Conjurer - Mire

Conjurer - "Mire"
chronique Conjurer - Mire

Difficile de coller une étiquette stricto sensu pour définir le genre dans lequel s’inscrit le brillant combo anglais Conjurer. Ptit Big Up à ce très encrouté professeur de sociologie qui m’a donné quelques outils pour lutter mais qui malheureusement n’en fera jamais de même car beaucoup plus occupé à analyser la société qu’à la faire. « Nommer les choses c’est déjà les réduire » qu’il disait le cuistre, et il avait pourtant bien raison le bougre. Dans le cas de Conjurer cette formulette, qui réenchantait l’étudiant facilement impressionnable que j’étais à l’époque, s’applique très bien. Aucune réduction catégorielle n’est possible au risque de passer à côté de l’identité polymorphe du groupe. Une identité dont la transversalité esthétique n’est plus à démontrer.

 

Le groupe a eu en effet plus d’un an pour prouver sa valeur auprès des scènes autant Hardcore que Métal en défendant un Mire dont l’inspiration n’a d’égale que la fraîcheur. Ça me rappelle beaucoup Code Orange mais exclusivement pour le côté jeune prodige à suivre de près. C’est en arborant encore un soyeux duvet au bout du menton que les quatre membres de Conjurer ont sorti il y a plus d’un an de ça le retentissant Mire. Un album à la croisée des chemins et qui mettra tout le monde d’accord tant le feeling de nos quatre forcenés du nihilisme est incontestable.

Les ambiances sont multiples, aussi bien Sludgy, chaotiques, Post-hardcore, blackisantes… Et pourtant, au-delà de l’apparent côté fourre-tout de Mire, le propos reste cohérent et d’une limpidité musicale bluffante. La raison : des articulations maîtrisées et très bien senties entre les différentes intentions esthétiques du groupe. On peut donc très bien passer dans un seul et même morceau de séquences purement chaotiques avec des riffs torturés au possible, pour ensuite nous retrouver sur un riff mélodique hyper véloce très typé black, pour prendre ensuite en pleine tronche une bonne grosse boîte Sludge aussi massive que Groovy. Les deux premiers titres « Choke » et « Holow » font à eux seuls la preuve de l’éloquence du combo. Les riffs se succèdent sans que l’on puisse décrocher un instant et nous embarquent irrésistiblement dans une série d’ambiances, de représentations et de références esthétiques toutes plus inspirantes les unes que les autres. Une sensibilité à fleur de peau et une vision du monde hyper sombre, avec de fulgurants moments de déchirements émotionnels, eux plutôt inspirés de la hype Post-hardcore.

 

Tous les termes, tous les riffs, tous les breaks et tous les énoncés proposés par le combo sont mis sous tension. La puissance dialectique de ce Mire est tout simplement passionnante. De la conflictualité en veux-tu en voilà, avec des oppositions traduites par de nombreux breaks très marquées et qui participent de la richesse d’un album d’une  intensité remarquable et d’une très grande classe.

photo de Freaks
le 11/07/2019

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