Inter Arma - Sulphur English

Inter Arma - "Sulphur English"
chronique Inter Arma  - Sulphur English

Il fut un temps où la Norvège s'amusait à nous exhiber des jaquettes d'églises en flammes. Aujourd'hui, les Américains d'Inter Arma nous jettent à la face des photos d'arbres qui brûlent. Comme quoi, les choses ont un brin évolué en un peu plus de décennies. La déforestation de la forêt amazonienne également d'ailleurs. Mais bon, Inter Arma n'est nullement là pour nous donner des leçons d'écologie, les bougres préfèrent laisser la jeune Greta se charger de ce genre de détails.

 

En revanche, là où le combo préfère aller, c'est davantage vers une annihilation de masse par les flammes. Parce qu'au final, Sulphur English, c'est un peu comme si on lâchait une nuée de Canadairs qui déversent des tonnes d'essence sur toute cette civilisation moderne et qu'on craquait ensuite l'allumette. Et l'on observe ensuite ce qu'il se passe. La purification par le feu, il n'y a que ça de vrai après tout. Au vu de la décadence de nos sociétés développées, qui vont jusqu'à foutre un Trump au pouvoir (les paroles du titre éponyme le chargent bien comme il faut), il n'y a qu'en usitant de ce genre de procédés extrêmes que l'on pourra forcer l'humanité à se rabaisser d'un cran face à la Nature. Enfin, tout du moins, les âmes assez fortes et chanceuses qui survivront à la dévastation.

 

D'un point de vue strictement musical, il ne fait aucun doute que Sulphur English fait tout également pour laisser parler la sélection naturelle qui déterminera son auditorat. Loin de pondre du format tubesque, on se retrouve face à une entité extrêmement dense et complexe. Où, de mon simple point de vue personnel, l'arrogance n'est clairement pas loin de vouloir produire à tout prix quelque chose d'intelligent en blindant une base qui ne l'est pas spécialement de surenchères diverses, histoire de se la jouer « élitiste » pour un auditorat qui l'est tout autant. Par chance, le groupe flirte avec cette limite sans jamais la franchir non plus, on l'en remerciera. Même si ce n'est pas pour cela que l'auditeur se retrouvera facilité dans l'appréhension tant cette grosse plaque, de prime abord hermétique, demande bien des écoutes attentives afin de la dompter un minimum. Et surtout, passer outre de cette torpeur cauchemardesque qu'on te balance dès le tandem d'introduction « Bumgarden » / « A Waxen Sea », entre atmosphère monofréquentielle inquiétante et double pédale d'une telle lourdeur que les petits déjeuners auront tôt faits d'être régurgités par les estomacs les plus fragiles. Jusqu'à s'engouffrer vers des méandres d'outre-tombe opaques qui ne cessent de valdinguer entre death abyssal (« The Citadel », surtout avec ces multiples solos de guitare noyés dans la masse très Morbid Angel) et black apocalyptique (le final de « A Waxen Sea »), le tout noyé dans cette rythmique pachydermique purement doom. Et vas-y qu'on te rentre bien ça au fond du crâne à grands coups de marteau-piqueur en faisant bien traîner en longueur en usitant de certaines dissonances de guitare afin d'offrir comme une sorte d'emballage bien sludge.

 

Autant dire, Inter Arma reste bien difficile à définir en terme d'étiquette à poser tant il va manger son pain à tous les râteliers du metal extrême, se prenant même parfois des airs post-metal à la Neurosis (le côté lourdement planant, tel l'oxygène d'une grotte, de « Blood On The Lupines » et le d'autant plus souffreteux « Sulphur English »). On pourra même penser à leurs compatriotes de Yakuza de manière lointaine dès lors que ça s'enfonce vers des percussions tribales véritablement obsédantes (« Howling Lands » renforcé de plus par une dualité de chant clair et extrême) ou encore à Celtic Frost / Triptykon en terme de noirceur hautement corrosive (« The Altavist's Meridian »). Mais dans tous les cas, qu'importe où il ira lorgner, on se retrouvera toujours lâché dans une ambiance étouffante et souterraine, en proie à moult tourments dans cette tentative de survie primitive face à toute cette dévastation extérieure.

 

Alors, certes, le court intermède « Observances Of The Path », entre dissonances atmosphériques et piano, allégera un peu les cœurs, tel le regard entre soulagement et déchirement que l'on lance de l'entrée de cette caverne où l'on est parvenu à trouver refuge vers l'extérieur qui continue de se décharner. Avant que l'oppression claustrophobe ne revienne à la charge de plus belle. Nul doute de cette purification par le feu, peu de survivants parviendront à faire leur trou. De la même manière que le nombre d'auditeurs qui s'essaieront à nouveau à se repasser Sulphur English par plaisir d'ailleurs. A réserver à un public averti donc !

photo de Margoth
le 16/08/2019

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