Jinjer - Macro

Chronique CD album (41:09)

chronique Jinjer - Macro

Dans tout ce qui touche le côté « sensation » et « effet de mode », il y a deux cas de figure. Nous avons d'un côté les groupes/projets montés de toute pièce avec un comme un côté « clé en main comme les meubles Ikéa » que l'on propulse en grandes pompes dans la fosse aux lions en croisant les doigts qu'ils parviennent à obtenir le buzz escompté, histoire que les gros labels génèrent un maximum de pognon et ce, même si ça ne dure qu'un album. Et de l'autre, nous avons les groupes qui parviennent à décrocher la timbale, un peu par hasard, alors qu'ils n'imaginaient sans doute jamais l'atteindre, ou tout du moins pas aussi tôt. On l'admettra, ce second cas de figure est rare alors autant s'en délecter lorsqu'il se présente, quitte à ravaler un bon coup tous ses a-priori vis-à-vis de tout ce qui a attrait à la mode et aux tendances. C'est ce que j'ai fait à la sortie de l'EP Micro des Ukrainiens de Jinjer qui grimpent à la vitesse de l'éclair en faisant tourner moult têtes – et mauvaises langues, ça va de paire – autant niveau « simple public » que du côté des artistes qui ne cachent pas au travers de diverses interviews apprécier grandement la déferlante. Et sans surprise, c'est ce que je continue de faire avec son alter-ego long format, Macro, qui sort aujourd'hui.

 

Parce que bon, là, définitivement, le cas Jinjer est perturbant. Il est porté aux nues parmi les d'jneunz qui n'ont d'yeux que pour des Slipknot, des Avenged Sevenfold, des Bullet For My Valentine et consorts et l'on se demande bien pourquoi tant il est à des années-lumières de s'accorder avec les différents acteurs en vogue qui remplacent progressivement les vieux noms mythiques, crevant ou partant à la retraite les uns après les autres au sommet des affiches des festivals. Sans l'ombre d'un doute, Jinjer est arrivé, a balancé ses premières ogives, sans se préoccuper de ce qui pourrait plaire ou non et s'est vu hisser comme un « outsider qui grimpe » sans l'avoir consciemment provoqué. Ce qui explique pourquoi avec Macro, le combo continue son bout de chemin initié par un Micro surprenant de personnalité et de créativité sans trop faire attention à ce qu'il pourrait lui octroyer plus de suffrages : on aurait même l'impression qu'il avance droit devant, tel un bélier borné, qui n'en a juste rien à foutre des conséquences. Si ça continue de plaire, tant mieux, sinon tant pis. Au moins, n'y aura-t-il pas de regrets à avoir été plus loin dans la construction de cette bête monstrueusement hybride s'affranchissant progressivement des limites.

 

Pour preuve : il faut déjà un sacré culot alors qu'on est signé sur un label comme Napalm Records – dont le catalogue est quand même bien garni niveau outsiders-copieurs discutables – d'aller proposer en premier single un « Judgement (& Punishment) » qui s'amuse à faire passer les histoires de peace and love reggae comme une énième histoire gentiment bourrine. L'album n'est même pas encore sorti que Jinjer annonce tout de suite la couleur : on s'en branle de ce que vous pensez, prenez ça, jugez et condamnez si ça vous chante, nous ça nous amuse. Ça tombe bien, ces exercices de style, ça m'amuse, surtout lorsque c'est étonnamment maîtrisé avec une main de maître, que ce soit avec les instruments et les cordes vocales. On sent malgré tout qu'il y a encore une certaine pudeur dans le fait de dégommer les murs. Parce que Jinjer a beau, à certains moments, bien mettre les pieds dans le plat et s'y enfoncer jusqu'au cou dans les choix qui détonnent (l'emploi de la langue ukrainienne qui rend les phases mélodiques de « Retrospection » très musique traditionnelle locale, le côté très neo groovy remis retravaillé à la sauce modern metal de « Home Back » ainsi que son break hyper jazzy), le côté désarçonnant en dehors de ces quelques exceptions ira davantage sur quelques petits éléments de-ci, de-là qui se nichent au sein de titres qui auraient pu paraître bateau et calibrés metalcore/modern metal s'ils n'avaient pas été là. Notamment au travers de ce bourdonnement typiquement black qui ne cesse de jouer à cache-cache et de ces breaks délicieusement vicelards d'avant-refrains pour « On The Top », second single autrement moins singulier que le premier. Ou encore ces blasts de malade durant les refrains de « Pausing Death » jouant pourtant à fond la carte de la mélodie qui se retrouve étrangement noyée. Voire de manque total de transition qui fonctionne pourtant fort bien tel le passage entre bourrinisme djentien et refrains mélodiques accrocheurs où la rythmique reprend sa place en un instant sur « Noah ».

 

Autant dire, que Jinjer ouvre complètement les vannes ou les distillent au compte-goutte, la créativité fuse de partout, à tel point que Macro se montre passionnant de bout en bout. De plus, la bestiole est insolente : elle pioche ses idées à droite et à gauche, les avale et les régurgite avec une pertinence et une maîtrise qui ne laissent rien au hasard. Tout est là, rôdé, technique, millimétré et ne laisse que peu de temps à l'auditeur de souffler tant ça n'y va pas de main morte en terme de puissance. Qu'importe que ce soit bourrin ou mélodique, l'intensité ne faiblit jamais, les plans s'enchaînant et progressant continuellement sans jamais s'embourber. Voilà sans doute l'aspect qui plaît le plus aux d'jeunz. Alors que les plus vieux pourront davantage se délecter du côté fringuant de cette recette qui bouscule les codes d'un modern metal par définition hyper calibré. Même si quelque chose me dit que Macro – et Micro, son carton d'invitation – n'est encore qu'une timide sortie de placard : il y a fort à parier que la bête finira par se décomplexer complètement dans le futur si elle décide de continuer sur ce chemin sans se laisser soudoyer par les paillettes de Kévin. Et lorsque ce sera fait, tout porte à croire que le résultat sera terrible. Délicieusement terrible même.

photo de Margoth
le 25/10/2019

1 COMMENTAIRE

jsuikomsega

jsuikomsega le 02/01/2020 à 22:19:35

vu à toulouse début décembre....une tuerie. J'avais quelques appréhensions, que le phénomène découvert sur youtube ne soit pas à la hauteur sur scène, c'est tout l'inverse, en live c'est juste énorme, on sent qu'ils se sont fait sur scène... un vrai plaisir de jouer, un son nickel malgré une salle moyenne.. ils méritent le meilleur.

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