Devin Townsend - Empath

Devin Townsend - "Empath"
chronique Devin Townsend - Empath

Les Capitaines Caverne de l’assistance vous l’assèneront brutalement: « Devin Townsend, c’est d’la merde. Allez: à l'exception des deux premiers SYL ».

 

A ce genre de grand coup de massue, ceux qui ont tout compris à la musique préféreront un méchant coup de ciseaux: « Devin Townsend, hormis SYL et Punky Brüster – tu ‘connais pas Punky Brüster? Tu viens de province, c’est ça? – il a fait quoi de sympa? Ocean Machine, Infinity, la moitié de Terria et un tiers de Physicist. Après, mouais… C’est devenu trop fade, trop lisse, trop prévisible. »

 

Et puis il y a les fans, dont je suis, qui s’accordent à dire qu’il y a des hauts et des moins hauts dans la discographie du crâne le plus brillant du Canada… D'ailleurs, pour vous donner une idée de la pertinence du jugement livré en ces colonnes, parmi les réalisations townsendiennes « récentes », la petite voix qui vous parle ici a adoré Addicted et Epicloud. Elle a par contre trouvé Deconstruction un peu trop bordélique, et Casualties of Cool un peu trop générateur de bâillements. Et pour ce qui est des deux derniers albums, elle est restée le cul entre 2 chaises et les oreilles tiraillées, Z2 étant franchement too much, et Transcendence étant plus convenu que franchement transcendant.

 

Alors, comment le grand Dev’ allait-il se sortir de l’impasse? Facile: Empath coins. Ou plutôt, en remisant cette vilaine dyslexie au placard, en quatre points :

1. En arrêtant la routine découlant des automatismes développés au sein du Devin Townsend Project, ce dernier mourant donc de sa belle mort

2. En faisant appel à des camions entiers de musiciens surdoués (Morgan Ågren – de Zappa / Fredrik Thordendal –, Anup Sastry – de Monuments – et Samus Paulicelli – de Decrepit Birth – à la batterie, Elliot Desgagnés – de Beneath the Massacre – au growl, et puis Steve Vai, Chad Kroeger – de Nickelback –, les habituées Anneke Van Giersbergen et Ché Aimee Dorval…) parmi lesquels Mike Keneally (ex-Zappa) a manifestement joué le rôle-clé de co-pilote

3. En abordant les choses sous un angle nouveau (on vous laissera les nombreuses vidéos documentaires mises en ligne par Devin vous expliquer le pourquoi et le comment)

4. Et puis en arrêtant définitivement de s’imposer une segmentation stylistique artificielle, comme cela avait pu être le cas par exemple sur le carré Ki / Addicted / Deconstruction / Ghost

 

Conséquence logique de ces bonnes résolutions, Empath est une superproduction monumentale couvrant toute (toute? TOUTE!) la palette Townsendienne, des coussins moelleux et des petits ruisseaux de Casualties of Cool / Ghost jusqu’aux éruptions volcaniques de Deconstruction / Alien (le SYL, oui). Mais il ne s’agit pas seulement de tartiner toutes les confitures présentes sur les étagères du Canadien: non, le Devin revient également avec de l’inspiration et des mélodies mortelles, le tout étant assemblé dans des compositions dantesques, bodybuildées, étincelantes et kaléidoscopiques (qualificatif trop employé, mais ici justifié).

 

Alors oui, l’ambition plus démesurée que jamais à l’initiative de cette œuvre se traduit par:

- d’omniprésents chœurs de chérubins

- d'oppulantes parties symphoniques

- un son aux dimensions des plus pharaoniques hôtels de Las Vegas

- des compos parfois démesurément longues (le podium? 6:37, 11:03 et 23:33)

- beaucoup de sucre, de coton hydrophile, de câlins roudoudous et de gros pulls en mohair

Du coup, au vu de ces chromes hollywoodiens, de ces gerbes de fleurs colorées, de ces apothéoses lumineuses et de ce positivisme à toute épreuve, les ricaneurs vont comparer l’œuvre à une comédie musicale Walt Disney emmétalisée. Et soyons honnête: il y a parfois de ça. C’est d’ailleurs ce qui retient la note juste au-dessous du 9/10. Ça et quelques excès qui nuisent à la digestibilité de l’œuvre.

 

Mais là où un Orphaned Land a sombré, étouffé dans un excès d’emphase et d’arrangements (remember?), Devin triomphe, tel le super héros avant le générique de fin, quand il s’envole sur fond de magnifique coucher de soleil. Il prouve qu’on peut balancer les grandes orgues, les lumières célestes et les paillettes sans se vautrer dans le clinquant, le creux ou le vulgaire. 

 

Avant de fermer cette page, je suis obligé de partager avec vous quelques-uns de ces instants où l’on se fait retourner le palpitant avec les yeux fermés, les poils hérissés, et les glandes à hormone bouleversées. Cet état extatique, c’est celui que l’on connait tout le long du séminal « Genesis », qui nous en fout plein les mirettes et la cage thoracique. Le morceau en question – comme son nom l’indique – n'est rien de moins que la création du monde mise en musique. Et le résultat est à la hauteur de l’ambition affichée. Rhaaaa… Mortel!, dirait Kevin, pour résumer. Et il aurait sacrément raison! Puis « Sprite » nous plonge en plein au pays des oreilles de Mickey, en effet. Mais le Roi Lion et la Petite Sirène évoluent ici dans un univers sonore superlatif empli de chants divins et de béatitude "soft métallique". Puis place à la folie et à la puissance dévastatrice de « Hear Me » qui va vous décoller la plèvre lors de pointes de furie culminant à des hauteurs similaires à celles de « Juular » ou « Love? ». « Why » réussit à marier grandeur orchestrale et growl sporadique avec la classe du Waltari de Yeah! Yeah! Die! Die!, pour finir sur un apogée de frissons. Et s’il se perd parfois dans ses méandres, le conclusif « Singularity » nous laisse avec un puissant refrain couplé à de monumentales saccades qui ne nous lâchent plus jusqu’au soir.

 

Vous aviez perdu espoir en Devin? Ecoutez Empath, et revenez avec nous, parmi les fidèles disciples du Maître…

 

 

 

PS : sorry, je n’ai pas encore eu la chance d’écouter le CD Bonus Tests of Manhood, je ne peux donc pas vous en parler.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Au septième jour, Dieu avait terminé son ouvrage. Il sanctifia cette journée, et se reposa, content de son œuvre. Mais Devin, voyant qu’il manquait encore une cerise sur ce beau gâteau, lui dit: « T’inquiète Vieux, reste allongé: Empath, c’est moi qui m’en charge »…

photo de Cglaume
le 04/03/2019

10 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 04/03/2019 à 10:15:45

Bon, je suis jaloux, là. Comment ça se fait que je n'ai rien reçu, moi? Pieeeeeeeeeeeeeeeeeeerre?

cglaume

cglaume le 04/03/2019 à 10:36:02

Pierre n'y est pour rien. J'ai fait appel à mes connexions "presse papier"

Xuaterc

Xuaterc le 04/03/2019 à 10:48:18

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9d/Presse-papier_en_fonte_01.jpg/1200px-Presse-papier_en_fonte_01.jpg

cglaume

cglaume le 04/03/2019 à 11:05:29

C'est ça :D

Wlad

Wlad le 04/03/2019 à 12:28:56

Anup Sastry de Periphery ? En ce moment il est revenu dans Skyharbor, mais je n'ai jamais entendu qu'il ait contribué à Periphery.

cglaume

cglaume le 04/03/2019 à 14:07:26

Tu as raison Wlad, c'est une erreur de ma part que je corrigerai dès que j'aurai accès à un ordi. Anup était dans Monuments, pas Periphery...

el gep

el gep le 04/03/2019 à 23:43:41

Ah il sort pile le jour de mon anniversaire!
Hâte d'entendre ça, même si les fameux passages "Disney" me feraient quand-même un peu peur comme ça, à priori...

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 06/03/2019 à 18:19:15

Moi non plus j'ai rien reçu !!!!!!!!!!! Pourtant, je file des ronds à Greenpeace depuis des années (pourriture d'écologistes trotskistes).

papy_cyril

papy_cyril le 08/03/2019 à 08:58:52

t'inquiète pas Cromy tu fais partie des Capitaineuh Caverneuuuuuuuuuuuuuuh!

Garth Algar

Garth Algar le 01/04/2019 à 08:23:28

C'est incroyable ce truc ! Totalement fourre-tout et imprévisible tout en restant étonnamment accessible pour ma part. Je n'ai comme point de comparaison que l'excellent Addicted et les premières écoutes de ce beau bébé d'environ 75 minutes glissent tout seul, sans temps morts ni ennui... Chapeau garçon. Même les titres qui sonnent comme du Disney Metal sont mortels, c'est dire !

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