David Bowie - The Next Day

David Bowie - "The Next Day"
chronique David Bowie - The Next Day

> (no) "Communication Breakdown" <

 

Il n’y a qu’une seule école de communication ou de marketing qui fasse modèle, celle de David Bowie. Toutes les autres peuvent aller se rhabiller.

 

2004, après 112 concerts, la tournée marathon consécutive à la sortie, en 2003, de l’album Reality s’arrête net suite à un problème cardiaque et une hospitalisation de David Bowie. Musique, interview, news… plus aucune nouvelle, et les hypothèses iront bon train quant à la suite et son état de santé…

 

2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, toujours rien.

 

8 janvier 2013, jour de son 66ème anniversaire, est annoncé le retour et la suite : The Next Day. Ce sera donc son 24ème album qui sortira deux mois plus tard. Mettant fin à 9 années de silence absolu, et 10 années d’absence discographique. Encore aujourd’hui, quand on s’appelle David Bowie, à l’heure d’internet et des milliers de tabloïdes, on peut se demander comment il a pu rester dissimulé, à l’abri des média, des photographes, voire même des passants qui auraient pu attraper une photo pour leur réseau social… Pendant toutes ces années personne n’avait de news ou quelconque info à diffuser.

 

Cette annonce est accompagnée d’un - excellent - single, clippé, et de la présentation de la pochette du disque. Les deux sont ultra référencés et donneront de quoi s’impatienter. La pochette « référence » d’un album bien connu est placardée d’un carrée blanc avec le titre Heroes barré d’un trait noir, l’avant-goût "Where Are We Now?" nostalgique par son sens, ses mots, sa gravité, et ses images de l’Allemagne en mode 8mm… Alors certes The Next Day, mais on pourra - encore - se questionner quant au sens de nous rappeler plus particulièrement à cette période de son histoire (1976-1977). On pensera même à une blague pour la pochette.

 

À nouveau, David Bowie ne laisse que des indices, peut-être des indices, peut-être ne le sont-ils pas, et c’est à nous de faire l’histoire. Et nous ne pourrons compter que sur nos versions car il maintiendra éteint le signal avec les journalistes - plus aucune interview - et aucun concert n’était non plus prévu.

 

Il se permettra également un tour aux journalistes de l’époque. Quelques-uns de ces derniers et anciens privilégiés, triés sur le volet, seront conviés à une séance d’écoute de l’album dans un lieu confiné, et surveillé. Pour une seule écoute. Et alors que tous les papiers sur cette écoute ne sont pas encore sortis, publiés, l’écoute de l’album est mis à disposition sur internet gratuitement avant sa sortie, rendant ainsi les chroniques et autres avis de ceux qui pensaient détenir l’exclusivité complètements inutiles. Il prend tout le monde de court et casse définitivement le lien qui existait entre les maisons de disques et les média « traditionnels ». Ce sont maintenant les auditeurs qui donneront leurs avis aux journalistes.

 

Nous sommes dans la matrice et David Bowie semble être le seul à pouvoir la commander.

 

Cette nostalgie d’annonce ne sera par contre en rien la tonalité de The Next Day. On retrouve un David Bowie fort de ses acquis et de ses perpétuelles curiosités. Cet album serait sorti 10 années plus tôt, juste après Heathen (oui je zappe entre les deux Reality, un album écrit vite fait pour partir en tournée et pas forcément des plus inspirés), nous n’aurions pas été davantage interpellés. Ce The Next Day est un album des deux décennies. Pas que ce soit le reflet d’un musicien qui ne saurait plus se renouveler, mais il y a entre ces deux albums une commune affirmation du « David Bowie ». De celui qui sait ce dont il est capable, ce qu’il a déjà fait, et les points sur lesquels il peut – toutes proportions maîtrisées – surprendre. Il consolide son nouveau personnage, juste David Bowie. Il ne court plus après le temps, il ne l’arrête même pas, il le contrôle pour maintenant mieux s’en jouer. Il est maintenant le propre passeur de son œuvre.

 

À nouveau le point central de l’album est cette double pop, celle efficace au refrain énergique, catchy et l’autre plus compliquée au rythme plus posé, entre grave et mélancolique. Autour naviguent de nouvelles approches, des prolongements d’expériences récentes, ou même des mises à jour d’essais du passé. D’une certaine façon, sous une production année 2000, d’un grand écart il rapproche, réunit, rassemble, tout ce qui a été, tout ce qui est, et tout ce qui sera. Un disque comme s’il n’y avait que maintenant. Et rien d’autre. Par exemple l’efficace "The Stars (Are Out Tonight)" est "A New Killer Star" de 2003, "Slow Burn" de 2002, "Watch That Man" de 1973… Le mélancolique "You Feel So Lonely You Could Die" est "Slip Away" de 2002, ou "Word On A Wing" de 1976, tout comme "Rock ‘N’ Roll With Me" de 1974… "If You Can See" me récupère des gimmicks « jungle » et un chant rappelant EART HL I NG de 1997. "Dirty Boys" remet superbement au premier plan le sax des tournées de 1974, de la période années 80, et de Black Tie White Noise de 1993. "Where Are We Now?" et sa structure en deux parties ramène à "Station To Station" de 1976 ou a "Memory Of A Free Festival" de 1969. "(You Will) Set The World On Fire" et son couplet inexistant, où seul le refrain semble importer, ramène à "TVC 15", titre construit pour le refrain (même si là, la comparaison niveau qualité n’est pas envisageable). "Love Is Lost" prolonge l’utilisation de ce qui semble être un beat électronique en appui de la basse (ou est-ce la basse avec ce son ? ou est-ce seulement un synthé ?) déjà approchée sur HeathenDavid Bowie Is comme est à juste titre nommée l’exposition. Et à chaque fois de nouveaux sons, de nouvelles structures de morceaux, de nouvelles tonalités, le tout, plus ou moins accentué. Le mouvement est sous contrôle. On pourrait même voir The Next Day comme une correction et une mise à jour de son passé tout en préparant, la suite (que seul lui connaît). Cet acte sous l’angle de l’orfèvre « pop » qu’il est.

 

Le résultat sera un album de bonne facture, mais on regretta juste que sur les quatorze morceaux (+ trois pour l’édition digipack et malheureusement aussi pour celle vinyl, dont un pas forcément « utile » s’agissant de la courte intro au clip de "The Stars (Are Out Tonight)" – qui cassent la dynamique de l’album en étant « collés » à la fin du disque quand "Heat" le clôturait parfaitement) il n’y en ait pas plus de véritablement « marquants ».

Les six points forts sont les excellents (et très variés) : "The Stars (Are Out Tonight)" (single pop-rock parfait et superbement clippé), "Love Is Lost" (pas étonnant que James « LCD Soundsystem » Murphy ait voulu se le réapproprier), "Dirty Boys" (rien que pour le sax), "Where Are We Now?" (« Excellent » ? Fantastique et surprenant même !), "You Feel So Lonely You Could Die" (le chant, les arrangements, l’orchestration), et "Heat" (« son père dirige une prison »). Ces morceaux sont imparables.

Les trois « ratés » sont : "(You Will) Set The World On Fire" (morceau assez, vide), "Dancing Out In Space" (au chant, et au rythme, un peu trop, « gentillets » pour rester poli), et "Valentine’s Day" (musicalement pas mauvais, mais des paroles, et surtout un refrain, pour chanter « c’est le jour de la Saint Valentin », hum excusez-moi, mais vous avez compris).

Les cinq autres morceaux, tout autant variés, restent de qualité, mais sont parfois trop prévisibles, ou handicapés d’un manque de mélodie forte, mémorable. C’est bon, mais pas assez pour un David Bowie, ou au regard des albums d’autres musiciens.

 

On le croyait parti depuis longtemps, pourtant il revint en 2013 avec un album plus fourni que jamais reprenant son histoire là où elle avait été mise en pause une décennie auparavant. Et quand il nous parlait d’un « The Next Day », après l’écoute de cet album, nous étions bien loin d’imaginer où il allait ensuite nous mener.

photo de R.Savary
le 10/12/2016

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