Batushka - Panihida

Chronique mp3 (42:11)

chronique Batushka - Panihida

Batushka, c'est ce groupe polonais alliant black metal, un léger soupçon doom, chants grégoriens et autres subtilités issues de l'orthodoxie, le tout lié à une dimension visuelle « messe byzantine » sur les planches, qui sait diviser son monde. Véritable génie pour les uns, guignols incapables de parvenir à restituer un semblant de toutes les subtilités et nuances du délire grégorien en plus de jouer un peu le délire de Ghost, notamment sur le fait que chaque musicien ait gardé son anonymat... Enfin, ça, c'était depuis sa mise en lumière avec son premier album, Litourgiya, en 2015 et la tournée bien remplie qui a suivi dès lors que le combo s'est décidé de porter leur plaque sur les planches, non sans y mettre des ambitions. Des prestations qui, de ce que j'en ai vu, fonctionnaient fort bien. Mieux, tout le potentiel d'immersion à l'expérience orthodoxe proposée par Litourgiya ressortait pleinement alors que l'album lui-même, en écoute seule, m'a laissée bien plus sur la défensive.

 

Depuis décembre dernier, la machine Batushka s'est follement emballée. Les Polonais ne nous proposaient pourtant pas ce second méfait tant attendu des convaincus. Non, il s'agit plutôt d'une sortie quelque peu contrainte de l'anonymat via un communiqué vidéo du maître à penser du projet, Krzysztof « Derph » Drabikowski lui-même, que l'heure était grave : le vocaliste Bartlomiej « Bart » Kryziuk a joué la carte du putsch en lui empêchant fourbement d'avoir accès à tout ce qui pouvait avoir attrait à Batushka en coulisse. Pire encore, il s'apprêtait de son côté, à sortir un album sans que Derph, pourtant principal compositeur de Litourgiya, n'ait été jamais convié à sa composition, sous le nom de Batushka, comme s'il se serait agi, l'air de rien du second album attendu, le tout avec le soutien de Metal Blade. S'ensuit la course : Derph finit lui aussi de composer son album, qu'il sort en toute hâte par ses propres moyens sous le nom de Batushka et fait appel à la justice afin de récupérer légalement les droits de son bébé. Des petites guéguerres juridiques qui font sourire : on a vu la même chez Ghost il n'y a pas si longtemps, ce qui a contraint également Tobias Forge de sortir de l'anonymat qu'il avait pourtant réussi à conserver pendant des années. Comme quoi, même lorsqu'on s'attache plus scrupuleusement aux bondieuseries, la plus grosse religion de notre monde finit toujours par pointer le bout de son nez : le culte du pognon. Voilà de quoi filer une délicieuse hostie aux détracteurs, bien que la conséquence de tout ça aura de quoi leur laisser une miette mal placée au fond de la gorge : c'est qu'au final, ce n'est plus un deuxième album de Batushka mais bel est bien deux, un « vrai faux » et un « faux vrai ». Et même si le verdict sur qui conserve les droits a été rendu, donnant raison à Bart, il y a de quoi perdre son latin avec cette histoire.

 

Panihida, c'est le « faux vrai » album de Batushka. La monture de Derph. Celle qui n'a pas obtenu gain de cause juridiquement parlant, expliquant pourquoi l'on voit aujourd'hui cet album estampillé sous le nom complet – et imprononçable – de son géniteur qui ne pourra même plus interpréter en public les morceaux de Litourgiya. Mais c'est aussi la monture du maître à penser du projet initial, celui dont est parti l'intention jusqu'à finalement avoir tout composé (ou presque, allons savoir) depuis ses prémisses. Du faux Batushka bien vrai quoi... A vrai dire, ces petites querelles, je m'en contrebalance un peu personnellement, je laisse ce genre de débats aux fans du groupe, c'est que les black metalleux ont l'habitude de ce genre de conneries typées VSD du metal noir, ils en raffolent même, ça donne prétexte pour gonfler leur ego en s'affirmant comme prêcheur de vérité vraie et de faire la guerre avec tous ceux qui ne seraient pas d'accord.

 

En revanche, d'un œil totalement extérieur, même sans cette envie de rentrer dans des débats stériles, il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas affirmer que Panihida nous montre toute la substance que ce qu'est censé être Batushka. Derph a scrupuleusement suivi son propre cahier des charges afin que cet opus suive fidèlement les traces de Litourgiya. Sauf que malheureusement, cela n'en fait pas un album foufou pour autant. Même si l'on sera satisfait dans un premier temps d'y sentir des ambiances orthodoxes autrement plus enivrantes et viscérales, ainsi qu'un côté un brin moins planplan et un poil plus varié niveau tempi que la monture Hospodi, ce genre de bons sentiments tombent quelque peu à plat et ce, avant même d'en avoir vu le bout. Certes, on peut comprendre que le Père Derph soit un peu vénère de la situation et que ça transparaît clairement dans le résultat de Panihida. Sauf que pour le coup, ça dessert clairement le propos tant l'agressivité paraît trop systématique, au point de bouffer complètement les nuances byzantines, jusqu'à parfois les reléguer sur le banc de touche. Les black metalleux pur jus apprécieront sans doute, ceux s'intéressant davantage à ces dernières en prendront pour leur grade. Un peu comme lorsqu'on regarde un film d'action pan-pan-boum-boum à la Expendables, c'est peut-être rigolo cinq minutes mais ça devient vite abrutissant. Si l'on met ce défaut de côté, l'autre point qui me chagrine et dont j'avais d'ailleurs déjà émis quelques craintes lors de mon escapade rennaise pour les découvrir sur les planches, c'est ce cruel manque de renouvellement. Panihida, c'est du Litourgiya qui pique une grosse colère. Avec, certes, cette essence identitaire intacte qui lui donne une certaine substance et aura, même si elles s'avèrent clairement plus opaques que celles de son prédécesseur. Mais avec rien de plus. Encore moins de mieux.

 

Ce qui n'enlève en rien que le fidèle endoctriné suivra aveuglément la voie de ce Panihida, autrement plus authentique de l'identité Batushka contrairement à Hospodi. Mais pas spécialement suffisant pour le simple sympathisant qui sera fort déconfit de ce sermon assez hermétique et complètement dénué de surprises. D'autant plus qu'il y a fort à parier qu'il est et restera hyper confidentiel et ne sera sans doute jamais prêché sur les planches, Derph n'étant apparemment pas celui qui a développé le projet en terme de prestation et d'image à la base. Alors que l'exercice pourrait potentiellement le révéler totalement sous un autre visage, à l'image de ce qui s'était passé pour Litourgiya que cette « fausse vraie » entité Batushka ne pourra plus jamais rejouer en public d'ailleurs, on le rappelle. Enfin bon, peut-être que l'actuelle position de martyr de l'évêché Derph trouvera à terme une issue plus heureuse. On laisse le bénéfice du doute. Sans grande conviction toutefois.

 

 

PS : J'ai découvert il y a quelques jours qu'il existe un projet de folk orthodoxe instrumental un brin metallique qui nous vient de Russie, répondant au doux nom de Batyushka. Sur leur récente page Bandcamp, on y voit deux albums dont l'un compilant du matériel datant de 2005. On prend les paris qu'ils vont finir par digérer leur vodka et ajouter leur grain de sel en prétendant que les Polaks ont plagié leur concept ? Bref, tout ça pour dire : ça va vraiment trop loin ces conneries !

 

PS 2 : Vu qu'au final, les deux Batushka ne s'avèrent pas si folichons pour des raisons différentes, on peut toujours jouer à un jeu. Laquelle des deux chroniques est la « vraie », laquelle est la « fausse » ? A comprendre, laquelle a été écrite en premier et a servi de base pour le copier-coller de la seconde ?

photo de Margoth
le 02/10/2019

4 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 02/10/2019 à 12:29:40

Joli le concept de la chro double / coup double !!
De toutes façons, Kate Bush le dit depuis longtemps:
"Aaaaaaa-Yaaaaaa
Batushka
Pas touche ça
Pas touche ça
Aïe aïe..."

el gep

el gep le 02/10/2019 à 16:58:27

Cette horrible histoire me fait penser qu'au moins un des deux protagonistes est un sombre connard.
Voire les deux!

Seisachtheion

Seisachtheion le 02/10/2019 à 17:31:48

I repeat :

"Tout ce bordel donne bien envie de lâcher l'affaire pour l'un ET pour l'autre !
Lamentable.
Ecoutez et regardez donc Cult of Fire... "

korbendallas

korbendallas le 03/10/2019 à 09:19:35

Ducond

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