June Deville - S/T

June Deville - "S/T"
chronique June Deville - S/T

Phillip Marlowe est un personnage de détective privé assez atypique, création de Raymond Chandler. Si l’on tient compte de nos références actuelles à grands renforts d’esprits, criminels ou autres, le caractère particulièrement désinvolte de ce anti-héros a de quoi surprendre. Qu’il soit repris sous les traits de Humphrey Bogart, Robert Mitchum, James Caan ou encore Danny Glover, il aborde le plus souvent cernes, rictus narquois, une allure vaguement imbibée, cintrée dans un imper sans âge. Seuls son goût immodéré pour la poésie, Bartok et les femmes (souvent fatales) apportent un peu de douceur dans cette caricature de dur à cuire.

 

La pochette, fort réussie, sans équivoque, de ce premier album nous amène à découvrir June Deville, femme fatale et, on se doute, sans concession. De sacrées références, en un coup d’œil, pour ce groupe rigolard. Le dos de la pochette reprend les titres de l’album, écrits d’une main assurée, une tâche de sang (encore chaud) va recouvrir la feuille, et les doigts se crispent, se recroquevillent.

 

Dès la première écoute, nous sommes happés par le gros son qui se dégage de ces plages fortement inspirées… Une petite boulette de beuh s’éteint et va s’écraser sur le sol. Rock Stoner comme dirait l’autre ! Oui mais pas seulement. Des touches heavy parsèment, çà et là, les longues compositions du trio. « Raw (ûberreal) » qui ouvre l’album est une merveille du genre dans le sens où il collectionne tous les clichés propres au genre. Nous voilà mal embarqu… Pas le temps de finir la phrase que déboule « The Whore ». Tout monte d’un cran, le son, les riffs s’empilent, le break est attendu (je fais déjà du air guitar et j’headbangue) l’ambiance s’alourdit, le chant se veut menaçant. Tout cela serait diablement plus addictif si le propos était plus concis. « Stones Eyes » et son entêtante intro mettent en évidence la surprise de l’album, le gars à beau s’appeler War, c’est bien Marilyn Manson qui est au chant… Saisissant ! « We want babies » est imparable. Sur « Igor », c’est Mudhoney au complet qui s’invite… Bien sûr je pourrais vous dérouler l’album titre par titre mais vous avez compris de quoi il en retourne.

 

Entre pesanteur, coups de griffes estampillés grunge, coups de boule punk et volonté sabbatienne, les lausannois ne lésinent pas sur les moyens pour nous proposer un beau et vrai disque de rock. Solide, cohérent, et addictif. Les riffs sont malins, ça sent la sueur des trous dans les converses comme pour attester  de la véracité du propos.

On regrette toutefois la longueur des morceaux qui nous empêche de profiter pleinement de ce power rock de haute tenue. Pour un premier effort, les suisses remportent haut la main le brevet doré détenu autrefois par les Hives, Jet et autres Turbonegro.


Lemmy va adorer ce disque.

photo de Eric D-Toorop
le 03/11/2011

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