Greta Van Fleet - Anthem Of The Peaceful Army

Greta Van Fleet - "Anthem Of The Peaceful Army"
chronique Greta Van Fleet - Anthem Of The Peaceful Army

Je vous parlais l'année dernière de From The Fires des jeunes louveteaux de Greta Van Fleet qui avait déjà de quoi soulever les débats... Fallait-il applaudir ou au contraire cracher sur ce revival Led Zeppelin plus que troublant, notamment du fait de cette voix ressemblant à s'y méprendre à celle de Robert Plant. Un an plus tard, Greta Van Fleet ne se laisse pas oublier si facilement et nous livre son premier album long format en bonne et due forme From The Fires étant en réalité une compilation de deux EPs – et définitivement, ce n'est pas avec Anthem Of The Peaceful Army qu'il apaisera son monde. Au contraire, on pourra presque dire que les mecs jettent davantage d'huile sur le feu tant l'on perd ici les quelques points de détails qui pouvaient un peu détacher From The Fires de son modèle. Ce premier album fait du Led Zeppelin comme du Led Zeppelin, point barre.

 

Enfin, pas vraiment comme du Led Zeppelin. Les fûts ne sont pas tapés comme le regretté John Bonham. Et le « Age Of Man » d'ouverture laisse présager quelque chose de sensiblement différent avec un chant un chouïa plus personnel et des touches progressives qui sortent légèrement des carcans. Avant de s'enfoncer dans le Led Zeppelin-like pur jus. Et là, encore, je vous laisse seul juge de quel camp se placer dans les débats.

 

De manière purement personnelle, je vois en ce Anthem Of The Peaceful Army une madeleine de Proust très sympathique. Se replonger dans les 70's en 2018 alors qu'il n'y a quasiment plus aucune chance de voir Led Zeppelin sortir du matériel neuf, il y a comme un petit quelque chose de grisant. Parce qu'on ne va pas leur jeter trop durement la pierre : la maîtrise prime ici. Autant que le mimétisme trouble. Et pour des jeunes pousses d'à peine vingt ans, c'est insolent. Et quelque part, il y a quelque chose d'émouvant de voir une si jeune génération qui n'a pas connu cette décennie artistiquement féconde – toute scène confondue d'ailleurs, pas uniquement le rock – lui prêter serment. Lui amener un prolongement qui titille toujours, montrant ainsi que cette période porte quelque chose d'intemporel et qu'il ne s'agissait pas d'un simple effet de mode ponctuel comme le neo ou le crabcore. Et soyons honnête deux secondes, n'en déplaise à certains : lorsqu'on va cracher sur la carrière solo de Robert Plant en soulignant que ça ne fait pas assez Led Zeppelin, je trouve ça un peu hypocrite d'aller cracher en parallèle sur Greta Van Fleet qui s'applique à en livrer une jolie alternative portée par des titres spontanés non dénués de qualité qui se laissent écouter avec un plaisir nostalgique certain.

 

MAIS... Parce que oui, il y a un gros « mais » dans ce tableau qui semblait idyllique. Il y a quelque chose que Greta Van Fleet a perdu entre From The Fires et Anthem Of The Peaceful Army : l'émotion. Ce qui chagrine d'autant plus lorsqu'on doit, par la force des choses, comparer avec son modèle. Pour reprendre l'exemple de « Age Of Man », son côté célesto-mystique n'arrive nullement à la cheville d'un « Stairway To Heaven » niveau frisson et montées lacrymales. Un « Lover, Leaver (Taker, Believer) » nous fera vocalement penser à « Whole Lotta Love » mais ira-t-il nous serrer le cœur comme ce dernier ? Clairement non. On sent clairement la volonté de transmettre du feeling sur « You're The One » mais là encore, cela tombe un peu à plat, on aura juste l'impression d'entendre un joli titre fort plaisant mais qui jamais ne nous prendra aux tripes. Même un « Mountain Of The Sun » plein de potentiel avec ses accents plus sudistes qui font plaisir à entendre donne au final l'impression de ne pas générer toute l'émotion qu'il est sensé transmettre. Tout ça qui fait que ce premier album laissera un goût curieux, ce qui n'enlève en rien le fait qu'il soit plaisant à avoir entre les oreilles.

 

Peut-être est-ce ici où se situe la limite gênante pour le cas de conscience entre « faire revivre » et « réinventer ». A comprendre, qu'il y a une énorme fracture entre un Greta Van Fleet qui ne fait que se réapproprier sans toucher le cœur de son modèle et un Blues Pills qui parvient à « faire du neuf avec du vieux ». Et le fait de voir le combo des frères Kiszka autant propulsé sur le devant de la scène, au point même d'en être nominé aux Grammy Awards au moment où j'écris ces lignes ne fait qu'ajouter une gêne supplémentaire : est-ce vraiment mérité ? Pas avec Anthem Of The Peaceful Army en tout cas à mon sens.

photo de Margoth
le 29/01/2019

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