Frail Body - A brief memoriam

Chronique CD album (15:00)

chronique Frail Body - A brief memoriam

J'ai longtemps hésité à commencer cette chronique par une dissertation sur la vie, la mort et tout ce qui va entre les deux : l'amitié, l'amour, le deuil etc. 
Et puis, je me suis dit qu'un mec ivre dans un PMU serait aussi bon que moi pour philosopher sur ces choses là et que si je voulais le faire par écrit, je n'avais qu'à ouvrir un skyblog ou instagramer des pensées avec des clichés piqués sur le net.


Pourtant, ça m'aurait fait une super intro afin de basculer (avec une très grande finesse) vers une transition sur Frail body qui aborde ces questions durant les 14 petites minutes de ce disque.

Mais tu vois, j'ai douté. Je me suis dit que mes propos n'allaient rien apporter au débat, que les mêmes sentiments et/ou idées avaient déjà été écrits par plus brillant que moi. Sauf que si le trio de l'Illinois s'était dit la même chose, il n'aurait jamais pondu ce petit bijou qu'est A brief memoriam.
Parce qu'elles n'en ont pas l'air comme ça, mais ces 7 pistes sont capables d'exciter tous les fans de screamo en mal d'hurlements puant la souffrance.

Rien de neuf dans le monde du screamo. Clairement aucune nouveauté, aucune innovation sonore ne vient faire de cet EP la sensation d'un genre au bout du rouleau. Filon surexploité jusqu'à il y a une bonne décennie, cette branche aux racines coreuse macère dans son jus nostalgique des années 90-2000.
Et il est difficile de savoir ce qui fait que Frail Body devienne la sensation de cette fin d'année.
Peut-être bien sa simplicité, sa gestion et sa science du genre...et ses mots sur l'ordinaire qui retournent les tripes et le coeur.

 

Il n'est pas simple de parler d'amour ou d'un être cher que l'on perd. Soit on tombe dans le cliché et l'ennuyeux du commun, soit on se détache de toute émotion en devenant froid et analytique. Mais Frail Body parvient à donner une bande-son à son propos hurlé à plein poumons...et ça touche sévèrement.
Alors, attention, c'est pas du Baudelaire non plus et il n'y a rien de neuf musicalement. Leur screamo est gentiment désuet, joliment démodé.
En creusant, on pourrait peut-être y voir la digestion de l'explosivité d'Orchid avec l'écriture sensible de La Dispute (mais à 1000 lieues de l'interprétation et du fond). On pourrait y réentendre toute la noirceur de Mihai Edrisch, y trouver les réminiscences d'un Daïtro qui avait fait son petit effet, y compris sur la scène outre-atlantique à l'époque.
Frail body maîtrise tous les codes du genre, il les recrache, mais il les magnifie aussi par des morceaux courts, directs, parlants et accessibles pour les fans du style, tout en ayant écrit des compositions qui dégueulent d'émotions (pas vraiment jouasses).

On est étouffé, meurtri par les cris, percé au vif par les riffs, agressé par la batterie que le passage soit explosif, posé ou dans un éprouvant crescendo musical.

Touchant, déchirant, cet EP est une petite oeuvre sans prétention, qui n'a aucunement l'intention de bouleverser un genre. Elle est simplement un exutoire émouvant, poignant, sensible dès que l'on pose le regard sur la pochette : un femme aux os longs et fins, fragiles, des traits d'une beauté commune, un sourire pincé, des yeux fatigués mais un regard vif dans un paysage du quotidien. 
Frail body n'est peut-être pas le plus talentueux des groupes de ce style un peu suranné, mais il est sans doute celui qui nous parle le mieux, avec cette authenticité rare qui ne s'apprend pas.


 

photo de Tookie
le 27/11/2019

1 COMMENTAIRE

pidji

pidji le 27/11/2019 à 08:50:12

Excellente surprise ce disque !!

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