Heaume Mortal - Solstices

Heaume Mortal - "Solstices"
chronique Heaume Mortal - Solstices

Inutile de rappeler ici les efforts incessants déployés depuis leur création par Les Acteurs de l’Ombre pour animer la scène BM française, en débusquant des groupes de grande qualité. D’ailleurs, depuis des années, notre Xuaterc en a fait un large écho dans ses chroniques avec le talent lyrique et l’honnête intellectuelle qui le caractérisent. C’est au tour de Heaume Mortal, formation sur de nombreux points atypique, de signer chez Ladlo en janvier 2019. Il s’agit là d’un projet personnel mené par Guillaume Morlat (Eibon, Cowards), épaulé en studio par Julien Henri (Cowards) au chant et par Jordan Bonnet (Cowards, Pilori) à la batterie. Le tout est chapeauté par le Parisien Francis Caste du Studio Sainte-Marthe qui n’en est pas à sa première collaboration avec des groupes de metal français (Arkhon Infaustus,  Deep In Hate, Hangman's Chair, Ultra Vomit, …) et dont je dois bien admettre le travail impeccable ici.

 

Le ton artistique de cette première création, parue le 1er mars 2019, mais composée en fait entre 2011 et 2014, est donné par un artwork très inspiré (peinture de Gustave Moreau) : ce sera « froid », « contemplatif », dérangeant, inconfortable, mais marquant. Le label manager, Gérald Milani, avait déjà aiguisé ma curiosité en promettant avec Solstices « un peu de YOB, de KICKBACK, de VERDUN, de CULT OF LUNA et de BURZUM… ». Je comprends mieux pourquoi Heaume Mortal a attiré son attention et celle de sa team ! En fait, chaque amateur du genre y mettra son grain de sel, à mon exemple qui y vois également les compositions hyper-intellectualisées de The Great Old Ones, la mélancolie introspective d’un Amenra, la froideur mécanique d’un Blut Aus Nord ou l’ambiance angoissante d’un Balmog. Peu importe. Il ne s’agit pas là d’un simple patchwork impensé, mais bien d’un BM multidirectionnel cohérent, construit autour d’une forte identité doom, teintée de nuances atmosphérique, post-hardcore et même cascadienne, grâce au long dernier morceau, dont je regrette cependant les bruits samplés d’écoulement d’eau un peu grossier (problème que j’avais déjà relevé chez Déluge et Hyrgal).

 

L’écoute très exigeante de Solstices débute par celle d’un Yesteryears, dont les deux premières minutes saisissent de suite par la force des riffs définitivement black metal et par une voix déchirante qui donne le ton pour le reste de l’album. Un tel timbre glaçant n’est pas sans me rappeler les performances du frontman de Gloomy Grim ou d’Old’s Man Child que j’écoutais avec délectation il y a plus de quinze ans maintenant. Puis un froid polaire très scandinave, très norvégien, s’abat sur mes épaules, comme si Abbath venait soudainement de me souffler dans la nuque. L’ambiance se rafraîchit dans la pièce.  Pas désagréable… Un uptempo s’en suit, rompu à la septième minute par un long passage doom très lovecraftien que n’auraient pas désaimé les Bordelais de TGOO. La ressemblance est troublante, mais pas choquante. Puis vient « South of No North », très court, puisque ses grosses deux minutes énergiques viennent se mêler à des morceaux dépassant allègrement les 12/13 minutes. Mais ça marche ! Francis Caste a accompli ici un boulot de grande qualité sur les instruments (la batterie surtout) ; ils offrent des riffs bien gras et une rythmique implacable, qui vont faire des ravages en live. Irrésistible. Sans doute le meilleur travail de l’album. Pas le temps de reprendre son souffle : je suis tout de suite cueilli par « Oldborn », magnifié par une voix toujours menaçante et flippante. La compo y est méthodique, inlassablement ressassée, et l’ambiance pesante et poisseuse. Une mise à l’épreuve en bonne et due forme attend l’auditeur. Résistera-t-il ? Ou mettra-t-il par facilité et confort sur « off » pour reprendre son souffle ? Bon sang, j’espère que non ! Car les trois dernières minutes de ce morceau sont vraiment remarquables : prenantes, pénétrantes, émouvantes ! Elles précèdent, qui plus est, un titre cover de Burzum « Erblicket die Tochter des Firmament », dont les adaptations d’orchestration et les justesses de mixage permettent d’éviter un écueil qui aurait été très fâcheux, celui de briser l’élan et l’ambiance soigneusement bâtis jusque-là. Justement, je ne dis pas que cet élan est brisé avec l’avant-dernier titre de Solstices, « Tongueless (part III) », mais je tiens là, de mon point de vue en tout cas, le morceau le moins probant de l’album. Les écorchures vocales de Julien Henri ont beau apporter de l’épaisseur, l’ensemble demeure classique, un peu plat et traine en longueur. Mais peut-être que je m’égare, éreinté par l’écoute des 40 premières minutes… Quoi qu’il en soit, les samples cascadiens à la fin n’y apportent pas grand-chose, si ce n’est une transition vers « Mestreguiral », hypnotique, qui mériterait largement de figurer dans une bande originale de film de genre... Qui sait … ?

 

Je pense qu’il faut être assez admiratif du travail effectué par ce nouveau groupe, animé par un musicien confirmé. Ladlo et Gérald ont encore visé juste. Bravo à eux.

 

Me voilà fort embêté. Moi qui m’étais promis de ne jamais excéder les 8/10 pour un premier album, afin de laisser aux groupes concernés une réelle marge de progression…

 

Visiblement, c’est raté…

photo de Seisachtheion
le 11/04/2019

2 COMMENTAIRES

gulo gulo

gulo gulo le 11/04/2019 à 10:09:43

Un disque très, très fort.

Xuaterc

Xuaterc le 13/04/2019 à 10:24:49

Merci pour ces éloges. Un très bon disque en effet.

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