Big Business - Command Your Weather

Big Business - "Command Your Weather"
chronique Big Business - Command Your Weather

J'avais quitté les adorables Big Business sur un double concert B.B. / Melvins à Belfort l'année dernière. Ils semblent aujourd'hui plus centrés sur leur propre groupe, leur avenir au sein des ogres polymorphes Melvins étant plus qu'incertain, ces derniers changeant de formules humaines comme de toques (cf Basses Loaded par exemple). A cette occasion, ils avaient d'ailleurs pas mal testé les morceaux de ce dernier album, l'intro et « Send Help » entre autres, dans une ambiance de quasi recueillement. C'était beau, ils n'étaient plus que duo, retour au duo basse/batt' initial, exit le six-cordiste Scott Martin. Il y a bien eu quelques grincheux pour trouver ça chiant, ou dire que « ça manquait de gratte ». Peuh ! Faites donc un peu l'effort d'écouter la musique les gars, z'êtes censés être là pour ça ! Si vous voyez un type jouer tout seul avec sa gratte acoustique, z'allez encore bien nous faire chier avec du « ça manquait de batterie » ? Quels cons ! Mais vous trouvez pas que Gojira, ça manque quand-même gravement de trombone ?

Abrutis ! Abrutis ! Abrutis !

 

Duo et point barre, donc. Pour fêter ça, Jared a paradoxalement un peu réalisé son rêve de travailler avec un chœur et un ensemble de cordes : il a empilé sa propre voix (et à un moment, Coady pousse même la chansonnette de derrière ses fûts) et joue branché dans deux POG 2, multi-octaver qui lui permet de tirer des sons orchestraux de sa basse déjà éléphantesque. Do it yourself ! Et trombone-toi la tête !

 

Oui, c'est vrai, Big Business a toujours tapé dans le lyrisme. Dans l'humour scabreux et/ou navrant et dans le lyrisme plus ou moins mélancolique. Rappelez-vous le super Battlefields Forever.

Eh bien, à ce niveau, rien ne change ! Même si l'envie d'en découdre se ressent un peu plus qu'à l'accoutumée sur une paire de titres. Par moments, on se retrouverait presque au beau milieu d'un disque de KARP. « Father's Day » surtout, putain ce riff de basse, et Jared qui chante de la Pop guindée par dessus, mouahahahahah ! Sinon « Own Throats » qui fera bien secouer la tête, ou le 5 temps dans « Regulars », ils envoient leurs lots de fagots de gros bois vert.

 

Mais autrement et ailleurs, c'est encore la grandeur héroïque et romantique qui est conviée à la grande table finale sous les stèles de marbre. « Popular Demand », avec son enchaînement inhabituel de mesures (ils envoient encore bouler le standard 4/4 : 3 temps / 3 temps / 2 temps et on recommence en tournant en rond comme des petits lapins) est peut-être le titre le plus passionnant, avec ces chœurs éthérés, ces bruits de fond saturés, ces grelots et cette mélodie sifflée (grande classe!) sur la fin de ce requiem. Touchant, voire bouleversant, surtout s'il vous manque des heures de sommeil. Les mélodies s'entrecroisent, elles se rendent floues, troubles, fiévreuses. Oniriques.

Et ce thème de basse ! Et ce son, ce son, nom de bleu !

Au fait, tout le long du disque, Coady Willis frappe comme un dieu vengeur, comme à son habitude, petit homme courbé sur son gros instrument. Ehhe.

 

Étrange groupe, vraiment, qui réussit à mélanger des sentiments à priori éloignés au sein d'un même morceau : mélancolie, grandeur panoramique et headbanging énergique sur « Diagnostic Front » (quand je vous parlais de leur humour).

Étrange morceau aussi que ce « Send Help », véritable comptine douce-amère, aux couplets qui me tireraient les larmes. On croit entendre Jared mettre en garde et encourager son enfant, quand soudain résonne la phrase « It's gonna take some time... but not mine », qui me cloue encore aujourd'hui et me fait tout reconsidérer, et surtout m'égare dans l’interprétation. Grand frisson pour grands sensibles, mais le fin mot de l'histoire reste à voir...

 

Harmoniseur et cloches, accessoires utilisés à de moults reprises, (« Last Legs », « Send Help », « Horses », etc...) apportent réellement une touche orchestrale à ce qui n'est qu'un duo basse/batterie/chant, réussissant même à convoquer sa majesté Jane's Addiction à dos d'éléphants sur le très beau final « Horses ». Même candeur que le groupe de Perry Farrell et de l'horrible Dave Navarro, même colosses mélodiques, colonnes délicatement ouvrées de frises, pieds dans le sable, têtes dans les nuages, mais avec un son qui résonne comme un gouffre : on croit se prendre tout un ensemble de basses électriques saturées sur la gueule. Toute une meute mythologique.

 

Le seul titre un peu plus faible serait à mon avis « Blacker Holes », qui commence sur un rythme quasi latino (détourné, hein...), mais dont a vite fait le tour, me semble-t-il.

 

Ça ne les empêche pas d'avoir sorti peut-être leur meilleur disque. Bon, Here Come The Waterworks et Battlefields Forever, c'était quand-même grand aussi...

Bah, peu importe, arrêtons les comparaisons, on n'est pas aux jeux olympiques, bande de trisomiques !, même si la médaille d'or et l'or en particulier semblent être chez eux une obsession. C'est qu'ils cherchent, il cherchent dans leur tamis ! Ils cherchent quoi ? L'authentique, la beauté, la liberté mon ami !

Voilà un disque et un groupe qui ne ressemblent qu'à eux-mêmes, ils ont donc déjà trouvé, et depuis longtemps.

Bravo B.B., longue vie au Business !

photo de El Gep
le 04/11/2016

7 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 04/11/2016 à 09:34:47

Le Gold Metal, c'est un peu comme CapitaineAbandonné-core, c'est ça ? Ou le post-Calicoba ?

el gep

el gep le 04/11/2016 à 13:16:05

Je ne peux te répondre, n'ayant absolument aucun système de référence commun avec toi sur ce coup là!
Capitaine Abandonné? Kesako? Coquillages et crustacés tout l'été?
Calicoba, ah d'accord, google me souffle ... GOLD, le groupe!

Bref... t'as écouté au moins, Glaume? C'est possible que ça te plaise, ça!

cglaume

cglaume le 04/11/2016 à 13:35:19

J'ai écouté Father's Day. Certes. C'est ce que mon incompétence qualifie de rock alternatif / garage / indé / tout ça. Ca gratouille et ça chatouille pas mal au fond de la buanderie. Mais ça manque vraiment trop de Carambars au piment et d'Eventreurs de vieilles dames pour parler à mon petit coeur de fan de Max Pecas Thrash metal....

el gep

el gep le 04/11/2016 à 22:28:14

Raaah écoute au moins "Popular Demand" et "Send Help", putain!

el gep

el gep le 06/11/2016 à 02:25:22

Cette chronique paraît alors que je viens d'apprendre qu'ils annulent toutes leurs prochaines dates pour raison de santé...
Bordel, j'espère que ce n'est pas grave et qu'ils se remettront vite.

cglaume

cglaume le 06/11/2016 à 11:04:45

En effet, ces 2 morceaux me parlent bien plus, notamment "Popular Demand" !

el gep

el gep le 08/11/2016 à 23:58:50

Cool! Deviens toi aussi un big bisours!

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