De Staat - Bubble Gum

chronique De Staat - Bubble Gum

« Comment tu dis? De Staat? Oh ce double A et ce nom qui colle aux dents: ça sent le gouda et les moulins de Maastricht, pas vrai? »

 

Bien vu Lulu! Torre Florim et sa bande de joyeux iconoclastes nous viennent en effet de Nijmegen, aux Pays-Bas. Et quand Bubble Gum m'est arrivé entre les mains, je pensais sincèrement n'avoir jamais entendu parler d'eux – d'autant qu'il ne s'agit pas là d'un groupe de Metal, alors vous pensez bien! Sauf qu'en fait, si. Et ça ne m'étonnerait pas que ce soit aussi votre cas. Car dites-moi, est-ce que votre copain Nono-les-bons-tuyaux n'aurait pas partagé le clip suivant sur sa page Facebook?

 

 

Mais si nombre d'entre nous, mangeurs de jambon-beurre-camembert-grenouilles, ne nous sommes encore jamais réellement penchés sur ces joyeux loufoques, il n'en va pas de même partout. Car le groupe a déjà un beau palmarès à son actif: l'apparition dans de nombreux festivals, les premières parties de dEUS, Muse (sur la tournée européenne de 2016) et des Rolling Stones, tout un tas de récompenses officielles (des Victoires de la Musique locales essentiellement)... Et même un titre (« Down Town ») placé sur FIFA 14! Vous ne serez donc pas étonnés d'apprendre que la rondelle dont on vous parle aujourd'hui n'est pas un premier, mais bien un 5e album.

 

Il faut reconnaître que je m'arrose rarement le tympans de musiques autres que suffixée en « -core » ou en « ...metal ». Mais quand c'est le cas, c'est que la tartine de son est particulièrement goûtue. Et Bubble Gum ne faillit pas à la règle: parce qu'en matière d'incongruité aussi inclassable que juteuse, cet album se pose là! Qui a dit que le fait de sortir des sentiers battus ne paie pas? Pas De Staat, c'est certain. Car le groupe est un véritable électron libre qui se joue des classifications. D'ailleurs j'en ai bavé pour pondre un descriptif pas complètement à la masse dans le champs « Style » accolé à la pochette, là haut. Mais la vérité c'est que le groupe ne donne pas réellement dans l'Electro, d'où les guillemets. La formation est classiquement Rock, avec batteur, chanteur, guitariste, bassiste... Sauf que le feeling, le son, les rythmiques lorgnent bien au-delà de la graisse R'n'R, vers les contrées synthétiques pleines de beats du Hip-Hop, de la New Wave, de l'Electro, de la Synthwave, la constante de tout ce raffut étant le développement d'accroches qui hameçonnent le cervelet et de tempos qui donnent envie de se dandiner comme des R2-D2 en pleine Saturday Night Fever. D'ailleurs profitons de l'image pour mentionner que pas mal de morceaux (« Pikachu », « KITTI KITTIE », « Mona Lisa », « Me Time »...) développent une approche martiale, presque robotique, néanmoins nuancée d'une loufoquerie qui parle au Nawakophile actuellement en train de tapoter sur son clavier.

 

Mais essayons de vous donner un point d'accroche stylistique, histoire que vous réussissiez à fixer votre attention sur un repère suffisamment stable: les références qui reviennent le plus régulièrement à l'écoute de ces 11 titres à mâchonner sont Mindless Self Indulgence, Gorillaz, et Fjokra. Des artistes particulièrement libres, ayant clairement un grain, et qui n'hésitent pas à utiliser la technologie pour sortir des schémas classiques. Cette touche de joyeuse folie est tout particulièrement sensible sur « Mona Lisa », où une armée de petits lapins Duracell avance sur un rythme rappelant le « Beautiful People » de Marylin Manson, mais aussi sur le technoïde « Pikashu », qui évoque aussi bien l'univers cartoonesque des Pokemons que l'électro rétro de « Funky Town », et semble destiné à servir de bande-son pour la prochaine version du jeu « Lemmings », ou encore sur le bondissant « I Wrote That Code », qui permet – pour peu qu'on ferme les yeux – de visualiser l'activité grouillante d'un fourmilière de dessin animé. Mais De Staat ne déconne pas non plus tout le temps en mode Spring Gum: parfois Bubble Gum s'en tient à une rafraîchissante saveur mentholée, comme sur l'ambiancé, profond et classieux « Luther », sur le contrasté « Phoenix » – qui tour à tour menace et se confesse comme le plus douillet des Leprous –, ou sur le plus consensuel mais toujours joliment rythmé « Tie Me Down », interprété en duo avec une demoiselle nommée Luwten, et taillé pour séduire la bande FM.

 

Il faudrait encore vous raconter L'OVNI « Fake It Till You Make It », plus World, plus groovy, qui combine les couleurs de Jamiroquai, de Daft Punk et de Michael Jackson. Le tendu mais dansant « KITTY KITTY », au clip lui aussi assez hypnotique, qui joue encore sur le créneau des foules animées par ordinateur. « I'm Out Of Your Mind », qui sonne comme si Lenny Kravitz avait laissé un DJ s’immiscer dans son univers de rocker hippie. De « Me Time », qui fait lui aussi dans le fun robotique, tendance Rap tongue-in-cheek, et se loge dans notre boîte crânienne à coup de « I'm Kiilin' It! », avant de se déchaîner aux limites de la Hardtek. Ou encore « Level Up », qui ressort une boîte à rythmes provenant tout droit de chez Partenaire Particulier et la combine avec un monde synthético-zarbouille qui fait penser à Peter Gabriel.

 

Alors, c'est moi ou ça part bien dans tous les sens?

 

Mais, encore une fois, attention amis fans de Deicide, Manowar et Madball: avec De Staat, vous risquez de souffrir de sérieuses carences en Metal. Et puis certaines mélodies aiguës de type « clavier à 2 doigts » risquent de vous faire le même effet que la réception d'un javelot en pleine moelle épinière. Cependant, ceux qui gardent l'esprit ouvert et ne crachent pas sur un petit Igorrr ou un The Prodigy de temps en temps devraient prendre un pied de pointure 69 en mettant cette gomme en bouche. D'ailleurs, pour prolonger cette étreinte, sachez dès à présent que le groupe investira La Maroquinerie pour la St Valentin prochaine. Alors préparez vous à sortir de votre bulle!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Bubble Gum, c'est un monde à part, joyeusement synthétique, viscéralement rythmique, et pourtant indubitablement Rock et complètement irrésistible, évoluant quelque-part entre les univers de Mindless Self Indulgence, Gorillaz et Fjokra – ce trio de références n'étant que le haut d'un impressionnant iceberg créatif.

 

photo de Cglaume
le 16/02/2019

4 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 16/02/2019 à 10:02:58

Arf, vu la date de publication de la chro, ma référence au concert parisien tombe un peu à côté de la plaque...

Xuaterc

Xuaterc le 16/02/2019 à 10:32:49

Il est vraiment pas mal ce titre en écoute

cglaume

cglaume le 16/02/2019 à 10:58:07

Essaie le clip de ce même titre : il est savoureux !

Xuaterc

Xuaterc le 16/02/2019 à 12:27:05

effectivement

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