Fever 333 - Strength in Numb333rs

Fever 333 - "Strength in Numb333rs"
chronique Fever 333 - Strength in Numb333rs

On a tous connu au moins une fois ce sentiment désagréablissime lorsque, après s'être infligé intentionnellement l’absorption de ce qui habituellement nous écœure, on se sent sale, profondément souillé. Quand, par exemple, on reste scotché jusqu’au générique de fin devant cette émission de télé-réalité dont le Q.I. moyen donne comparativement l’impression que Donal Trump est un génie de la diplomatie internationale. Quand on finit le pot de Nutella ET la bouteille de Baileys. Quand on se résout à voter peste pour éviter le choléra. Quand on regarde jusqu’au bout cette vidéo Youporn dans laquelle Deborah est dotée d’un joystick calibre 16 et de partenaires affublés de truffes et de groins. Ou quand on arrive au bout d'un week-end marathon couvrant les filmographies intégrales de Max Pecas et Bernard Menez…

 

… ça y est, vous la remettez cette sensation de haut-le-cœur mêlée de dégout de soi?

 

Eh bien la dernière fois que j’ai ressenti celle-ci, c'était début janvier, au terme de l’écoute studieuse précédant l’écriture de la chronique de Strength In Numb333rs.

 

« Non mais c’est quoi votre démarche, les gars? Du pur masochisme? Le plaisir de vomir sur un groupe qui monte? »

 

C’est vrai, on aurait pu lâcher l’affaire et laisser l’album moisir en compagnie de ses pairs pollueurs de playlists pseudo-métalliques. Mais crénom: c’est qu’on aime ça nous, la bonne Fusion Rap Metal qui donne envie de boxer du CRS – les Body Count, les Rage Against The Machine, les Clawfinger et compagnie! Et il se trouve que Fever 333 est présenté à qui veut l’entendre comme Ze Next Big Thing dans le domaine, avec Roadrunner dans le box de l’entraîneur, une nomination aux Grammy Awards, et Travis Barker de Blink-182 en guise de parrain. Soyez sûrs que d’autres amateurs du Metal où le « Yo! » remplace le « Yeah! » vont être eux aussi tentés par tant de promesses! Alors tant qu’à faire de s’être fait saigner les oreilles, autant prévenir les copains, qu’ils n’aient pas à subir les mêmes outrages...

 

Si l’on en croit les communiqués officiels, Fever 333 mêle Punk (?), Hip-Hop et Thrash (?????). Le groupe est révolté / engagé / politisé. Et son leader naturel, Jason Aalon Butler, a forgé sa culture musicale au coin des discographies de Rage Against the Machine, Public Enemy, N.W.A., Linkin Park et Bob Marley. Démêlons rapidement le vrai du mouais, l'info de l'intox. 1) Hip-Hop: info, Punk & Thrash: intox. 2) L’engagement politique: localement, il semblerait en effet que le groupe se bouge – et dans l’Amérique de Trump, quand on est fraîchement sorti de l’adolescence, cela semble sain. Sauf que l’expression musicale de cet engagement frôle la pertinence des textes de Benny B. 3) Côté influences, Linkin Park: info, c’est une évidence. Et RATM? Disons que Fever 333 est au gang de Zack et Tom ce que Guy Marchand est à Franck Sinatra. Je ne vous fais pas un dessin…

 

Mais même armé de ces quelques avertissements, rien ne prépare vraiment à ce que propose Strength In Numb333rs. Car l’album va bien au-delà de ce qu’un clone miteux de RATM pourrait produire. Ce que l’on subit ici pendant 40 minutes est ce type de produit synthétique, poisseux et blindé de colorants que les majors essaient de nous refiler impostures artistiques après abominations métalliques. Car toutes les ignominies imaginables ont été ici commises dans le but de faire bêler à l’unisson le troupeau de veaux à cartables portant – selon la saison, la bande FM écoutée et l’avis des copins-copines – des T-shirts estampillés Beyoncé, Katy Perry, BTS, Muse, Tokyo Hotel ou Attack Attack! En voici une liste non exhaustive et non triée, histoire que vous ayez une idée de l'horr333ur qui vous attend:

 

## le gros des 10 titres de Strength in Numb333rs propose un mélange bâtard de refrains sucrés à la Linkin Park et de Teen Rap Metal irritant (imaginez un flow typé Eminem-au-collège plus des riffs Electro-Néo à une corde), le tout étant noyé dans une prod’ hyper criarde où tous les potards sont poussés à fond afin de créer, avec la subtilité d’un clip de Maître Gims, un sentiment d’urgence insurrectionnelle

 

## ces 40 minutes n'ont qu'un seul objectif: secouer la glande à indignation d’une jeunesse trop deg’ d’avoir un forfait mobile limité par papa / maman. Du coup on se bouffe en intro des ambiances bidons de révolte générale, et à intervalles réguliers des tirades sentencieuses ayant la pertinence d’un exposé sur les Equations aux dérivées partielles non-linéaires proposé par Nabilla. Et le groupe d’essayer aussi pitoyablement qu'inlassablement d'imposer son propre « Fuck You I won’t do what you tell Me! » en réussissant à n’accoucher que de slogans ayant l’authenticité d’une vitrine de centre commercial (« Stand Up Or Die On Your Knees! »)

 

## 20% des efforts déployés – 2 morceaux sur 10 donc, cf. « Inglewood/3 » et « Am I here? » – visent uniquement à titiller les petits cœurs sensibles de l’assistance en jouant la carte des gros durs qu’ont trop l'seum (dans ce cadre, important: ne pas oublier de placer un petit « Fuck Da Police! » rebelle juste avant de balancer une ligne de chant légèrement vocodée pleine de mélasse). Mais comme les lascars espèrent quand même être respectés et qu’on ne peut pas fucker la police à chaque strophe, ils se sentent obligés de déverser forces orchestrations et violons dégoulinants pour que les « If I’m Not With You I am missing » trognons passent sans trop coller la honte... Et puis, allez Kevin: mets-nous aussi un peu de piano sur « The Innocent », ça rajoutera de la profondeur!

 

Et à cela il faut encore ajouter:

 

## un usage déraisonnable de chœurs de lycéens et de Whoooo-ooo-ooooh ado qui mériteraient qu’on colle tout ce petit monde dans un bus à destination d'une nouvelle séance de Battle Royale (Rhaaaa « The Innocent »!!)

 

## plâtrées sur plâtrées d’enrobages électroniques ratissant tour à tour vers le monde de la Dubstep et de la Dance. Sans compter quelques incartades entre R’n’B « pure et dure » et K-Pop (cf. vers 4:19 sur « Inglewood/3 », ou sur le refrain de « Coup d’Etalk »)

 

## un détournement du « If you’re 555, then I’m 666 » Slipknotien pour accoucher d'un « It’s 1-2-333 » complètement insipide (cf. « Out Of Control »)

 

## l'utilisation de passages ridiculement vocodés semblant palier l’absence de featuring de Gangsta-rapeur crédible à registre de baryton JoeyStarrien (barre de rire à 2:33 sur « Burn It »)

 

... Et ainsi de suite, l’auditeur gérant son malaise entre fous-rires gênés et grimaces de stupeur. C'est tellement trop qu'on en chercherait presque la caméra cachée! Heureusement que le groupe a su trousser quelques morceaux qui se branchent directement sur le cerveau reptilien, sinon même les pré-pubères auraient flairé le traquenard tellement le calibrage en direction d’un public ado attardé est outrancièrement évident. Finalement, peut-être faudrait-il plutôt considérer Strength in Numb333rs comme un formidable outil sociologique participant à la mesure de l'état de déchéance de notre monde. Car s'il venait à véritablement séduire les foules, ce serait – à l'image de la victoire de Trump ou du succès d’Hanouna – un signe indiscutable (de plus!) que l’humanité va droit dans le mur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: on connaissait déjà les posts Facebook « Pute-à-clic »... Avec Strength in Numb333rs on découvre les albums « Pute-à-teen ». Sauve qui peut!!

 

photo de Cglaume
le 18/01/2019

14 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 18/01/2019 à 09:42:42

J'ai écouté et j'ai failli vomir. Quand je pense qu'il y a l'ex-guitariste de THE CHARIOT là-dedans, j'hallucine...

Dams

Dams le 18/01/2019 à 10:17:12

Mais Lapin pourquoi t'infliger ça ? Une punition ? Un pari perdu ? Mode pitié enclenché ?

cglaume

cglaume le 18/01/2019 à 10:25:50

Promo reçu via le canal presse écrite. J'en fais profiter les copains du web :D

Dams

Dams le 18/01/2019 à 10:34:18

Quelle bonté d'âme ! Ton immense générosité nous perdra...

Garth Algar

Garth Algar le 18/01/2019 à 10:59:32

Ouch c'est violent comme réveil, je vais me lancer le dernier Earl Sweatshirt pour essayer d'oublier cette chose... Merci les gars vous avez fait tomber une crotte de nez dans mon bol de chocapic!

sepulturastaman

sepulturastaman le 18/01/2019 à 12:03:41

Mais que font les directeurs artistiques ??? merde quoi !!!
Donatien directeur artistique bonjour, oui voilà on va partager le budget entre Code Orange et nos nouveaux meilleurs poulains de f3v3r mais surtout f3v3r ; Corentin comptable dit que c'est mieux que c'est les meilleurs.
Putain de bordel de merde sans déconner le service qualité supervise encore quelque chose ou c'est notre chère Corentin qui est à la tête du se(r)vice qualité ???

Xuaterc

Xuaterc le 18/01/2019 à 18:00:23

On se calme et on boit frais à Saint Tropez...

cglaume

cglaume le 18/01/2019 à 18:01:45

Haha, ne me dis pas que tu t'es fait ce genre de weekend ? :D

Xuaterc

Xuaterc le 18/01/2019 à 19:23:30

ça m'est arrivé dans mes jeunes années. Et aussi la soirée de la loose en enchaînant Glitter, Josie et les pussycats, Crossroads et Spiceworld...

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 19/01/2019 à 14:23:19

C'est qui Deborah ?

cglaume

cglaume le 19/01/2019 à 15:07:29

Ton acteur/trice she-male zoophile préféré (e)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 19/01/2019 à 19:38:44

Nadine Morano ? Comment tu sais pour… elle et moi ??? (chut: réponds en MP)

chewicko

chewicko le 30/01/2019 à 17:57:58

Je n'ai pas honte de le dire (vous me répondrez que je devrais :p) mais j'aime bien.
C'est très easy listening, mais après 2/3 écoutes de certains titres, il y a des parties qui restent en tête.
On retrouve certains côtés de la voix du chanteur quand il était dans Letlive.

cglaume

cglaume le 30/01/2019 à 21:18:25

Je suis 100% d'accord avec toi : il y a des parties qui restent en tête. Et c'est leur point fort. Mais perso je suis du genre à me laisser polluer par les jingles publicitaires et les refrains de RnB qui passent dans les centres commerciaux. Et il faut bien avouer que c'est particulièrement énervant de se faire ainsi violer le cerveau alors qu'on n'est pas consentant :)

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