Jeanne - I

Jeanne - "I"
chronique Jeanne - I

On se souvient de l’effet de surprise provoqué par la sortie d’Et les Autres de Eux, formation parisienne bien décidée à réveiller l’Emo-Punk refoulé que tu étais en 2018. Et bien les Strasbourgeois de Jeanne ont réussi à provoquer autant la stupéfaction avec la sortie de I un an plus tôt. C’est donc à l’instar d’Eux, incognito et dans la confidentialité de la scène Skramz que Jeanne, combo s’inscrivant dans la lignée des formations telles que June Paik, Sed Non Satiata, Belle époque pour ne citer qu’elles, nous a offert en 2017 un brûlot Screamo qui a su retenir toute l’affection des mordus du genre. I est en effet le cocktail incendiaire Screamo le plus fameux qu’il m’ait été l’occasion d’écouter ces derniers temps.

 

D’abord cet album s’inscrit clairement dans le prolongement de la vague Screamo des années 2000, une vague avec ses têtes de proues susnommées, sans oublier les très emblématiques Sed Non Satiata ou encore Daitro. Des références qui feront Chaviré (#avouejtaimystifié…) le cœur des passionnés du genre, celles et ceux qui affectionnent particulièrement les séquences mélodiques exacerbées, toujours à la limite de la rupture. Des points d’orgues mélodiques qui atteignent très souvent leur paroxysme émotionnel sur ce percutant et très empoignant I. A la manière de Mihai Edrisch en son temps, Jeanne s’évertue à nous livrer un riffing ostensiblement bouleversant, en poussant dans un jusqu’au boutisme forcené, l’esthétique de la violence et du drame. Un parti pris renforcé par les descentes régulières des deux grattes molles du combo très souvent campés sur les touches les plus rachitiques du manche pour y plaquer des accords perçants au possible et prêts à t’arracher une larmichette à tes yeux à fleur de rétine d’Emo-kids.

Les 8 morceaux de I passent vraiment comme des lettres de doléances à la poste, les intentions sont variées, on y retrouve des récurrences et un fil rouge Emo-violent « 5 », « 8 », « 10 » …, un morceau instrumental Screamo-prog plutôt classique mais très bien foutu « 7 », un morceau totalisant à la Envy avec un final se terminant sur une comptine Punk emprunte d’une touchante langueur « 8 ». Le riffing des grattes est à la fois tranchant et nerveux dans les moments les plus tendus, sensible et lourd de conséquences émotionnelles quand les arpèges rentrent dans l’game, trainant et éthéré dans les moments d’abattement « 6 », enfin déchirant dans des montées ou tes glandes lacrymales n’en mèneront pas large. Les oreilles sont constamment en état d’alertes et toujours suspendues aux différents riffs qui défilent sur ce passionné skeud.

 

Les chants sont au top eux aussi avec des sentiments d’urgence, de rage et de désespoir que l’on éprouve très intimement lors des nombreuses écoutes. Des chants hurlés avec un lead middle vraiment percutant et des backs lows typés Crust vraiment cool notamment sur le final de « 12 ». Les gars s’arrachent sur chaque entrée en matière, la puissance et la sincérité des émotions est palpable, rien à redire sur l’interprétation des chanteurs, on est littéralement saisi d’effroi, de colère et de tristesse à l’écoute de ses 8 complaintes Punk. De la consistance, du background et beaucoup de bonnes idées, souvent inspirées des meilleures formations qu’ait connu la scène Screamo Hexagonale, sont à l’œuvre sur I.

 

En mettant au centre de son skeud des émotions incandescentes et des affects sensibles dans un moment historique et dans une société qui nous enjoint toujours plus, avec le renfort de ses appareils répressifs, à surtout bien rester sage, modérer, docile et surtout à accepter toujours plus l’horreur qui nous entoure ; Jeanne nous amène dans des états de pures jubilations auditives, et nous rappelle à quel point il est toujours aussi urgent de se révolter… la rage, le cœur, les expériences et les images douloureuses en mémoire, et comme seul moteurs de nos actions. De son rapport au monde profondément mélancolique, violent mais lucide et authentique, Jeanne nous encourage à persévérer dans la lutte contre les forces sociales et psychiques qui nous oppriment, nous font souffrir et nous éloignent d’un horizon émancipateur.

 

De mon côté, et pour le moment, le karma est plutôt bon car Jeanne, groupe découvert vraiment trop tard, sera à l’affiche du « Money for Revolution Fest » qui aura lieu à Caen en Septembre prochain. Un petit festival pas piquet des hannetons (Nine Eleven, Chaviré, Geraniüm, Fake Off etc.,) qui permettra de financer les différentes caisses anti-rep. Viendez !! c’est pour la bonne cause, celle contre l’Histoire en cours.

Pour finir, une pensée solidaire pour les gilets jaunes victimes de la répression féroce de l’Etat et qui croupissent encore dans les taules Françaises pendant que d'autres jouissent d'une liberté sous contrôle. Le mouvement des GJs n’existe plus médiatiquement (et à la limite on s’en cogne), n’existe plus dans la rue ni sur les ronds points mais n’oublions pas celles et ceux qui ont payé le plus lourd tribut dans cette lutte sociale acharnée et pleine d'espoir, une lutte qui en appellera une autre… puis une autre…

 

Et de toutes ces luttes, seul le Screamo vaincra Aha…

photo de Freaks
le 14/08/2019

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