Decipher - Intuition

Decipher - "Intuition"
chronique Decipher - Intuition

« Attendez voir… Non, ne m’aidez pas! Je vais trouver tout seul. Euh… Ah, je sais: Le Grand Guignol. Et puis tiens: Defdump. Et… Arf, non: je sèche. »

 

C’est que des groupes luxembourgeois, on n’en croise pas tous les 4 matins. Un peu comme ceux venant d’Andorre, du Lichtenstein... ou du royaume de Babar. L’endroit n'est pas très vaste, alors forcément le nombre de musiciens compétents disponibles est proportionnellement faible. Et puis la vie y est a priori plutôt aisée: pas le meilleur endroit pour engendrer ces frustrations qui font les grands albums de Punk, de Thrash ou de Grind.

 

Ce doit être la raison pour laquelle le Metal engendré par ces prospères contrées est en général plus axé sur la sophistication que sur l'eviscération. Le Grand Guignol? Du Black arty décalé. Defdump? Du Post-hardcore un peu à part. Et Decipher, du coup? Eh bien de la dentelle une fois encore, version Tech-Death progressif.

 

Mais vous n’êtes pas ici pour vous taper un pseudo-traité de géo-socio-musicologie de comptoir. Recentrons donc ce papier sur le sujet du jour: Intuition, premier album desdits Decipher. Les 7 titres de ce premier opus (de 35 minutes quand même, malgré cette faible quantité de compos) naviguent entre Death Metal aiguisé de la guitare, ambiances posées par des nappes de synthé vaporeuses, rythmique parfois fortement saccadée (il arrive que ça frôle le Djent, notamment en début d’album), un growl Destop et un shriek Spontex. Des ingrédients somme toute de qualité, du moins si l’on n’est pas allergique à la télégraphie guitaristique – en sachant que celle-ci n’est qu’occasionnelle, réprimez donc ce hoquet d'indignation. Cela aboutit à la belle petite gourmandise brumeuse « The Alchemist » (… qu’on croirait presque du Textures au début), à un « Morbid Dreams » contenant le riff-hameçon qui vous fera ré-appuyer sur Play (à 0:57… Pépite!) ou encore au long « L’Or Bleu » dont les superbes Twin s'en vont sporadiquement groover en terres Gorodiennes. Et comme, pour Decipher, Prog = pétales de rose sur lit de satin – ou, dit autrement, "comme les loustics aiment quand Cynic et Augury mettent des gants blancs" –, Intuition propose beaucoup de belle basse rebondie, ainsi qu’un titre uniquement habité de chant féminin, « Soulbound », dans un registre « Zen Atmo-Jazz Rock » qui ne plaira pas forcément à tout le monde…

 

… Et puisqu'on en est à évoquer d’éventuels mécontents, rentrons de plain-pied dans le paragraphe de ces « moins » qui maintiennent l'album éloigné de la crème de l'escrime du Death satiné. Abordons par exemple cette grosse minute plan[esthési]ante qui termine « Morbid Dreams », et qu’on aurait préféré à part, dans une piste-interlude zapable. Ou en intro de « Soulbound », avec qui il a bien plus en commun. D'ailleurs, de manière générale, c’est ce côté un peu brumeux, un peu confus parfois, qui fait que certains morceaux nous filent ente les doigts sans laisser de trace. Comme « Liquid Pain », qui semble hésiter entre les trajectoires « Saccades velues et techniques à la Beneath The Massacre » et « Jolis tortillons à la gratte ». Il faut le reconnaître: quelle que soit la compo, la musique qui nous inonde les synapses est sophistiquée, osée, rutilante… Mais allez savoir pourquoi, on (enfin: "je") reste au final un peu circonspect, un peu sur sa faim.

 

Alors c’est sûr, Decipher sait y faire (... croix de bois, croix de fer...). Il n’a pas peur de mélanger les univers, de broder avec des fils d’or et d’argent, et de faire se côtoyer rythmiques robotiques et canevas délicats, vocalises néandertaliennes et nuages cosmiques. Il sait aussi par moment imprimer quelques-unes de ses galipettes les plus marquantes dans le mou de notre boîte à souvenirs. Mais il lui manque un petit je ne sais quoi de personnalité et d’accroche pour qu’on inscrive définitivement son patronyme dans le Hall of Fame des maîtres-horlogers du Death. En même temps, vu la dextérité avec laquelle il croise le fer, Decipher n'a pas trop à s'en faire (...ces rimes "riches", c'est d'enfer!)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: des leads qui papillonnent, des nappes de clavier atmo-brumeuses, des saccades Djent-friendly, un growl broussailleux, de la délicatesse, de la sophistication, de l’élégance: le Death technico-progressif de Decipher est extrêmement léché. Ne manquent plus qu'un poil de personnalité et d’accroche supplémentaires pour laisser une trace plus durable sur notre disque dur cérébral.

 

photo de Cglaume
le 02/06/2017

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