Destruction - Born To Perish

Chronique CD album (50:24)

chronique Destruction - Born To Perish

Pour beaucoup, Destruction a commencé trio et se doit de le rester jusqu'à la mort parce que c'est sous cette forme qu'il a été le meilleur. Preuve en est d'une période sous forme de quatuor qui a prêté à controverse. Pourtant, je vais modérer un peu ce genre de propos : c'est avec la config' à quatre qu'est sorti l'EP Mad Butcher (dont le titre éponyme est quand même un gros classique, si ce n'est LE classique). Et avec le recul, un Release From The Agony (1988) n'est pas cet album si pourrav' que la jaquette hideuse et les mauvaises critiques de l'époque pouvaient le laisser présager. Au contraire même mais ça, c'est une autre histoire. Autant dire, voir Schmier & co revenir à une forme de quatuor en plus de se permettre d'amener une nouvelle graine de batteur en la personne de Randy Black (ex-Annihilator / ex-Primal Fear / ex-WASP) – excusez du peu – on imagine fort que bien des conservateurs doivent froncer du sourcil en croisant des bras dans leur découverte de Born To Perish, nouvelle offrande de ce représentant du « Big Four teuton » (en compagnie de Sodom, Kreator et Tankard). Et à se tenir prêts à sortir la feuille de boucher en cas de vautre en mode « mais vous le saviez que c'est de la merde d'être à deux grattes, ça fait belle lurette qu'on vous l'a dit ! ».

 

Malheureusement, si leur envie était de se faire un méchoui anthropophage d'Outre-Rhin, ils devront réprimer un peu leurs ardeurs et se contenter de trancher de la simple barbaque de Charolaises. Ou de Kobe pour les plus bourgeois. Born To Perish s'avère être un bon crû de thrash allemand. Qui n'ira en rien révolutionner son petit monde mais qui viendra sans mal épousseter le mauvais souvenir laissé par le dernier Sodom. Et puis, bon, on le sait : les Allemands, que ce soit en matière de thrash ou de heavy d'ailleurs, sont psycho-rigides, ils restent fidèles aux codes et traditions et il reste très difficile pour eux de s'en libérer. Pourtant, on sent avec ce nouveau méfait que le duo Schmier/Sifrienger semble avoir comme une petite envie de bousculer ses habitudes en changeant sa forme et ses partenaires. Ce qui n'est pas sans amener quelques subtiles conséquences. Déjà, le jeu de Randy Black tout le long de l'album amène comme un coup de jeune clairement bienvenue tant l'énergie et le groove que le bougre déploie éloigne d'un coup la case « Maison de Retraite » de quelques bons crans en arrière. Et au vu du caractère musclé de certaines frasques où ça riff-thrash bien dans la face avec une efficacité confondante (« Born To Perish » qui ouvre les hostilités sur les chapeaux de roue avec un cri de Schmier qui défouraille, « Betrayal », « Ratcatcher » où Black s'en donne à cœur joie sur les roulements de premier ordre), ça ne peut qu'apporter de la plus-value. Et la nouvelle guitare est ici quand même rudement bien employée tant on sent quand même qu'il y a eu de l'effort dans les tissages mélodiques entre les deux six-cordes (la fin de « Rotten », le pont de « Betrayal », « Inspired By Death »). Bref, autant dire, cette nouvelle guitare, elle n'est pas là pour faire joli en ne ramenant qu'une simple et bête force de feu supplémentaire. Passé ces petites choses qui, rappelons-le, restent dans l'ordre du subtil, il n'y a rien de forcément bien neuf dans ce Born To Perish. Hormis peut-être l'étonnant « Butchered For Life » qui appuie sans crier gare sur la pédale de frein – genre on se fait un « Fade To Black » à notre sauce – et laisse respirer un peu l'auditeur avec ce chant râpeux, posé et presque mélodieux de Schmier, ses arpèges doucereux et sa montée-descente d'intensité...

 

On notera quelques incartades plus « légères » tirant un chouïa sur le heavy (le refrain de « We Breed Evil », les guitares de « Fatal Flight 17 » et « Hellbound », sympathique et karaoké-fun-friendly cover de Tyger Of Pan Tang servie en bonus track). Ainsi qu'un soin au fait de varier ses tempi, histoire de ne pas trop abrutir et emmerder son monde. Avec tout ça, on obtient un bon album de thrash allemand qui fait très bien le boulot. Surtout qu'il montre un Destruction aussi new-look que ragaillardi en terme d'envie d'en découdre. Parce qu'il faut savoir que Born To Perish a été quelque peu enregistré à la va-vite, histoire que le combo puisse l'avoir dans sa besace lors de sa tournée avec Overkill. Ce qui explique pourquoi il ne porte pas non plus sur lui de manière plus nette et franche son envie latente de renouvellement. Un peu comme ce vieux couple routinier qui se déciderait à tenter l'échangisme pour pimenter un peu sa vie de couple. Il va à une première soirée, observe, s'imprègne de l'ambiance sagement, sans qu'il ne passe pour autant rien de plus. Born To Perish, c'est un peu ça. On espère pour Destruction que le prochain opus passe l'étape supplémentaire du batifolage une fois pour toute. Plus on est fou, plus on rit après tout...

photo de Margoth
le 25/09/2019

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