Castle - Deal Thy Fate

chronique Castle - Deal Thy Fate

Parfois, découvrir des groupes en concert, ça donne une vraie bouffée d'air frais entre deux balades sur le marché de l'onglet « Albums Promos », plein à ras la gueule, de sa boîte mail. C'est le cas du duo anglais composant Castle que j'avais eu l'occasion de croiser en première partie des tribaux de Vodun. Quand bien même leurs répertoires respectifs n'ont clairement rien à voir. Et pourtant, Castle avait réussi sa mission de chauffe de salle avec brio. Du bon qui sort de l'ampli et une prestation scénique aussi simple et ébouriffante d'efficacité, il n'en fallait pas plus pour que je me radine au merch' pendant l'entracte de la passation de relais et ainsi glisser dans mon sac leur petit dernier, à ce moment-là fraîchement sorti de presse. Sur les faits d'ailleurs, c'était plutôt étonnant – et d'un certain point de vue, injuste peut-être – de voir un groupe comme Castle ouvrir pour Vodun. Parce que le duo anglais, même s'il reste confidentiel de ce côté de la Manche, a du passif et de la bouteille. Faisant passer Vodun pour des petits bébés à la fleur de l'âge qui a encore pas mal à prouver en terme de délire musical, quand bien même il soit un formidable groupe de scène qui sait réveiller toute l'intensité et potentiel plus ou moins latent de ses morceaux studio. Castle nous l'avait bien montré scéniquement parlant qu'il maîtrisait son sujet. Et c'est sans surprise que Deal Thy Fate, son cinquième rejeton, nous prouve qu'il en est de même en studio.

 

Parce que ce n'est pas avec ce nouvel album que cela montrera la moindre prétention de révolutionner quoi que ce soit dans le paysage du heavy/doom. Au contraire, Castle est ce genre de groupe qui se plaît à rester dans le délire « à l'ancienne ». Ce qui ne l'empêche pas d'aller dans l'enviable catégorie du groupe qui, je pense, se fiche un peu d'apporter la moindre originalité dans l'exercice de faire du neuf avec vieux mais y parvient, au final, avec tout plein de classe. Parce que finalement, son mélange d'influences rend très bien. Qui parvient d'ailleurs à un très bon point d'équilibre entre l'école UK – on pensera évidemment à Black Sabbath mais également à la NWOBHM des grandes heures comme Iron Maiden et Judas Priest pour le côté galopant de certains passages de gratte – et l'école US – il y a énormément de Pentagram qui suinte ici, peut-être d'ailleurs davantage que de Black Sabbath mais on peut également voir un côté Bay Area Slayeresque en terme d'attaque gentiment thrashouillante. Mais ce qui titille le plus dans toute cette tambouille, c'est cette ambiance qui s'en dégage : on a beau les classifier dans le côté occulte du heavy/doom, surtout compte tenu de sa mise en boîte très retro-caverneuse-un-peu-cracra-mais-pas-tant-que-ça, je lui reconnais une vibe qui le rapproche davantage du stoner tant l'on y sent un côté très graisseux'n roll dans le traitement guitare et divers moments qui se montrent finalement plutôt groovy (« Red Phantom »). Autant dire qu'on est bien loin d'un Electric Wizard tant Castle préfère largement privilégier la spontanéité qui te crache à la gueule plutôt que partir dans les tréfonds vaporeux d'un trip acidulé à grands renforts de buvard.

 

Parce qu'ici, on ne perd pas son temps : les durées sont formatées et n'excèdent pas spécialement les cinq minutes, autant dire qu'il n'y a vraiment pas à se paumer dans les ambiances lancinantes tout droit sorties d'un fond de bouteille. Même « Prelude », petit interlude instrumental, ne va pas jouer sur l'atmosphérique typé « camé planqué sous son capuchon noir ». Ici, c'est le feeling des riffs, voire du solo aussi simple que gorgeous, qui compte, avec une certaine obsession du retour aux sources dans cette restitution authentique et underground où le filtre numérique est farouchement conchié. Qui sait parfois se montrer plus que dévastateur dans son délire d'enclume'n roll comme sur « Can't Escape The Evil » ou « Wait For Dark ». Dans un autre aspect, le côté vocal n'est pas en reste tant la frontwoman n'inspire pas le cliché de « diva plus soucieuse de sa robe et manucure ». Et préfère se la jouer rock'n roll avec des couilles qui force sur les cordes vocales – même si c'est son compagnon de gratte qui grunte en studio, il faut savoir qu'elle n'hésite pas à aller dans ce registre sur les planches d'ailleurs – plutôt que partir dans le côté plus maniéré et opérette qu'on pouvait entendre chez The Devil's Blood.

 

Au final, Deal Thy Fate file à vive allure sans qu'aucune faute de goût ne soit à déplorer parmi la tracklist. L'homogénéité est là mais sa courte durée (environ 35 minutes) permet d'éviter le fait que cela soit quelque chose de gênant. Après, certes, on n'ira pas reconnaître en Castle des ambitions fondées sur l'audace. Non, le duo inspirera plutôt cette image flatteuse d'honnêtes artisans produisant ce qu'il aime par-dessus tout : du heavy/doom mâtiné de feeling 'n roll authentique et sans chichis. Qui sait se montrer stylé et efficace tout en sentant bon le terroir.

photo de Margoth
le 06/02/2019

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