Gourmand - Blossoming from the Grave

Gourmand - "Blossoming from the Grave"
chronique Gourmand - Blossoming from the Grave

Si, du temps où le gros des albums était acheté depuis les bacs des disquaires, la pochette pouvait être un argument supplémentaire poussant à l’achat (je me rappelle avoir craqué sur le Stop The Madness des Spudmonsters uniquement à cause de l'artwork de folie), aujourd’hui, la dématérialisation de l’achat comme de l’objet étant passée par là, cela devient un levier un peu moins pertinent. Par contre si le 2e album de Gourmand se retrouve aujourd’hui chroniqué en ces pages, c’est à mettre sur le compte d’un autre de ces arguments de type « vitrine » (…argument qui s’ajoute à la nature de la musique jouée par le groupe – quand même, on ne va pas me faire chroniquer du Drone non plus!): le nom de cette sacré bon sang de formation. « Gourmand », ça claque non? Tout au moins quand on aime les iconoclastes, les usagers du 2nd degré, les lanceurs de clins d’œil, les amateurs de bons mots. Appeler son groupe Gourmand quand on prétend jouer du Metal extrême, c’est un peu comme utiliser un lapin jaune tout mignon pour avatar quand on évolue dans la Metalosphère: cela dénote une envie certaine de nawakifier aux entournures.

 

Bref: il y avait une chance non nulle que la musique proposée sur Blossoming From The Grave soit compatible avec mon logiciel deathophile.

 

D’autant que je le mentionnais un peu plus haut: il s’avère que le style mis en avant dans la comm’ du groupe tombait pile-poil dans le domaine de compétence de ma pomme golden: le Progressive Death Metal – la comm’ en question soulignant putassièrement « For Fans Of: Decrepit Birth, Decapitated, Ne Obliviscaris, Suffocation, Opeth, Neuraxis, and Death ». Mouais, je ne vois pas forcément le rapport avec la choucroute, du moins pour celles des formations ici citées que je maîtrise un tant soit peu. Certes, le groupe propose un Death Metal sophistiqué incorporant des bulles délicatement ambiancées. Mais de là à y voir du Mikael Åkerfeldt… Certes, les guitares et la batterie nous soufflent par moment bien fort dans les bronches, et le growl se fait parfois particulièrement grumeleux. Mais de là à y entendre Frank Mullen… Certes, les compositions sont assez éloignées des standards de la Pop, et le niveau technique est particulièrement élevé tout en préservant la clarté des mélodies. Mais de là à invoquer le fantôme de Chuck…

 

En dehors des caractéristiques évoquées ci-dessus (technicité, mélodicité, « prog-icité »), ce qui caractérise Gourmand c’est 1) la présence récurrente mais pas envahissante d’un violoncelle (sur pas moins de 7 morceaux) 2) une prod’ plutôt moderne (… quoique trahissant à la marge des moyens limités) enveloppant un Death assez old school dans l’esprit. 3) un champ d'action stylistique assez vaste. Ces deux derniers points deviennent évidents quand on réalise que, si l’on n’arrive pas vraiment à mettre le doigt sur une référence unique derrière laquelle on pourrait ranger le « style Gourmand », c’est par contre une sacré quantité de noms divers qui nous viennent à l’esprit tout au long de ces trois quarts d’heure. Deicide, ponctuellement, sur le morceau-titre. Nocturnus, sur ce même titre, ainsi que sur « Metamorphosis » et « The Price of Consciousness ». Mais aussi Dew-Scented (sur le parfois plus thrashy « Empathy Gap »), She Said Destroy, Massacra (j’ai pensé à « Mortify Their Flesh » sur « The First of My Name »), le Pestilence de Testimony of the Ancients (« The First of My Name » encore), Gire (le pendant “Death” de Thy Catafalque)... Sans compter qu'on trouve encore en ces lieux un soupçon de feeling Black épique (au début de « Perpetual Sickness »), du chant féminin (sur « Siren's Song »), des interludes cinématographiques, de l’invitation au headbang saccadé, une basse joufflue bien présente, des expérimentations à la limite du trop-dissonant (« Siren's Song »)…

 

En d’autres termes, la chose est riche, variée, osée – presque too much râlera la crusty bougon. Ce qui est dommage par contre – en dehors d’un mix parfois un chouia brouillon –, c’est le manque de véritable hymne imparable, histoire de renforcer le goût de reviens-y et de grappiller quelques points supplémentaires. Cela n’empêche toutefois nullement certains morceaux de tirer leur épingle du jeu, comme le brillant « Blossoming from the Grave », ou l’ensorcelant « Metamorphosis » et son riff estampillé « Technodeath  véritable » qui donne envie de se repasser le Thresholds de la bande à Mike Browning.

 

Nul doute que – s’il n’irait peut-être quand même pas jusqu’au « Vaut le voyage » qu’implique les 3 étoiles – un hypothétique Guide Michelin du Metal attribuerait à Blossoming From The Grave les 2 étoiles qui signifient « Vaut le détour ». Car le 2e album de Gourmand rassasiera sans problème les gourmets du Metal finement cuisiné.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: varié, élaboré, mélodique, pointu, le Death technico-progressif proposé sur le 2e album de Gourmand a le bon goût de conserver un esprit old school, mais de néanmoins proposer à l'auditeur un emballage sonore et une approche bien ancrés dans son époque. A consommer sans modération.

 

photo de Cglaume
le 07/03/2019

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