Behemoth - I Loved You At Your Darkest

Chronique CD album (46:41)

chronique Behemoth - I Loved You At Your Darkest

Suis-je la mieux placée pour parler du nouvel album de Behemoth ? J'en doute fortement... Ce n'est pas que je ne me suis plus penchée sur un album complet des Polonais depuis Demigod (2004) mais un peu quand même... Autant dire que je passe un peu du coq à l'âne : de l'un des plus extrêmes, je me retrouve aujourd'hui avec un I Loved You At Your Darkest – que je raccourcirais en ILYAD parce que je suis une flemmarde – hyper mignon en comparaison. Exit la sauvagerie du death, on retrouve une composante black poussée à son paroxysme, entremêlé d'un esprit très rock... Avec tout plein de grigris sophistiqués, une dimension visuelle en veux-tu en voilà. Comme si Tribulation se serait métamorphosé en sataniste venu du froid norvégien. Avec une bonne grosse gorgée de Ghost pour relever la sauce dans tout ce qui est approche cérémonielle grand spectacle. Et au Motocultor en l’occurrence, on l'avait bien vu : ça t'en balance des paillettes cendrées plein les mirettes ! C'est qu'il était loin le temps où Nergal et sa bande jouaient, sur cette même scène morbihannaise, en simple sweat à capuche avec les instruments glanés à droite et à gauche chez les confrères de coulisse les plus généreux parce que son matériel s'était perdu sur la route... Après, n'allez pas croire que je vais me placer sous le sévère étendard qui proclame que « Behemoth, c'est devenu surfait, ils se sont vendus ces traîtres ! ». Ce serait même très malvenu de ma part dans le sens où je sais déjà que le nouvel album de Ghost sera sur le podium de mon top 2018. Et qu'en terme d'image sulfureuse et vendue, on ne fait sans doute pas mieux en la matière...

 

Non, je pense au contraire que la manœuvre d'entamer un nouveau cycle de carrière avec ILYAD est peut-être la plus logique. Même si je ne l'ai pas écouté moi-même, The Satanist (2014) a été considéré par beaucoup comme une forme d'aboutissement dans ce que Behemoth avait cherché à faire ces dernières années. Il est donc légitime de faire table rase et partir de zéro dans une nouvelle direction plutôt que de continuer à ressasser éternellement les mêmes soupes dont le goût aurait viré progressivement rance. Et juste pour cela, alors qu'il jouit quand même d'une forte reconnaissance au sein de la scène metal extrême – et qu'il aurait été très facile de tomber dans le piège de « la redite de moins en moins bien » – on ne peut que tirer son chapeau d'une telle prise de risque. Même si au final, on n'adhérera pas. Parce que définitivement, ILYAD risque de faire, en parallèle de son virage stylistique, un sacré coup de ménage au sein de son public. Certains s'en iront outrés, d'autres crieront au génie. Alors que de nouveaux partisans arriveront dans la place, cela va sans dire...

 

De mon côté, j'irais vous dire que cette entame de virage stylistique s'opère sur de très bons auspices... sans que je n'aille dire non plus qu'il atteigne l'excellence. Ce qui pourrait arriver par la suite si les Polonais décident de tenir ce cap dans le futur en l'appréhendant dans sa bonne forme. A comprendre, qu'il ne se décide pas à suivre les traces d'un Marilyn Manson lors de sa période de traversée du désert post-The Golden Age Of Grotesque en ne devenant qu'une caricature de lui-même. En tout cas, pour ILYAD, le verdict est sans appel : à l'image de ses gimmicks scéniques qu'on a pu voir en festival cet été, l'album est spectaculaire. Dans sa production léchée qui ne laisse rien au hasard. Dans sa maîtrise alors qu'il n'est censé être que dans les balbutiements d'un nouveau visage, hautement ambitieux qui plus est. Et surtout, dans son équilibre entre sa hargne originelle et l'intégration des nouveaux sobriquets symphoniques qui en imposent en terme d'ambiance. C'est qu'on est loin du nouvel album de Dimmu Borgir qui lorgnait d'un peu trop près le sympho pompeux d'Epica. C'est peut-être sur ce point d'équilibre qu'on pourra tiquer un peu en ne le classant pas directement dans la case de l'excellence : ILYAD laisse un petit goût étrange, sans qu'on ne puisse forcément beaucoup expliquer pourquoi, qu'il ne va pas au bout de ses ambitions Sur le plan vocal notamment, je suis persuadée que Nergal peut aller plus loin. Mais peut-être, d'un certain côté, que c'est un mal pour un bien. Préparer gentiment l'auditeur pour enfoncer le clou bien profond pour le prochain album, voilà peut-être le but premier de ce crû 2018.

 

Se préparer à quoi me direz-vous... A se retrouver pris au piège par un black tellement protéiforme qu'il en perdra certainement son étiquette première. La base se retrouve continuellement nourrie d'influences diverses que la base s'en retrouve totalement dénaturée. D'où la fracture qui s'opérera au sein de son public : les plus zélés d'extrême authentique iront voir ailleurs tandis que d'autres applaudiront l'audace de sortir des sentiers battus, au point que l'étiquetage se révélera fort complexe. Parce que si on peut rester sur des trucs un peu méchants comme du riffing death (on pensera à Morbid Angel sur « Sabbath Mater ») ou des teintes doom (« If Crucifixion Was Enough... » dans certains passages), ça se contrebalance souvent avec d'autres registres bien plus accessibles (le refrain de « Sabbath Mater » pour reprendre l'exemple se veut bien plus punk dans l'esprit), tout plein de recherches mélodiques (le solo de « Bartzabel » très rock progressif). Tout se mêle et s'entremêle au sein d'un même titre, proposant ainsi un relief entre violence et mélodie saisissant et, dans certains cas, bien vicelards (« Angvls XIII » rageux pour finir adouci par des arpèges acoustiques aériens). En terme d'atmosphères, là encore, Behemoth a mis le paquet pour avoir une bande-son à la hauteur de ce qu'il soutiendra visuellement sur scène. C'est d'ailleurs sur ce point précis qu'il laissera le plus baba : ces chœurs d'enfants en introduction qu'on retrouvera un peu plus tard sur « God = Dog » impressionneront de manière grandiloquente, de la même manière que tout le côté tribal qui s'échappe d'un « Bartzabel » ou le dramatique qui se dégage du très mélodique « Havohej Pantocrator » (notamment via la dualité entre acoustique et saturé).

 

Bref, même si j'ai émis quelques réserves plus tôt dans cette chronique, cela n'enlève en rien que ILYAD s'avère impressionnant. Difficile de ne pas ressortir médusé à l'écoute de cet album. Qu'importe que ce soit en bien ou en mal au final, cette galette revêtit cette aura qu'elle ne peut pas laisser de marbre. On aimera ou on détestera ce Behemoth point barre. Et mon petit doigt me dit que si ça reste encore assez « gentillet » avec ce dernier bébé, ce sera encore pire sur le prochain. Parce qu'à l'image d'un artificier de renommée qui ne peut plus se contenter de pétards de papillotes de Noël, faire machine arrière en revenant à des choses sobres après avoir enclenché un tel virage semble totalement impossible.

photo de Margoth
le 03/01/2019

7 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 03/01/2019 à 12:42:31

Perso je ne vois pas un virage artistique dans cette catastrophe dont le seul point fort et d'avoir un son de basse correct mais la volonté de ratisser à maximum avec un ego surgonflé. Clin d'œil pour les anciens clients (ce titre d'album), costume de maison de passe, cabriole usée (Wolves ov Siberia), Behemoth est devenu une vieille pute parfumé et trop maquillée pour cacher sa laideur pourtant exposée par la pochette.

cglaume

cglaume le 03/01/2019 à 18:26:01

:D
Heureusement que Cobra Commander n'est plus là : ça ferait doublon dans les comms bougons :D

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 03/01/2019 à 19:08:26

Suis pas bougon mais il ne tient pas la comparaison même avec le décrié The Apostasy déjà très prétentieux (mais que je trouve perso excellent juste pour l'énorme At The Left Hand Ov God). The Satanist conservait encore une aura menaçante et quelques belles fulgurances (Ora Pro Nubis Lucifer, Blow Your Trumpet Gabriel). Là ? C'est Martine va au bal de Satan déguisé en Voldemort.

Margoth

Margoth le 03/01/2019 à 20:00:21

Cobra Commander, bougon ? LE Cobra Commander qui a mis 9,5 au Illud Divinum Insanus de Morbid Angel ?

pidji

pidji le 03/01/2019 à 20:01:48

haha oui celui-là même :D

cglaume

cglaume le 04/01/2019 à 00:00:47

Oui mais non : I.D.I. ayant été vu uniquement comme un gros majeur tendu aux conformistes, ça a adouci le Coco. Mais je suis sûr qu'il chierait encore plus noir que Crom dans la soupe Behemothienne :D

Seisachtheion

Seisachtheion le 25/07/2019 à 13:48:24

Tu as raison, Margoth, leur performance au Motoc 2018 a été tout simplement éblouissante. J'en suis encore marqué !
Pour le reste, cet album demeure plutôt moyen, convenu. La basse est aaaaachement bien, par contre.
Mais ce qui m'agace le plus en ce moment, c'est ce déferlement de merch avec le collier Behemoth, le slip Behemoth, la bière Behemoth, les croquettes vegan Behemoth (oui oui je déconne pas), ... Too much... Non ? ;)

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