Hollenthon - Domvs Mvndi

Chronique CD album (45:17)

chronique Hollenthon - Domvs Mvndi

Se pincer à la limite d'en saigner pendant 30 bonnes secondes... Et enfin libérer les chairs. Se retenir d'aller déposer l'offrande fécale au fond de l'autel Jacob Delafon jusqu'à s'en nécroser le sphincter... Et enfin lâcher le trop plein de lest. Creuser la terre sous le soleil comme un forçat... Et enfin décapsuler la bière salvatrice. Bonheur, félicité, abandon extatique quand enfin se termine le calvaire! Sauf qu'il n'est pas besoin de systématiser l'approche masochiste pour connaître ce genre d'heureuse libération. Du moins est-il possible de ne pas être aussi radical dirons-nous. Il suffit par exemple de s'enfiler de nombreuses écoutes d'albums sans âme (... quel est le saligaud qui m'a refilé ces promos crados?), puis enfin, quand la médiocrité métallique commence à se faire trop péniblement crasse, de ressortir du fond d'un tiroir l'un de ces albums qu'un rangement malheureux aura mis longtemps hors de portée, de le placer avec gourmandise dans le lecteur, d'appuyer sur >Play... Et de redécouvrir un chef d'œuvre qu'on ne se rappelait plus aussi invraisemblablement somptueux!

 

C'est donc après avoir fait tourner jusqu'à l'écœurement certaines des galettes qui ont récemment écopé de notes peu reluisantes sur votre webzine préféré que je m'en suis retourné à la découverte de Domvs Mvndi, l'exceptionnel premier album d'Hollenthon. Vous vous rappelez peut-être de l'ancêtre du Death autrichien, Pungent Stench (leur titre “S.M.A.S.H.” figurait sur le 1er volume de la mythique compil' Masters of Brutality... Et, pour les plus jeunes: ils ont joué au Hellfest 2014)? Eh bien Hollenthon est l'autre parenthèse musicale de Martin Schirenc, qui ici ne se contente pas du chant et de la guitare, mais également du synthé, des orchestrations, de la basse, et de l'ensemble du travail de composition. Seule la rythmique échoit à un tiers, Mike Gröger, tandis que les textes et un peu de chant féminin sont assurés par l'ex-femme du Monsieur.

 

Et putain, quel exploit!

 

Déjà le postulat de base est sacrément ambitieux: il s'agit de marier un Heavy Black croassant et avant-gardiste à l'emphase de la Musique classique, ceci tout en visitant un large panel de musiques tribales et exotiques. Et loin de se vautrer ou de donner dans le pas-mal-presque-on-était-à-2-doigts comme c'est le cas pour le commun des métalleux au yeux plus gros que le ventre, Martin signe avec ce premier album un incontournable pavé qui s'avère aussi époustouflant en 2016 qu'il l'était au moment de sa sortie, en 1999. C'est que les quelques noms qui traversent l'esprit à l'écoute de ces trois quarts d'heure de pur bonheur musical ne sont pas moins prestigieux que ceux de Therion (celui de Theli), Diabolical Masquerade, Melechesh ou encore Orphaned Land.

 

Et je ne vous ai pas encore dit le plus impressionnant: pour composer les 8 premiers morceaux de la Haute Tonne de Laine (… quoi?), Martin semble s'être imposé le même genre de contraintes que celles qui présidèrent à l'écriture des "12 EP en 12 mois" de Toehider. Ainsi chacune des 8 compos de Domvs Mvndi s'inscrit dans une thématique claire qui lui confère une personnalité forte et distincte. Matez-moi donc le menu:

- “Enrapture - Hinc Illae Lacrimae” → Introduction emphatique au thème "Theatrical Black Metal"

- “Homage - Magni Nominis Umbra” → La caravane Black crapahute dans les dunes du califat

- “Vestige - Non Omnis Moriar” → "Peaux Rouges Metal" et Danse de la guerre autour du feu

- “Lure - Pallida Mors” → Chœurs somptueux (grégoriens, féminins lyriques) & synthélectro

- “Interlude - Ultima Ratio Regum” → Ramène ton biniou, 'y a soirée "Festnoz Panda" à Paimpol!

- “Reprisal - Malis Avibus” → Tatouages tribaux et All Blacks Metal chez les kiwis

- “Premonition - Lex Talionis” → Heroïc Fantasy Medieval Black en Terres du Milieu

- “Eclipse - Vita Nova” → Sublimation du thème Orchestral Black & grandiose tomber de rideau

Et ces exercices de style d'aboutir non seulement à de sublimes tableaux épiques, mais également à des tubes qui parlent directement à l'âme, comme “Homage” et sa puissante et dansante indolence, comme “Vestige” qui aurait logiquement dû conduire toute une génération de copieurs à s'engouffrer dans le créneau toujours inviolé du Indian Metal, ou encore “Interlude” qui se paie le luxe de sortir la cornemuse!

 

Sans doute que, pour bien faire, un tel album aurait mérité une production de pur cristal. Ce qui sera d'ailleurs le cas pour son successeur, With Vilest of Worms to Dwell. Mais le feu du génie n'a pas besoin de bûches en bois précieux pour briller du plus vif des éclats (… putain c'est quoi cette tournure? Reformulons: “Mais le chauffeur-routier homo n'a pas besoin d'un anus épilé pour sortir tout ce qu'il a dans les couilles”. Là: on a une réputation à tenir crénom!). Et en vérité je vous le dis: en l'état Domvs Mvndi est déjà (... et restera pour les siècles des siècles) un pur chef d'œuvre!

 

In nomine Blackis, et Experimentii et Worldu Metali... Amen!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Domvs Mvndi est un chef d'œuvre de Heavy Black avant-gardiste fusionnant les guitares et invectives croassantes du Metal sombre avec l'emphase de la grande musique sacrée, l'ivresse des voyages dans l'espace et le temps, et l'ambition des œuvres visionnaires. Intemporel.   

photo de Cglaume
le 03/07/2016

1 COMMENTAIRE

mcmetal

mcmetal le 13/07/2016 à 13:31:10

Un monument .La perfection n existant pas un 9/10

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