Euclidean - Quod erat faciendum

Euclidean - "Quod erat faciendum"
chronique Euclidean - Quod erat faciendum

L'histoire d'Euclidean est plutôt singulière. Bien que sa naissance remonte à 2010, son premier album n'est sorti qu'en 2017 après avoir été enregistré sur deux ans...et a attendu 2019 pour jouir de versions physiques (CD et LP).
Ce rapport au temps est intéressant : Euclidean n'aime pas se presser...et c'est quelque chose qui se ressent dans sa musique.

L'autre point notable chez les Suisses, c'est la complexité de leur univers.
Avec un tel patronyme, "Euclidean", renvoyant aux différents concepts mathématiques du célèbre grec Euclide puis en nommant son album dans la langue morte latine Quod Erat Faciendum, le groupe met le curseur culturel assez haut.
Lorsqu'on apprend par le dossier de presse que :

"The album illustrates four conceptions of the universe, from its creation to its ruin. The first one develops a strictly pagan and Pythagorean view, while the second one consists in a Christian exposition of the transmigration of the souls, their origin and their destiny, mixed with pagan features, as in Macrobius’ Commentary upon Scipio's Dream. The third is a medieval lecture of the World’s end, mainly based upon the Book of Revelation and the last one explores a neo-pagan theory, this one containing a reflection about the Christian decadent cosmology."
(je ne traduis pas, même moi j'ai su le faire)

On atteint des niveaux d'"intellectual branling" assez exceptionnels. Il est un peu délicat d'accrocher au concept de ce disque avant son écoute : son approche générale est un gros fourre-tout difficile à discerner. 
Par ailleurs, en dehors de toute considération esthétique, la pochette sur la version digitale (2017) du disque mettait néanmoins sur la voie l'auditeur curieux, ce que ne fait pas celle de la version 2019.


(La pochette originelle - 2017)
 

Mais, même si l'on se coupe d'une partie de leur univers, on peut parfaitement se pencher et apprécier ce qu'Euclidean fait de mieux : de la musique.
Et pourtant, sur le papier, ça ne semble pas évident. 75 minutes pour 8 pistes, le contenu peut paraître indigeste.

Euclidean n'aime pas se presser pour créer, mais aime prendre son temps pour distiller son art. Avec une longue introduction décourageante pour les auditeurs adeptes du zapping, on peut craindre de tomber sur une oeuvre pompeuse et lourdingue. C'est pourtant l'inverse qui se produit !

Leurs morceaux fleuves se révèlent épiques : bien que la formation soit classique dans sa forme (deux guitare, basse, batterie, un clavier par petites touches et un chant principal appuyé par une seconde voix), c'est la réalisation qui importe.

C'est riche. C'est complet. C'est un album plein. C'est un putain de bon disque.

Présenté comme un accompagnement musical idéal pour les fans de Drudkh, Cult of Luna, Paysage d’Hiver et Panopticon, on y retrouve toutes les qualités des groupes nommés.
Puissance, ambiance sombre/ dark atmosphérique, progressif, Euclidean parvient à entremêler les sous-genres en évitant soigneusement de s'appesantir sur ce qui pourrait "casser" le rythme.
Le travail harmonique des guitares, leur profondeur, la hargne avec laquelle la voix s'arrache sans être criarde et hurlante, les transitions au sein des morceaux et les chamboulements rythmiques faits en douceur, bien amenés, font de chaque piste un passionnant périple.

La grande qualité de l'oeuvre des Suisses tient dans leur capacité à créer de vrais titres sur un long temps. Il n'est pas question de péniblement raccorder des bouts de bonnes idées entre elles. Cette cohérence musicale qui tient pendant 1h15 magnifie le propos musical déjà réussi.
Peut-être exigeant lors de sa découverte, intimidant pour sa thématique et ses références, Quod Erat Faciendum se révèle accessible grâce à une troublante efficacité (en dépit de la longueur de ses titres) et sa capacité à transmettre des émotions.
Déception, mélancolie, haine, douleur : on est peut-être loin de la bienveillance (tant à la mode), mais ressentir tout ceci avec une telle Bande Originale en deviendrait presque excitant...

photo de Tookie
le 09/05/2019

2 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 09/05/2019 à 16:10:03

La première écoute n'emballe pas forcément, mais finalement on y prends vite gout !

Paf le chien

Paf le chien le 09/05/2019 à 22:14:17

Merci pour la découverte. J'ai acheté immédiatement le LP limité sur bandcamp après l'avoir écouté.

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