Graceful - No One Hears Us

Graceful - "No One Hears Us"
Graceful - No One Hears Us (chronique)

Je me souviens que peu après avoir commencé mes activités de rédactrice musicale il y a près de 8 ans, j'avais découvert les Italiens de Doctor Cyclops dans un modeste bar lyonnais. Belle petite claque d'ailleurs. En revanche, je garde un très vilain souvenir du groupe pour qui ils ouvraient : des jeunes loups aux dents longues au répertoire rock plus que dispensable qui se la pétaient à mort car soutenus par un Philippe Manoeuvre croisé au détour du jury d'un tremplin au Gibus auquel ils participaient. Pardonnez du peu... Ce qui n'a pas empêcher à ces jeunes premiers du rock consensuel digne d'un BB Brunes dopé au stoner juvénile de descendre de haut lorsque leur soutien de luxe leur a donné un coup de poignard dans le dos dès la finale de ce même tremplin au profit d'un autre combo de jeunes loups plus brights et consensuels afin de pouvoir prétendre « révolutionner le monde du rock ». Comme quoi, il y a une justice dans ce monde, aussi impitoyable puisse-t-elle être. C'est à ce souvenir fort amusant que j'ai pensé lorsque j'ai pris le promo des jeunes Nantais de Graceful qui ne semblent pas manquer d’aplomb et d'ambition avec ce premier album nommé No One Hears Us long – ça dépasse la barre des 50 minutes quand même ! – et conceptuel.

 

Même s'ils ont eux aussi remporté du tremplin organisé par une SMAC locale, je dois bien admettre que les oreilles des jurys sur Nantes restent quand même fort avisées. Et ce, même s'ils n'ont jamais apporté leurs visions éclairées sur M6 ou au travers d'une feuille de chou aussi prestigieuse de son nom que par le budget de ses investisseurs. Car il s'avère que Graceful s'avère être une excellente surprise, bien loin de la souplette électro/rock de pacotille à laquelle je m'attendais au préalable. Certes, les mecs donnent dans l'électro/rock mais plutôt dans un modèle solide. En cela, ne vous arrêtez pas aux premières mesures du « Help » d'ouverture, pas forcément très engageantes avec cette voix très clonique de Placebo, car le quatuor a tôt fait de montrer davantage de verve et de maîtrise en terme de composition.

 

Déjà, la facette électro est distillée avec pas mal de subtilité et parcimonie, les éloignant des horreurs que l'on entend sur les grosses ondes FM nationales orientées djeun'z. Et au final, même si ce sera certainement trop douceret pour le gros chevelu tatoué avide de sons extrêmes, il faut admettre que dans sa globalité, No One Hears Us nous montre des guitares bien vénères qui font que l'on pourrait leur coller une étiquette plus « rock/metal alternatif ». Si la galette nous montre un visage très porté sur l'accessibilité tubesque – dans son sens mélioratif du terme – notamment avec une doublette « Buzz » / « Death Race » (dont les chœurs féminins rappelleront un peu l'approche Shaka Ponk) immédiate et imparable alliant simplicité et bon goût. Puis, on commence à sentir un certain pot-aux-roses pointer le bout de son nez avec un « Sweet Revolt » toujours aussi accrocheur dont les chœurs d'enfants ne viennent pas masquer ce riff autrement plus graisseux qu'avant.

 

La suite laisse place à une débandade plus que surprenante : le titre éponyme associé à un « The Fall » sonnant comme une grosse transition purement atmosphérique planante. Changement de registre semblant assez radical et plutôt rondement bien menée même si une plus grande concision lui aurait sans doute mieux réussi. Tandis que « Cage Me » joue la carte du stoner pur et dur, dans toute sa lourdeur. Là encore, étonnamment bien maîtrisé. Mais le cocotier revient surtout à ce « Those Bastards » divisé en trois parties faisant succéder un peu ces différentes facettes atmosphériques, stoner, et électro/rock aussi mordant qu'accessible, se concluant sur un longue plage instrumentale au clavier tour à tour rythmé et ambiancé.

 

C'est à ce niveau que Graceful impressionne le plus : celui d'avoir l'impression d'avoir affaire à un propos simple et immédiat pour ensuite se rendre compte que les mecs sont pleinement capables de jouer et surtout de maîtriser d'autres styles qu'ils nous crachent à la tronche au moment-même où l'on s'y attendait le moins. C'est également là où le bât blesse pour No One Hears Us d'ailleurs. Il contient le petit goût douteux du disque qui s'éparpille à tel point où l'on a du mal à percevoir où ses géniteurs veulent en venir et semblent avoir le cul assis entre deux – voire trois – chaises. Un manque de cohérence souligné en plus par un certain déséquilibre au niveau de la tracklist qui donne cette image d'un verre où l'on mettrait de l'eau et de l'huile : on aura beau le couvrir et secouer, jamais les deux matières ne se mélangeront. C'est un peu ce qu'il se passe avec ces différentes facettes que les Nantais développent, aussi solides et bien fichues soit-elles.

 

Alors, allez savoir si personne ne l'a vraiment entendu cet album. En attendant, je l'ai fait quand même : on sent que Graceful représente bien plus qu'un truc d'indie rock lissé et consensuel de djeun'z comme on peut en voir à tour de bras dans les SMAC. Mais il le sera vraiment d'autant plus lorsqu'il aura gagné en concision et aura sorti le mixeur afin de synthétiser tout ça pour livrer un ensemble plus cohérent. Ce prétendant-même, bourré de potentiel, que l'on met dans ses petits papiers, histoire de voir s'il se révélera complètement.

photo de Margoth
le 19/02/2018

2 COMMENTAIRES

charlie044

charlie044 le 22/02/2018 à 08:11:23

Quand Margoth dit "manque de cohérence" moi je dit "originalité débridée. pour une fois qu'on a un album qui n'aligne pas 10 chansons identiques faut en profiter, hein, même si on n' est pas habitué. Quand à la fin de l'écoute on a envie de remettre la galette et que à chaque écoute on découvre encore des trucs qu'on avait pas entendu les fois précédentes c'est signe d'un grand album. Enfin je ne peux que vous encourager à aller les voir en concert, ça dépote sévère et c'est bien rock'n'roll. 7/10 c'est sévère je trouve, allez on se le réécoute et on met +2 !

Margoth

Margoth le 24/02/2018 à 12:52:53

J'aurais peut-être dû davantage parler de "manque de fil conducteur" peut-être... Après ce n'est qu'une opinion, je n'ai clairement pas la science et la vérité infuses pour prétendre à un jugement indiscutable : même si j'écoute des trucs expérimentaux/nawak/avant-gardistes, j'ai trouvé cet album un peu décousu (et je pense que l'ordre choisi de la tracklist enfonce cette sensation), ce qui ne veux pas dire pour autant qu'il soit clairement mauvais parce qu'il y a beaucoup de bons points dedans. Je pense que Graceful mérite qu'il affine son propos et apporte plus de subtilité et équilibrage dans "son originalité débridée" comme tu dis. Après, c'est tant mieux de voir des oreilles qui le perçoivent autrement et s'en satisfassent. Mais quand je vois d'autres chroniques dépréciatives de cet album qui mettent en avant un côté commercial et juvénile digne d'un rock d'ado pour les ados, je me dis que je ne suis peut-être pas si sévère et hostile en comparaison, si tu ne te formalises pas uniquement sur le chiffre (parce que les notes et moi, ce n'est pas vraiment le grand amour) ;) .

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anonyme

CD album CD album (52:43)

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Tracklist

1. Help
2. Buzz
3. Death Race
4. Sweet Revolt
5. No One Hears Us
6. The Fall
7. Cage Me
8. Those Bastards Part I
9. Those Bastards Part II
10. Those Bastards Part III

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