Lacuna Coil - Delirium

Lacuna Coil - "Delirium"
chronique Lacuna Coil - Delirium

Lacuna Coil... Pas que je sois si vieille mais je ne peux m'empêcher de toujours avoir une vague de nostalgie dès lors qu'on amène le sujet. On revient à mes années lycée où j'étais entourée d'une bande de mauvaises graines passant leur fainéantise et ennui du scolaire dans le pipi de chat packagé en bouteilles avec une étiquette portant l'intitulé de « bière blonde de luxe ». A moins de cinq euros le pack de vingt, il est certain qu'on avait à faire là à un produit d'exception. Mais limités étions-nous par le bon vouloir parental sur le remplissage du portefeuille, il fallait bien, à un moment donné, trouver d'autres divertissements moins onéreux. A cela, quoi de mieux que la musique ? Avec tous ces débats aussi affligeants qu'inutiles qui tournaient toujours au langage de sourds. Car chacun sait que l'adolescence est une période noire : on a l'audace de jouer aux grands, d'avoir l'impression de tout savoir, de donner des leçons à son prochain alors qu'au final, notre vie est misérablement vide d'expérience vu qu'elle n'a limite même pas encore commencée.

 

De ces mauvaises graines rebelles, au moins pouvait-on reconnaître des profils sonores extrêmement hétéroclites. Du pseudo-keupon pro-Greenday et Sum 41 au death metalleux extrémiste « mais pas si fermé, après tout, j'écoute aussi du black », en passant par les skateurs hippies bouffeurs de ska. Et puis, il y avait quelques petites nénettes aux longues robes noires et au teint pâle qui buvaient leur thé avec un doigt de sang de Morticia Adams tous les matins. Bien entendu fanatiques de musiques sombres, tantôt rock en fantasmant comme des pucelles surexcitées sur la bogossitude de HIM, tantôt électrodark. Et bien sûr, le metal sympho à chanteuse. De grands débats stériles autour de combos tels Epica, Nightwish, After Forever, Tristania, Sirenia et consort naissaient à tour de bras... Auxquels j'abdiquais souvent en allant chercher l'urine de chat au Huit à Huit du coin. Parce qu'on peut peut-être parler des trVe blackeux et autres amateurs de metal extrême mais les amateurs de sympho ne sont pas mieux en terme de discours pro-terroriste modifié et calqué pour s'adapter au domaine culturel et musical. Et bien sûr, parmi ces groupes, les Italiens de Lacuna Coil pouvaient très bien arriver sur le tapis. Notamment en 2006. Karmacode venait de sortir et dieu seul sait que j'ai connu énormément de solitude : même encore maintenant, voilà un album que je défendrai bec et ongles. Même à l'époque alors que j'étais plongée dans une atmosphère hostile, Karmacode étant considéré comme la pire des infamies, une véritable traîtrise. En même temps, partir dans des délires neo metal en s'américanisant et se radicalisant dans des délires sucrées et formatées... Mais où va le monde ma bonne dame ! Et pourtant, j'ai trouvé ça intéressant, entêtant, aussi facile que fédérateur. Bon, en même temps, faire partie de la génération neo aide beaucoup à bien apprivoiser ce virage discographique important qui n'a plus quitté l'identité Lacuna Coil depuis.

 

Pourtant, si Karmacode reste dans mes petits papiers, ça ne m'a pas empêché de bouder ses deux successeurs, Shallow Life et Dark Adrenaline. Trop répétitifs, trop propres, trop mielleux, trop lumineux à mon goût. Il a fallu attendre Broken Crown Halo il y a deux ans pour que je me réconcilie avec les Transalpins. Un disque prenant place après une petite mutinerie interne. Et malgré tout, étonnamment solide vis-vis du contexte où il a été accouché. Certes, il ne réinventait pas la poudre et ses codes musicaux reposaient sur tous les acquis développés avec les années mais son caractère sombre et mélancolique lui donnait une meilleure stature que ses deux grands frères plus lollipop. C'est en toute logique que je n'ai pas pu m'empêcher de prêter une oreille à leur nouveau méfait, Delirium, histoire de voir si Lacuna Coil allait rester sur cette même pente positive... Enfin, positive selon mes goûts car ce nouveau bébé poursuit ses explorations de la facette sombre des Milanais. En même temps, de nouveaux remaniements de personnel n'aident pas non plus à déteindre un tableau flashy bourré de chiures multicolores de licornes.

 

J'ai eu beau y aller étonnamment avec la fleur au fusil en terme de confiance de tomber sur une bonne fournée, j'en suis néanmoins restée sur le cul. Delirium, non content de donner des coups de pinceau aliénés sur une toile dérangée sentant bon le soufre d'un asile psychiatrique badasse de série B, s'avère être une pierre angulaire de la discographie de Lacuna Coil. Même s'il est loin d'être parfait, la galette s'impose comme le plus gros dérapage stylistique depuis Karmacode. Pardonnez du peu...

 

Il suffit simplement de prêter une oreille à l'entame des hostilités pour s'en convaincre. « The House Of Shame » se pose là comme du bon metal formaté moderne à l'américaine. Grosses guitares massives sous-accordées pour rappeler les sonorités neo en place depuis maintenant dix ans qu'on aurait booster pour atteindre du quasi-metalcore sur lesquelles on accole une approche déstructurée très djent. Avec une certaine parcimonie histoire de conserver les structures simples et formatées, non dénuées d'ambiances un chouïa goth, chères au combo. Mais ce qui laisse sur le cul, c'est entendre Andrea Ferro s'égosiller de façon aussi agressive. C'est bien simple : on se demande si on ne lui aurait enfin greffer une paire de couilles. Et enfin, on a l'impression que le bougre sert à quelque chose dans le schmilblick. Certes, on se retrouve là avec un schéma classique du genre, à savoir une dualité masculine agressive/féminine mélodique, mais qui fait toujours mouche et colle dans le cadre de la musique de Lacuna Coil une nouvelle dimension qui ne peut que lui faire du bien.

 

L'ensemble de la tracklist ne s'inscrit pas dans cette direction introductive, même si on la retrouve sur une grande majorité. Malheureusement, les Milanais se laissent parfois avoir dans les travers opérés en 2009 et 2012, à savoir se perdre dans une soupe formatée trop juvénile et très « rock copaiiiiinnnn ». Il suffit d'entendre les refrains de « Broken Things » ou encore « Ghost In The Mist » et leurs « One, two, three » et « It's my life » ne pouvant véritablement parler qu'à des adolescents pré-pubères en mal de sensations fortes tellement c'est gerbatif de niaiserie brise-crâniesque. Heureusement, d'autres passages comme « Blood, Tears, Dust » ou « My Demons » (pour lequel on pourrait presque percevoir des relents du vieux Lacuna Coil de Comalies) s'avèrent plus convaincants et inspirés. De cette débauche de sang neuf, les Italiens n'ont pas pour autant décidé de jouer la carte de la radicalisation pure et simple comme il avait pu le faire la décennie précédente. C'est ainsi que l'on retrouve un « Downfall » qui n'aurait pas fait tâche sur son méfait précédent tant on y retrouve cette même ambiance mélancolique. Alors que des titres comme le single « Delirium », « Take Me Home » ou encore « Claustrophobia » s'inscrivent comme du Lacuna Coil pur jus où sa charmante frontwoman est mise à l'honneur dans une débauche de mélodies accrocheuses qui rentrent dans les crânes en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Sans non plus s'avérer d'une évidence instantanée, des ambiances plus subtiles qu'il n'y paraît en premier lieu faisant qu'il faille plusieurs écoutes pour discerner tout leur potentiel.

 

Même si le combo milanais se montre parfois maladroit, Delirium s'impose comme le meilleur disque qu'il ait pu proposer depuis Karmacode. Non pas pour sa perfection mais de par l'innovation et le renouvellement de son identité qui est très loin d'être inintéressante, même si elle peut sembler un brin opportuniste de par cette grande part d'américanisme. Mais d'un autre côté, c'est un peu ça qui fait le charme de Lacuna Coil, à supposer qu'on y adhère : son côté formaté bourré de facilité immédiate (à condition qu'il ne s'enfonce pas dans le simplisme juvénile), douce et légèrement sucrée. A croire que les importants bouleversements de line-up ont été plus que bénéfiques pour la survie du groupe. En espérant que les Transalpins continuent sur cette lancée d'expérimentation, voire de radicalisation, dans le futur...

photo de Margoth
le 19/12/2016

3 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 19/12/2016 à 23:20:17

"Jus de minou" by Valstar... Un must. Quoique je préfère les petites productrices artisanales 😀

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 22/12/2016 à 19:46:01

Je me cogne grave du groupe mais sa remise en perspective toute personnelle est excellente.

Winter

Winter le 04/01/2017 à 17:13:10

Un ressenti similaire de mon côté !

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