Droid - Terrestrial Mutations

Droid - "Terrestrial Mutations"
chronique Droid - Terrestrial Mutations

S’il n’y avait pas les Italiens de Vexovoid pour jouer les empêcheurs de généraliser en rond, on pourrait croire que le Tech-Thrash progressif des étoiles est une A.O.C. nord-américaine. Parce qu’en dehors du domaine qui a donné ses lettres de noblesse au genre – le Château Voivod, c’est bien cela –, quels autres producteurs confectionnent ce doux breuvage pour nos oreilles de métalleux tourmentés? Vektor, des natifs d’Arizona qui ont depuis migré vers la Pennsylvanie – sans doute pour se rapprocher des frontières canadiennes et ainsi avoir le droit à ladite A.O.C. Et Droid, Ontario, Canada, juste de l’autre côté du Niagara, à quelques encablures au sud de Jonquière, le fief des papes du genre. A se demander si les prétendus évènements de Roswell ne seraient pas uniquement destinés à détourner l’attention du vrai endroit où les extra-terrestres ont débarqué, quelque-part là-haut, au Québec, pour fournir aux locaux le secret du riffing en apesanteur.

 

Du coup, si vous n'étiez pas en train de causer assaisonnement des côtes d’agneau avec votre cousine Béa en même temps que vous lisiez le premier paragraphe, vous aurez compris quelles sont la spécialité et la nationalité du Droid dont il est ici question. Car oui, c’est bien ça: la formation canadienne pratique un Thrash mi-progressif, mi-technique, mi-spatial (quand on passe à proximité d’un trou noir ou d’un wormhole, la réalité subit des distorsions qui autorisent à manipuler des concepts à 3 moitiés) dans la veine du groupe culte de Snake, Away et leurs amis. Enfin quand je dis "dans la veine"… dans l’artère fémorale plutôt, vu à quel point ces petits jeunes respectent les standards qui ont fait le « son Voivod ». Que ce soit les guitares nerveusement old school et pleines de réminiscences Punk, la basse vrombissante comme le noyau d’une étoile à neutrons, les langueurs sombrement brumeuses lors de traversées de nuages de soufre, cette voix qui parfois se désincarne pour exprimer une neurasthénie désenchantée, ces nombreux détours retors pour brouiller les pistes et les repères rythmiques usuels, ces mélodies de guingois qui au final s’avèrent tout à fait sexy: TOUT est là, ‘y en aura pour tout le monde, poussez pas derrière!

 

C’est d’ailleurs la différence principale avec les Vexovoid et autres Vektor précédemment cités (quoique sur le dernier album du second, le champs d’action s’élargisse): Droid ne se focalise pas uniquement sur la première partie de la carrière des cosmo-Québécois. Il tape tout autant dans l’après, de Nothingface à l’infini et au-delà (… y compris dans des écarts jazzo-loungy à la Spheres – cf. Pestilence)! D’ailleurs c’est dans ce domaine qu’il en fait parfois un peu trop. Car certains morceaux s’avèrent quand même bien longuets (les presque 11 minutes de « Mission Drift » auraient pu être allégées des 5 premières, trop retorses et casse-bomb’). Parce qu’il faut une poigne solide et un savoir-faire multi-décennal pour transformer lourdeur indolente et semi-apathie en une belle hymne cosmique – description qui ne sied pas tout à fait à « Excommunicated ». Bref, vous l’aurez compris: sur ce premier album à la pochette clignant chromatiquement de l’œil à la scène Synthwave, tout n’est pas seulement que frissons de délices et soupirs extatiques. N’empêche, il y a de quoi faire. Car le pourtant long « Temptations of Terminal Progress » est extrêmement convainquant, notamment sur son refrain très inspiré par Coroner. Tout comme l’encore plus long morceau-titre qui offre une visite superbement inspirée du musée Voivod. Sans parler du riff plein de delay qui ouvre l’album et embellit « Amorphous Forms ». Et pour ceux qui voudraient respirer d’autres atmosphères sur une durée plus réduite et en des termes plus simples, le groupe a réservé non seulement le quasi-Motörheadien (cette basse, ce début…) « Cosmic Debt », mais aussi « Pain of Reincarnation » qui abandonne vite son intro au piano pour aller titiller tout d'abord le gros Hard Rock, puis les alentours du « Jump in the Fire » de Metallica. Sans compter que ceux qui ont du mal avec le chant extrêmement rêche de David DiSanto (Vektor) s’accommoderont plus facilement de celui de Jacob Montgomery, plus proche du registre d’un Nasty Ronnie (Nasty Savage).

 

C’est sans doute sur ces bonnes impressions que sont restés les metalheads aux manettes du label Shadow Kingdom Records. Car si cette chronique est écrite aujourd'hui, c'est parce que ceux-ci ont tout récemment sorti une réédition vinyle de ce Terrestrial Mutations en fait sorti à la mi-2017. Et on comprend tout à fait leur enthousiasme... Mais on n’y adhère pas aussi pleinement qu’à celui des fans de Vektor. M’enfin ce n’est pas parce qu’un petit Rioja ne vaut pas un grand St Estèphe qu’il faut pour autant bouder le premier... Alors enjoy!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: dans la famille SF Tech-Thrash biscornu, on avait déjà le grand-père Voivod, la mère Vektor… Et on a à présent la fille Droid, qui brasse intelligemment tous les gènes familiaux afin de se montrer aussi acérée et vindicative dans le riffing Thrash que louvoyante et mystérieusement cosmique dans les détours Prog. Ah ça, qu’il est agréable le jeu des 7 familles quand on a en main de plus en plus des protagonistes d’une famille aussi intéressante!

photo de Cglaume
le 22/11/2018

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