Cannibal Corpse - Red Before Black

Chronique CD album (46:23)

chronique Cannibal Corpse - Red Before Black

Il aura fallu attendre 14 albums et quasiment 30 ans de carrière pour que Cannibal Corpse arrête de nous causer de dépeçage de barbaque au couteau à huitres et s’attaque enfin à l’analyse des grandes œuvres de notre temps. Ainsi, avec Red Before Black (« Le Rouge Avant le Noir »), les Américains se proposent-ils de fournir au lecteur de Stendhal et au fan de Jeanne Mas une nouvelle échelle de valeur, une grille de lecture à plus-value chronologique afin d’aborder ces monuments avec un œil nouveau, et en faire jaillir de nouveaux signifiants insoupçonnés.

 

...Non? Le rouge ce serait pour les menstrues fraîches et le noir pour les croûtes pleines de vermines?

 

En même temps c’est pas plus mal. Et puis c’est vrai que je ne voyais pas trop le rapport entre le nouvel artwork de Vince Locke (… pas mal décrié cette fois. Perso j’aime bien) et les amours de Julien Sorel (et/ou de « Johnny Johnny »). Plaisanterie mise à part, sur ce nouvel album Cannibal Corpse manifeste une fois de plus les velléités évolutives du créationniste pur jus à un meeting de Christine Boutin. Et je pense que ce choix de la continuité dans l’agression grumeleuse mais néanmoins non dénuée de sophistication devrait satisfaire le plus grand nombre. Grosse prod’ assurée par Erik Rutan, aérations crâniennes à la guitare-scie circulaire, tempos écrasants ou enlevés, maîtrise technique certaine sans perte d’énergie dans des circonvolutions verbeuses: la bande à Alex Webster sait y faire. Du coup on se prend des pains bien vicieux comme on les attendait, on ajoute quelques titres nouveaux aux setlists live à venir (« Only One Will Die », « Red Before Black », « Corpus Delicti », « Code of the Slashers », « Scavengers Consuming Death »…), et on retrouve, parsemés au milieu de morceaux pas-révolutionnaires-mais-vraiment-pas-mal, tout un tas de petits moments bien jouissifs…

 

Bref, on est à la maison!

 

Alors c’est vrai: le manque de surprise et de vrais GROS tubes qui électrisent nous empêche d’en faire des caisses et de placer ce Red Before Black dans un Top de fin d’année. C’est vrai, « Heads Shoveled Off » fait plus bricolage de multiples plans épars que véritable morceau consistant. C’est clair, « Destroyed Without a Trace », malgré ses chouettes lignes de basse, est trop générique pour nous recharger les batteries. On est d’accord, « Shedding My Human Skin » aurait été encore plus percutant sans quelques méandres sinueux un peu inutiles. N’empêche…

 

N’empêche, ils ne sont pas nombreux les groupes de cet âge à réussir à faire des albums aussi efficaces et jouissifs, dont le niveau moyen, s’il ne grimpe plus franchement jusqu'à « révolutionnaire » ni même « hyper bandant » sur l'échelle du Rhaalovely-mètre, continue de graviter entre « franchement bon » et « carrément bonnard ». Avec Red Before Black on ne parle pas d’un Nième album qui noie 2-3 morceaux sympas au milieu d’un torrent de tiédeur, mais bien de 12 titres dont tous, à un degré plus ou moins fort, contiennent au minimum un plan de tueur, une décélération monstrueuse ou un riff tronçonneuse mortel. Sans déconner, ce nuage de sauterelles massif qui se déploie à partir de 3:00 sur « Scavengers Consuming Death », c’est pas dément? Et ce réveil Thrash tourbillonnant à 1:08 sur « Code of the Slashers »? Et ce mouvement de plaques tectoniques qui démarre « Remaimed »? Et ces envolées victorieuses qui propulsent « Corpus Delicti » à partir de 1:15? Mais ouais: c’est pour ça qu’on bande (… / mouille, CoreAndCo pratique l’écriture inclusive!) pour ces barbares depuis plus d’un quart de siècle!

 

En Rouuuuuge et Noiiiiir,

Je céderai à la peur,

Je succomberai à des montagnes de douleur…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: avec Red Before Black, Cannibal Corpse nous propose un 14e album 100% classique. Sans rien révolutionner de leur quotidien death-métallique, les Américains proposent une nouvelle tranche d’agression extrêmement efficace, qui assure bien plus que le strict minimum dont trop de vétérans font leur pain quotidien.

photo de Cglaume
le 19/12/2017

2 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 19/12/2017 à 11:56:02

Dans les caractères hardis et fiers il n’y a qu’un pas de la colère contre soi-même à l’emportement contre les autres ; les transports de fureur sont dans ce cas un plaisir vif.

cglaume

cglaume le 19/12/2017 à 13:27:43

Le mec qui cite des classiques dans les comm...

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