Fange - Punir

Fange - "Punir"
chronique Fange - Punir

Il est une époque que les plus âgés d’entre nous ont connue, et dont les plus jeunes ont surement entendue parler. Une époque, située à la fin des années 80 où les groupes de death metal se découvraient par le bouche à oreille, via des cassettes avec une qualité de son à faire pâlir les détracteurs des mp3. Une époque où on devait lire (et récupérer) des fanzines papier produits de façon artisanale par des passionné(e)s soucieux de partager autour de ce style. Une époque où on en chiait pour écouter les albums de groupes qui en chiaient pour les enregistrer et où tout cela se ressentait aussi bien dans la musique ainsi produite que dans l’appréciation que l’on en avait.

 

Tout dans le dernier album de Fange, Punir, nous rappelle cette époque surannée. 37 minutes d’un retour dans le passé, à l’époque où le death était bien moins lisse et polissé qu’aujourd’hui. A l’époque où il n’était pas le lieu de démonstrations techniques putassières, mais la mise en œuvre musicale d’une éthique.

 

Mais Fange, c’est plus que du simple Death, c’est un monstre rugueux et versatile qui s’installe dans votre crâne. Et si jamais, il n’y trouve plus de place, il sait en faire à coup de burins pour y déverser un ciment compact et acéré de death, de sludge, de hardcore et de doom. Et Fange ne déroge pas à ses habitudes avec son dernier album Punir qui érigera dans votre esprit ses plus hauts murs de noirceur.

 

Car Punir, c’est d’abord un son de guitare rythmique très grumeleux, qui rappelle les belles heures du Swedish Death Metal Tone, à base de Boss HM-2, mais avec plus de gravier, moins de crin-crin: c’est moderne mais subtilement empreint du passé. Les riffs vous plongent dans une ambiance glauque, délétère, nauséabonde parfois. Les guitares lead sont quant à elles liquides, insidieuses, elles renforcent les ambiances, habillent l’atmosphère.

Malgré ce que supposerait le style, le travail du batteur est particulièrement fin avec des pêches là où il faut et une utilisation des cymbales hyper efficaces ( “Chien de sang” ). La basse est basique et efficace, épine dorsale d’une structure instrumentale solide, on aurait aimé qu’elle soit parfois un peu plus devant (mais en adorateur de cet instrument souvent incompris, je pourrais faire cette critique pour beaucoup d’albums).

Au niveau des voix, ça souffre, ça expie, ça gueule, on n’est pas loin du post-black avec un côté très lancinant mais jamais plaintif. Matthias a la dalle mais préfère s’enfoncer le micro dans la gorge pour vomir son dédain, ses peines. Les paroles, de télégraphiques souffrances sémantiques, sont plus que chantées ou interprétées, elles sont vécues, prises à bras le corps pour n’être que mieux jetées. Chaque mot est gifle, chaque cri est coup de genou. “Chien de sang” est le parfait exemple de cette émotion brute et entière jamais feinte.

 

“Opinel”, qui a priori est très dispensable, propose une parenthèse poussant la saturation à l’extrême. Idem pour “Maintien de l’ordre” située en fin d’album avec ses accents plus électro. Au début, on doute, et puis on comprend le propos, il s’impose à nous. Cette interlude et cette conclusion noisy nous offrent une parenthèse lugubre qui sublime le glauque, une distorsion digressive qui exalte la noirceur. Et si le style, plus électronique et ambiant, est différent du reste de l’album, il n’entrave en rien l’intégrité de Punir.

 

Si on note peu d’évolutions depuis Pourrissoir, que ce soit dans le son ou dans le ton, Punir est un album intense, brut, envahissant, comme une indéfectible preuve que Fange excelle dans son propre style et dans sa façon univoque de vous y entraîner.

 

On aime bien: la sincérité, l’intensité, l’empreinte sonore

On aime moins: la basse un poil en retrait



 

photo de 8oris
le 30/07/2019

2 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 30/07/2019 à 10:23:41

Grosse poutrasse glaireuse pas encore bien écoutée.

Seisachtheion

Seisachtheion le 05/08/2019 à 20:28:30

Merki pour cette khro : j'ne manquerai pas alors d'y jeter un gros coup d'oreilles au Motoc'!!!

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