Disillusion - The Liberation

Chronique CD album (57:39)

chronique Disillusion - The Liberation

Ces albums qui, dès les premières secondes du premier morceau, vous mettent dans un état de bouillonnante transe nostalgique, on en connaît tous. Là, tout de suite, alors que The Liberation refait à neuf l’enduit de mes cavités auriculaires, deux d'entre eux me viennent plus particulièrement à l’esprit. Purgatory Afterglow d’Edge of Sanity – dont je dois pouvoir chanter l’intégralité de « Twilight » a capella, ou pas loin – et, dans un registre pas si éloigné, Back To Times Of Splendor de Disillusion, dont l’introductif « ...And The Mirror Cracked » donnerait envie à un hippie d’aller reconquérir les terres perdues de l’empire napoléonien. Autre trait d'union notable entre ces deux grands du Death mélodique: jusqu'à encore récemment on n'avait plus du tout de nouvelles ni de l'un ni de l'autre. Sauf qu'en ce qui concerne la formation allemande, il y a eu reprise récente d’activité. Car 10 ans après la sortie d’un Gloria qui aura partagé les fans (en 2016, donc), Andy Schmidt s’est réinvité dans nos salons et lecteurs via un nouveau single, « Alea ». Celui-ci, destiné à jauger l’opportunité de lancer une campagne de crowdfunding afin de continuer l’aventure Disillusion, a provoqué un tel enthousiasme que, ni une ni deux, le Monsieur s’est décidé à nous dire oui, Aaaaaaandy, who-ou-owh-ou, chou, chéri, et qu’avec les fonds ainsi collectés il a pu consacrer deux ans à peaufiner un 3e album digne de ce nom sans aucune autre activité professionnelle pour le distraire de cette tâche.

 

Et je ne pense pas que beaucoup des fans qui ont mis la main à la poche pour l'occasion risquent d’aller faire un tour au bureau des réclamations de Patreon – le site du fameux crowdfunding – tant The Liberation offre tout ce que l’on espérait, autrement dit un retour flamboyant vers les élans magnifiques du premier album. Alors certes, le Death atmosphérico-progressif de la formation est un peu moins fougueux et virulent que par le passé. Mais il offre de ces éclaircies grandioses, de ces ciels orageux, de ces tourments glorieux qui vous gonflent la cage thoracique d’un trop plein d’émotions et vous mouchètent l’épiderme de petit picots gallinacés. Mais commençons la description de l’objet du délit avec la rigueur du journaliste scientifique – les épanchements mystiques du fan transi suivront bien assez vite. La petite heure que dure ce troisième opus se répartit en 7 morceaux dont une courte intro de 2 minutes. Je vous laisse imaginer à quel point les 6 titres restant sont à l’opposé de la philosophie Grind! Le long de longues épopées contrastées, le groupe met donc en scène de magnifiques alternances de spleen pluvieux, de rage poignante et de vaillance combative en utilisant une palette stylistique qui visite les répertoires d’Opeth (celui d’avant Woodstock), d’Edge of Sanity (période Crimson), d’In Vain ainsi que – et là, bizarrement, c’est presque la référence qui revient le plus souvent – d’un Orphaned Land occidental et sombre (on reste autour de Mabool et de The Never Ending Way of ORwarriOR, mais sans les loukoums).

 

Et l'auditeur de circuler donc entre de massifs blocs de beauté brute. Cela commence dès la belle montée en puissance démarrant « Wintertide », qui nous transporte vite à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol à grand renfort d’orchestrations superbement intégrées à ce Metal profond et déchirant. 12 minutes 38, oui. Mais que c’est court quand on plane avec volupté sous un firmament aussi somptueusement illuminé! Au milieu d’un « The Great Unknown » plus virulent, on tombe tout à coup sur une clairière où coule un ruisseau à l’eau cristalline semblant sortie d'un tableau peint par Devin Townsend ou Dan Swanö. Puis Andy sort les percus pour nous bercer en nous contant de belles histoires pleines de soleil couchant, d’élans du cœur brisés et de palettes chromatiques évoquant les braises mourantes au petit matin… Mais arrêtons là le track-by-track maladroit, bien indigne d’un tel album.

 

Il faudra néanmoins dire pourquoi The Liberation ne plafonne pas plus près des 9 – 9.5/10. A cela plusieurs explications. Tout d’abord l’abondance des séquences émotions où les larmes commencent à embuer la vue (les lapins jaunes n’aiment pas trop quand ça cafarde longuement)... Même si, il faut le reconnaître, ici cela est particulièrement bien fait (cf. « Time To Let Go » par exemple, et son petit air Viza "next gen’"). Autre faux pas léger mais à la longue irritant: c'est un peu trop souvent que les morceaux démarrent sur un fade-in traînant un peu trop en longueur. Enfin dernière petite ronchonnerie: « The Moutain » est peu trop éthéré, et son rapport durée / dose de frissons n'est pas des plus optimisés – même si on applaudira à ces trompettes duveteuses dont les sanglots percent la brume avec une majesté rare, autour de la barre des 5:00… Un moment bouleversant.

 

Amoureux de Death progressif raffiné mais pur, profond mais pas gnangnan, préparez-vous à fêter comme il se doit le retour du fils prodigue!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: chronique d’un retour risqué mais franchement réussi (pour ne pas dire "au-delà de toute attente"), The Liberation est la suite inespérée de Back To Times Of Splendor. Un peu comme un Crimson 2 qui aurait plus pleinement réussi son pari. Fans de Disillusion, Edge of Sanity période Crimson, Opeth old school et Orphaned Land, votre album de l’année vous attend!

photo de Cglaume
le 04/11/2019

2 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 04/11/2019 à 08:41:06

J'étais passé à côté de l'histoire du crowdfuning, trop souvent piège à cons (ou plutôt passionnés aveugles). Et j'aurais donné des ronds pour que vive cet album si j'avais eu l'info tant Back to times of splendor a participé à me rompre le frein.
Bref, j'vais pas revenir sur l'album, tu l'as fort bien fait, mais quel plaisir de retrouver des passages aussi épiques ! Une machine à frissons que je ne retrouve plus souvent dans notre genre favori. Pas l'album de l'année (forte concurrence), mais dans le TOP10, clairement.

cglaume

cglaume le 04/11/2019 à 09:07:50

Du coup il y a des chances qu'il apparaisse dans le top CoreAndCo :)

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