Destrage - The Chosen One

Destrage - "The Chosen One"
chronique Destrage - The Chosen One

Cela fait 17 ans et 5 albums que Destrage s'agite, pétille et fulmine comme si sa marmite hormonale était restée bloquée sur le thermostat des années lycée. C'est dingue: quand on se prend en pleine poire l'urgence explosive qui émane de toute la première moitié de The Chosen One, on se dit que crénom, on ne sait pas si c'est le Barolo ou le Modern Metal, mais manifestement ces Italiens ont trouvé le secret de la jeunesse éternelle!

 

Mais avant d'appuyer plus avant sur la champignon chroniquatoire, jetons un coup d’œil dans le rétro discographique. En 2014 le groupe débarquait chez Metal Blade avec un Are You Kidding Me? qui trublionnait aux limites du Nawak, dans un registre Math-Prog-Djent virtuose et inventif réussissant à ne pas être froid, mais laissant néanmoins apparaître quelques plaques d'acné un peu trop « teen » – entendez par-là un chant et quelques refrains sentant fort la sonnerie de fin de cours. En 2016, A Means To No End amorçait le virage de la maturité en limitant à la fois sa composante Biactol (yes!) et ses joyeuses bouffonneries (rhaaa...), tandis qu'il voyait l'écriture du groupe s'affiner, notamment via une meilleure répartition de l'accroche au sein de ses compos. Avec 2019 arrive donc le moment des choix: et celui de Destrage consiste à continuer sur sa trajectoire, sans pour autant appuyer sur le frein ni réduire les gaz. N'empêche, n'empêche... On ne pourra éviter de remarquer que si la course du bolide italien continue d'être impressionnante vue depuis les tribunes, un petit détail gâche néanmoins le spectacle et rompt partiellement l'harmonie de la courbe ascendante suivie par le groupe depuis ses débuts. En effet, des cailloux apparaissent sur le bitume de ce 5e tour de piste et mettent à mal la suspension destragienne. De quoi qu'il cause le lapin? D'une fin d'album un peu décevante, trop veloutée, trop « retour en salle de perm' ». Et Popaul de perdre in fine de sa turgescente vitalité...

 

« Mince alors, pourtant sur l'album précédent les zigotos avaient appris à tartiner plus régulièrement la confiture mélodique!! »

 

Certes. Il est donc d'autant plus incompréhensible que « Rage My Alibi » ne soulève qu'aussi rarement la poussière, le morceau traînant son spleen adolescent sur 4 minutes et demi trop roudoudou, trop « Electro loungy » même, parfois. « Headache and Crumbs » fait mine de démarrer sur un Mathcore ébouriffant. Sauf que tout ça est un peu trop garni de mignons petits minois grave vénères chez l'Dirlo, et de trop peu de ces moments où la mâchoire bée de plaisir. Et malgré de bonnes choses, « The Gifted One » ne réussit pas vraiment à effacer ces mauvaises impressions (faut dire que la chose démarre sur un matelas de plumes et finit sur une extinction des feux minimaliste, sacrément éloignée de l'appétit initialement montré par nos 5 amis).

 

« Tu râles, tu râles, mais on ne peut pas dire que tu les aies défoncés côté notation, tes lascars!? »

 

C'est que les 5 premiers morceaux butent bel et bien. Tiens, le morceau-titre par exemple: de son généreux tapping introductif jusqu'à son ample refrain déroulé sur fond de corne d'abondance riffée, c'est le parfait exemple du gros panard assuré pour les fans de Sikth. Mieux encore, après un peu de brosse à crin Mathcore, « About That » s'impose comme l'un des 2 titres incontournables de cette nouvelle fournée. Certes le refrain est un peu rose fluo, mais carrément accrocheur, et il ne gâche en rien les brillantes saccades Djent-friendly qui suivent, ni la sublime intervention de la lead qui débarque au bout de 2 minutes. Remarques similaires pour « Hey, Stranger! » qui prépare le terrain au contrasté « At the Cost of Pleasure », dont tout le sel vient d'une ingénieuse dualité « Miel & Velours » / amples saccades Gojiriennes. Dernière séance de Whaouuu intégral, « Mr Bugman » est aussi zarbi que réussi, de ses expérimentations guitaristiques initiales à sa mélodie chaleureuse, en passant par son superbe pré-refrain joliment épique et son saxo détraqué (... intervention signée Luca Mai, de Zu). Ça zigue et ça zague, ça secoue la carcasse les 2 doigts dans la prise, mais c'est catchy-as-hell comme ils disent, et les frissons sont garantis.

 

… Alors franchement, c'est carrément malheureux qu'un aussi beau départ soit ainsi gâché par la tiédeur rosâtre des 3 derniers morceaux!!! Du coup ce 7,5 n'est rien d'autre que la moyenne entre le 8,5 qu'aurait mérité un EP constitué des 5 premières compos, et le 6-6,5 moins enthousiaste que j'aurais naturellement collé à la queue du peloton. Bilan à Milan: là où The Chosen One aurait pu être une vraie pièce de choix, ce déséquilibre malheureux n'en fait plus qu'un album couci-couchoix. C'est ballot tiens...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: The Chosen One poursuit la trajectoire ascendante définie sur A Means To No End (vivacité, technicité, inventivité, maturité, dénawakification – pas de « ité »? – non), éblouit le temps de 5 morceaux, puis trébuche sur 3 dernières compos plus lisses, plus roses, plus « teen »... D'où question: quel est le sagouin qui a lancé une peau de banane sous les pieds de leur muse, en fin de parcours?

photo de Cglaume
le 14/05/2019

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