Crisix - From Blue to Black

Chronique CD album (38:42)

chronique Crisix - From Blue to Black

Le Thrash n’est pas un genre aussi étroitement codifié que le Swedeath. Il y a suffisamment de mou dans cette gaine stylistique pour que les groupes réussissent à y prendre un peur leurs aises… Quoiqu’en balançant ce genre de vérité biaisée, je triche. Parce qu’on pourrait tout à fait inverser le propos en écrivant « Le Death n’est pas un genre aussi étroitement codifié que le Frisco Crossover Thrash ».  En effet, contrairement au Swedeath, le Thrash est un « meta-style » possédant plein de ramifications qui participent activement à sa diversité. N’empêche, en dehors des sorties de certains vieux de la vieille (Overkill, Annihilator, Prong), et de l’exception Vektor, Thrash et Swedeath, même combat: depuis quelques années ces scènes accouchent certes de fréquents bons petits uppercuts dans les gencives, mais très rarement d’albums référentiels.

 

Sauf que là, bam: Crisix.

« Et Viva España!!! »

 

Non parce que ce putain de monstre d’album nommé From Blue to Black balance les torgnoles et provoque les haussements de sourcils ravis dès la première écoute. Et à la 10e, il finit nos restes avec les chipos et les merguez sur le grand barbecue de l’enthousiasme headbanguien.

 

Alors non, je n’essaierai pas de méticuleusement structurer mon propos pour vous construire un savant crescendo critique aboutissant à l'inévitable BUY OR DIE. Dans le même esprit que le groupe – qui défouraille avec fougue, bonne humeur et impact – je vais essayer de vous parler de ce crénom de super 3e album (3e! La vache: comme d’hab’ on a du retard !) en priant pour avoir un vingtième de la force de conviction de ce dernier.

 

Une chose est sûre: il est assez difficile de parler de From Blue To Black comme d'un bloc monolithique, celui-ci étant constitué de 10 compos ayant chacune une personnalité bien trempée, et relativement différente de ses consœurs. Mais comme il ne s’agit pas non plus de l’un de ces albums kaléïdoscopiques effectuant moult grands écarts osés, on pourra tenter de résumer la musique de Crisix en évoquant un Thrash survolté, impulsif et pourtant franchement technique, qui par bien des aspects rappelle un Overkill dont le socle des influences aurait été forgé au cours du XXIe siècle. Tiens: les excès de vitesse et le feeling "Rock’n’Roll & Gomme-cramée- sur-le-bitume" de « Journey Through the Fire », ça ne sentirait pas un peu le Bobby Ellsworth 2.0? Mais en fait c’est beaucoup plus compliqué que cela. Car rien que sur le morceau « Conspiranoia », entre les diatribes acides et les arabesques à la guitare, on croirait un Sadist jeune, hyper-speedé et sans synthé. Et de son côté la démentielle intro de « G.M.M. (The Great Metal Motherfucker) » semble le fruit d’un Prong complètement survolté. D’ailleurs, sans ce retour dommageable sur les terres d’un Thrash plus grassement « core » qui fait perdre un peu de leur impact aux saccades introductives, le morceau aurait pu devenir un nouveau classique du Thrash, un peu pour les mêmes raisons que le « Spheres of Madness » de Decapitated a mis d’accord toute une génération de métalleux énervés... C’est vraiment con quand même, parce que c’est le seul point qui pèche, la fin du morceau sprintant tout en « finesse » et flamboyance jusqu’à un final à nouveau assez Overkillien.

 

Et ça ne s’arrête pas à ce métissage pourtant déjà juteux. Car le Thrash speedé de nos amis espagnols part dans des ambiances épico-mélodico-suédoises sur « T-Terror Era » – qu’on croirait presque qu’ils ont collé la tête de dragon grimaçant habituellement à la proue du drakkar Amon Amarthien à l’avant de leur Formule 1. Et quand ils n’empruntent pas une ambiance à un aîné de bon goût, les canailloux collent une intro Nawak et une accélération progressive en tête d’un hymne Thrash’n’Roll aussi vénère qu’enthousiaste (« Psycho Crisix World »). Sur « Five As One » c’est un riff d'inspiration très JamesHetfieldien ainsi qu'un duo avec un chanteur à l’abrasivité toute « South Americore » qui typent la compo, tandis que le morceau-titre déchaîne les vents contraires d’un Thrash mélodique et ambitieux plein de nombreuses variations.

 

Pour vous le dire comme je le pense, si le final « Fallen » n’avait pas été un poil en-dessous de nos attentes (… parce que, nom de nom: il faut un putain de tomber de rideau titanesque sur un album de cette trempe, pas juste des au revoir bien foutus!), l’album se serait récolté le 9/10 des grosses claques qui mettent en joie. Car c’est le genre d’album qui émoustille comme quand on était encore au collège, à l’époque de la découverte des grands classiques du genre. Bref, vous aurez compris que 2016 est bien partie pour être l'année du Thrash (... je vous ai causé des derniers Hatred, Prong et Criminal, non?).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: impulsif, inspiré, technique, enthousiasmant, accrocheur, fonceur, From Blue to Black nous colle des paillettes plein les yeux comme rarement album de Thrash nouveau avait réussi à le faire. Ne passez pas à côté!

photo de Cglaume
le 13/07/2016

3 COMMENTAIRES

sepulturastaman

sepulturastaman le 15/07/2016 à 17:43:11

J'aime pas du tout la voix, qui fait trop core à mon goût, et comme ce disque n'est pas totalement crossover, je suis beaucoup moins enthousiaste que toi.

cglaume

cglaume le 17/07/2016 à 21:40:19

Eh bien perso plus je l'écoute plus j'ai la barre !

darkangel91

darkangel91 le 19/07/2016 à 14:04:23

la voix n'a rien de core pour moi mais est trés poussive. dommage car niveau musique, ça dépote

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