comme pour une transition vers le prochain déversoir sonore des 4 compères de Stevenage.

 

Bad Breeding a été décrit par beaucoup comme le « meilleur nouveau groupe de Punk » d’Angleterre. Exiled t'enfonce dans les esgourdes, et à gros coups de pilon, le clou acéré de ce constat dithyrambique.

 

On aime : s'en prendre plein la gueule

On n’aime pas : la voix un peu trop en retrait dans le mix parfois

photo de 8oris
le 19/07/2019

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