Lelahell - Alif

Lelahell - "Alif"
chronique Lelahell - Alif

0 écoute au compteur: « Tiens, un groupe de Death issu d’Algérie?! Chouette, ça faisait longtemps que je n’avais pas pris mon pied sur du blast à l’harissa! »

 

1 écoute au compteur: « Bordel, en fait ça ne fait que tabasser! Forcément, quand le pilonnage est aussi intense, on ne distingue plus ni les minarets, ni les murs de la médina… »

 

4 écoutes au compteur: « Mais dis donc: ces riffs au cordeau, ils ne seraient pas gorgés de véhéments trémolos fleurant bon le sable chaud? »

 

Voilà grosso bucco (faim….) les 3 étapes par lesquelles le loustic qui est en train de vous causer est passé lors de sa découverte de Alif, le 2e album de Lelahell. Car je dois avouer qu’initialement, j’étais pas mal motivé par l’idée de trouver un remplaçant au Hilal d’Arkan, ainsi qu’au tout premier Orphaned Land, l’époque où ces groupes savaient rouvrir les dix plaies d’Egypte entre 2 danses du ventre n’étant plus qu’un doux mais lointain souvenir. Sauf que les premières écoutes de l’album ont vite fait disparaître tout espoir de voir briller de fines chaines en or aux chevilles de la reine de Saba, ou de se balader entre chien et loup à travers dunes: avec Lelahell, c’est la guerre, et s’il fallait faire un rapprochement avec des habitués du Proche-Orient, ce serait plutôt avec Nile qu’avec Khalas. En même temps je suis complètement con: est-ce que je m’attends à entendre de l’accordéon quand je mets un album de Loudblast sur la platine? Ou de la Country sur un album de Pantera? Et pourtant, si l’on écoute suffisamment attentivement, il devient évident que beaucoup des riffs composés par Redouane Aouameur contiennent à des niveaux divers ces trémolos typiques des musiques orientales.

 

… Du coup il est content Rosco!

 

Mais même sans cette touche « exotique », Alif se serait avéré être une bonne pioche, le Death massif et virulent du groupe (quoiqu’il s’agisse plus là d’un one-man band que d’une véritable équipe) étant suffisamment chiadé et efficace pour satisfaire à la fois les instincts les plus primaires et les aspirations technophiles les plus élevées. D’autant que pour cette 2e sortie longue durée Redouane a vu les choses en nettement plus grand avec 1) derrière les fûts pas moins que Herr Hannes Grossmann himself (Alkaloid, Hate Eternal, Obscura, Necrophagist) 2) un mixage et un mastering effectués aux Hertz Studio 3) un bel « upgrade » en matière de label, avec une sortie assurée cette fois par Metal Age Productions.

 

Mais revenons-en à des considérations moins "fiche technique". Alif est donc un album de Death Metal s’adonnant très souvent à des épisodes de virulence guerrière généreusement blastés – que même qu’on pourrait presque se croire chez Krisiun parfois – avec derrière le micro une personnalité double partagée entre un growl assez basique mais qui fait le job et un shriek bien acrimonieux, le mélange des genres n’évoquant pour autant pas les croix renversées de Deicide. C’est que l’on sent bien qu’il n’est pas ici [seulement] question de glorifier des serial killers zombifiés ou des crypto-démons du 666e cercle: l’album raconte une histoire, et cela se traduit par des ambiances, des nuances, et autres rimes en –ances (romance? non) qui font d’un album bien plus qu’une bête succession de morceaux indépendants. Et le « charme » d’opérer (au milieu des rafales de baffes) sur les attaques de nuages de frelons de « Paramnesia » (au bout d’une minute), sur la première occurrence indiscutable des influences orientales en ouverture de « Ribat Essalem », sur le plus atmosphérique « Litham », sur le début plein de miel de « InsirafMartyr », ainsi que sur le superbe « Adam The First » au sein duquel c’est carrément la rythmique qui trahit les origines du groupe en se faisant parfois chaloupée. Eh oui, avec Lelahell pas besoin des flonflons hollywoodiens typiques de Nile pour avoir l’impression de sentir le jasmin et le venin du cobra (… quoique « Thou Shalt Not Kill » me fasse mentir): c’est toute la musique qui est tombée dans la marmite épicée quand elle était petite.

 

Vous aurez néanmoins remarqué que la note ne traduit pas non plus un enthousiasme fébrile. C’est que l’album renferme encore quelques détails qui piquent. Comme la dynamique mélodique de « The Fifth », qui égraine binairement les notes – 2 chaque seconde –, ce manque de subtilité étant encore souligné par le chant shrieké qui met son flot au diapason. On ajoutera à cela le growl en Français de « InsiraMartyr », dont le rendu s'avère un poil pataud (ça me rappelle les Ghoulunatics dans le même registre). Enfin on pourra regretter un petit manque d’inspiration sur la fin de l’album, « Parasits » étant bien brutal mais un peu pauvre comparé aux titres précédents, et « Impunity of the Mutants » ne réussissant qu’à moitié sa mission (le début du morceau est assez poussif, il faut attendre 1:40 pour que le vaisseau décolle enfin, puis c’est enfin le panard… Sauf que: pourquoi nous abandonner sur 15 secondes de batterie solitairement stérile?). Heureusement, ces moins sont compensés par de vrais moments de bravoure: quand le duo guitares / nombril qui se dandine culmine à 3:05 sur « Adam The First », quand le nuage de sauterelles débarque à 2:37 sur « InsirafMartyr », ou encore au plus fort du déploiement de force sur « Impunity of the Mutants », quand la lead vient tutoyer la mélodie de « Misirlou » (… popularisée par le film Pulp Fiction).

 

Mais je vous dis Chaud, puis Froid, puis Chaud… Simplifions donc le propos: s’il fallait ne rester que sur une seule impression, c’est cette envie, une fois la dernière note d’Alif éteinte, de se repasser l’album. Ce genre de détail ne trompe pas. Comme quoi c’est bien la Castafiore qui avait raison quand elle disait « Algérie de me voir si belle en ce Death Metaaaaaaaaaaal…! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: si parmi vos fantasmes figure la découverte d’une version brutalement massive du Hilal de Arkan, ou – en présentant les choses par l’autre bout de la pelote – d’un Nile plus accessible (moins prétentieux?) et sans les paillettes hollywoodiennes, Alif devrait vous ravir. Sans en faire des caisses, sans aucune concession en matière de brutalité – et avec l’aide d’une batterie ENORME pilotée par Hannes Grossmann –, Lelahell réussit à proposer un Death metal brutal, raisonnablement technique, et qui titille subtilement les terminaisons nerveuses grâce à de régulières injections de piments et de grains de sable brûlants.

 

 

 

photo de Cglaume
le 13/12/2018

3 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 13/12/2018 à 21:48:42

Hey: c'est méchant ça !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 13/12/2018 à 21:56:18

Allez hop: acheté.

cglaume

cglaume le 13/12/2018 à 22:31:54

Youroule, comme disent l'aisant gliche :)

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