Burial In The Sky - Creatio et Hominus

Burial In The Sky - "Creatio et Hominus"
chronique Burial In The Sky - Creatio et Hominus

La lecture de la chronique de Where Owls Know My Name, le dernier Rivers Of Nihil, vous aura peut-être mis la puce à l’oreille: à Lapinland, en matière de Death Metal sophistiqué, on pratique le tri sélectif. Le Death technique qui balance du riff fractal tout en conservant testostérone et accroche, OUI. Les beaux drapés Opethiens qui caressent avec de douces mélodies et promènent dans de mystérieux labyrinthes, OUI. Par contre les broderies délicates pour Deatheux qui sanglotent et essuient leur morve dans des mouchoirs en soie, NON. Le Death Prog bobo qui utilise plus le saxo que la double pédale, les larmes plus que les postillons, le champ’ plus que la binouze, ça nous colle des boutons. C’est comme ça, cherchez pas.

 

Du coup il faut croire que notre radar à mondanités horripilantes était enraillé le jour où l’on a décidé de se pencher sur Creatio et Hominus, le 2e album de Burial In The Sky! Parce que tous les indicateurs étaient pourtant dans le rouge crénom! Un titre en latin et un patronyme – « Enterrement dans les Cieux », bah voyons – qui sentaient le snobisme à plein nez. La présence à la basse et aux plages jazzy du saxophone qui a tout enperlousé Where Owls Know My Name (Zach Strouse), ainsi que d’un solo guest de Brody Uttley, gratteux de chez les voisins pennsylvaniens de Rivers of Nihil. Bordel ça semblait clair pourtant, non?

 

Parce que oui, Creatio et Hominus réussit à aller encore plus loin que les Rivières nihilistes dans les langueurs esthétisantes, les détours précieusement alambiqués et le spleen « trop classe ». Peut-être un peu moins porté sur les sombres complaintes que son illustre grand frère, Burial In The Sky abuse par contre des vastes plages intimistes, des parenthèses délicatement planantes, et des épisodes « extérieur nuit, pluie derrière la vitre du taxi, ambiance sonore de club de Jazz en fade out »… Vous voyez le genre? « Monocle & Nœud pap’ » Death metal qu’on appelle ça…

 

Evidemment, rien à dire sur la qualité de la production ou sur les prestations techniques individuelles. Le problème c’est surtout que les musiciens ont manifestement plus envie d’exposer dans une galerie d’art que de faire kiffer les auditeurs sur de belles mélodies qui resteraient dans le crane. Enfin je dis ça mais il y a quand même de notables exceptions. « 5 Years » tout d’abord, qui après un long début ambiant déchaîne un vigoureux Death/Black cavalant comme un viking qui aurait troqué son drakkar contre un fougueux pur-sang des steppes. Le morceau est d’autant plus appréciable qu’il se termine sur un beau mouvement de balancier mélodique qui serait presque de nature à nous rendre momentanément indulgent. Autre instant de grâce, « Psalms of the Deviant » offre un superbe début qui, le temps d’une petite minute, laisse miroiter de grandes choses, ainsi qu’un dernier tiers particulièrement racé. Dernier petit miracle de la tracklist, « Nautilus' Cage » réserve 2 pépites perdues dans la tourmente: l’une, à 2:15, qui justifierait presque à elle seule l’absolution générale (la lead, prise d’un brusque éclair de génie, se met à balancer des éclats de cristal sur fond de rythmique qui laboure), puis, plus loin, à 3:10, une autre se manifestant sous la forme d’une lointaine vague de riffs pleine d’écho qui nous donne envie d’y croire...

 

Sauf que le petit orgasme fugace du samedi soir ne suffit pas à passer l’éponge sur la violente rouste administrée quotidiennement parce que le steak est trop cuit et la bière pas assez fraîche. Au sortir des 36 minutes de Creatio et Hominus, on reste donc malheureusement déterminé à demander le divorce. D’autant plus que le guitariste James Tomedi indique que le groupe va continuer dans la veine des titres « Nautilus' Cage » (why not, du coup), « The Pivotal Flame » (6:30 de douceur et de spleen où le growl se fait suppliant, le Metal met des patins, et où la lead et le saxo se perdent en vaines démonstrations bourgeoises) et « Creatio et Hominus » (summum archétypal de ce sur quoi je râle depuis ce début de chronique). Mouais, OK, eh bien je garde mon paquet de Gorod et je vous laisse vos 2 barils de Burial In The Sky alors!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Creatio et Hominus est typiquement ce genre d’album de Death Prog qui se perd dans les points de suspension aristocrates plutôt que de nous coller de grands points d’exclamation dans la gueule. Si vous rêvez que Rivers Of Nihil perde en poils et gagne en préciosité, vous êtes à la bonne adresse!

photo de Cglaume
le 28/12/2018

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