Chenille - Samen

Chenille - "Samen"
chronique Chenille - Samen

Quand un groupe tout juste formé a la possibilité d’adopter le nom "The Completely Maboul Squad", ou encore "Brutal Nutella Orgasm" (pour lesquels je ne crois pas qu’un copyright ait été déposé), qu’est-ce qui peut bien le pousser à opter pour celui tout fragile, tout incongru de Chenille?

 

Théorie 1: parce qu’il veut évoquer cet élément du char d’assaut sous lequel cervelles d’opposants et fémurs ennemis redeviennent compost, imagerie assez raccord avec l’ouragan de growls, de shrieks et de blasts qu’il propose… ➙ Mouais: ça bœute parfois méchamment sur Samen, et Asphodel imite parfaitement les vagissements du grizzly au bord de l’occlusion intestinale, m’enfin je sens qu’on fait fausse route là…

Théorie 2: parce que le groupe sent que sa première offrande n’avance que doucement et imparfaitement vers la voie du succès, et qu’il va lui falloir une bonne grosse séance de cocooning à rallonge avant de vraiment pouvoir nous offrir un album aux couleurs chatoyantes… ➙ Absurde: ce premier jet a déjà la majesté de la robe du Machaon, et il impose le respect comme le Sphinx Tête de Mort.

Théorie 3: parce que les membres du groupe sont des weirdo-zoophiles. ➙ Piste intéressante, surtout quand on se rappelle qu’Asphodel (chanteuse caméléon…) fait des trucs chelous avec les escargots (hop), qu’Aymeric Thomas (batteur de session) tripote régulièrement des chats priapiques (re-hop), et que Baptiste Bertrand (son & lumière) aurait un élevage de ténias domestiques (information à vérifier).

 

La bonne réponse se trouve sans doute quelque-part à la confluence de ces 3 théories, auxquelles on peut peut-être même ajouter une passion assumée pour la Bande à Basile. Ou alors c’est juste qu’en tant que formation de Nawak Metal certifiée ISO-9002, il lui fallait un nom décalé. Et le blase en question l'est d’autant plus, décalé, que celui-ci est en fait öOoOoOoOoOo... Pas facile à prononcer en l’état, même pour un lépidoptérophile! En tout cas, au vu de la symbolique utilisée, le groupe a manifestement plus à voir avec la ch’tite bestiole qu’avec le gros Panzer. Ce qui est logique, vu que nos zoziaux font plus dans le Vegan que dans le Reagan… (quoique, vu la pochette, ils semblent quand même apprécier la chair fraîche)

 

Bon, et si plutôt que de batifoler on causait musique, nom d’un chien... d'un chenil... d’une chenille?!!

 

Allez, je vous fais la bio en 3 coups de pinceaux: Chenille, ce sont les exubérances conjuguées du multi-instrumentiste Baptiste Bertrand (ex-Human Vacuum – groupe de Néo/Fusion limite Nawak – et fan de Psykup) et de la multi-vocaliste Asphodel (ex-Pin-Up Went Down, entre autres), plus Aymeric Thomas (Pryapisme) qui joue ici les moissonneurs-batteurs saisonniers, le gus avoinant sévère pour que notre chenille ne parte pas du mauvais pied en fréquentant des B.A.R. louches... Vous imaginez le génial bordel qui peut résulter d’une telle association de bienfaiteurs!

 

Maintenant si l’on voulait arrêter cette chronique tout net sur une dernière phrase tout-en-un, il suffirait de lâcher l'affirmation péremptoire suivante: Samen est le 3e album que les fans endeuillés de Pin-Up Went Down auraient rêvé voir sortir du laboratoire de leur formation préférée. Même irrésistible folie polymorphe, même capacité à pondre des tubes à partir d’assemblages improbables, même aptitude à injecter dans notre palpitant des sensations aussi profondes que pas toujours très claires. Par ailleurs – pour évoquer l'autre "ex" – ce drôle de skeud à l’alléchante pochette démontre que les riffs juteux et les accès de folie qui parsemaient Enter The Playground n’étaient pas la manifestation fugace d’une inspiration fructueuse mais éphémère: la science des enchaînements décalés et des cocktails sucrés-salés de Mister Bertrand monte en effet ici d’un GROOOOOOS cran supplémentaire, pour atteindre les sommets du genre. Quant à Asphodel, on en serait presque fatigué d’être ainsi systématiquement mis sur le cul par sa capacité à jongler avec les registres, passant de la sorcière vaudou à la petite minette, de la cantatrice à la créature du marais, de la gangsta-coreuse à l’égérie Disco en un battement de corde vocale, celle-ci (Aspho, pas la corde!) pouvant provoquer à sa guise chez l’auditeur recueillement, effroi ou excitation animale (… Roâââââr!!!).

 

Comme tout album de Nawak éminemment pétillant, Samen enquille les tubes aux atmosphères et aux sex-appeals bien distincts. Vous résisterez ainsi difficilement au « Please Don’t Come, Please Don’t Go » de « Rules of The Show », morceau de Disco-Death tribal dansant et malsain. Vous aurez le minou tout ébouriffé sur le Brutal Dark 8-bits Nawak de « Meow Meow Frrru ». Bon, je vous épargnerai une fastidieuse enfilade de descriptions loufoques, mais sachez que « Bark City » et « I Hope You Sleep Well » sont du même tonneau, et que c’est sur « No Guts = No Masters » et « Chairleg Thesis » que la géniale démesure créative du groupe éclate avec le plus d’insolence. Alors c'est vrai: peut-être bien que sur la fin nos loulous abandonnent leurs gros nez rouges un peu trop brutalement pour s’enfoncer dans un univers plus sombre, plus gluant, et qu'à l'approche de la ligne d'arrivée l'album parlera un peu moins aux fans de pur Circus Metal. Mais rien à faire: on ne trouvera aucune raison sérieuse pour ne pas faire défiler ce sacré nom de premier album au milieu du gratin du Top 5 de fin d’année.

 

Allez, tous ensemble (sur un air bien connu):

« Pose / Samen sur / la platine

C’est-la-Chenille-qui-se-radine

En / voiture les / Nawakeurs

Chenille-provoquera-des-coups-d’cœur! »

 

 

 

PS: puisque Facebook (entre autres) fait des misères au groupe à cause des bouts de tétons apparaissant sur la pochette, il est possible que vous croisiez la pochette suivante lors de vos pérégrinations sur le web et ailleurs:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Vous révérez Carnival in Coal et 6:33. Vous pleurez la fin de Pin-Up Went Down. Vous n’en pouvez plus d’attendre les prochains albums de Diablo Swing Orchestra et Akphaezya. Vous aimez que ça pétille, que ça chahute, que ça gronde et que ça cardio-traini'ngue… Vous n’attendiez donc qu’une chose: qu’une Chenille vienne vous tatouer Samen au creux des tympans!

 
photo de Cglaume
le 07/10/2016

6 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 07/10/2016 à 09:03:10

Au départ, j'avais juste jeté une oreille parce que le lapin n'arrêtait pas d'en parler. Ce n'était pas forcément prévu pour mes esgourdes.
Et pourtant, c'est très très bon ce qu'ils font ;) J'adhère !

Xuaterc

Xuaterc le 07/10/2016 à 10:20:37

Essellent! Sur cet album, la vox D'asphodel me rappelle ncore plus celle Agnete Kjølsrud, en particulier ce titre
https://www.youtube.com/watch?v=dXoPoYOwHm8

cglaume

cglaume le 07/10/2016 à 10:56:38

En même temps Chenille, Animal Alpha: on reste dans le domaine de la zoo-nawako-musicophilie !

Xuaterc

Xuaterc le 07/10/2016 à 13:33:22

Plus je l'écoute, plus je l'aime.

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 08/10/2016 à 08:45:40

Elle fait mal à la tête cette chronique...

cglaume

cglaume le 08/10/2016 à 08:54:18

Une aspirine, une écoute de l'album et ça repart :)

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