Lesuits - Thanks for Coming

Lesuits - "Thanks for Coming"
chronique Lesuits - Thanks for Coming

« Dans la famille Fusion / Nawak australienne, je voudrais le petit-frère! »

 

J’ai! Il vit à Brisbane, n’avait jusqu’ici pas encore sorti d’album malgré ses presque dix ans d’existence, est bien copain avec le grand-frère Osaka Punch, et use des cuivres avec une gourmandise qui interdit la modération. « Il », c’est LeSuits, formation qu’on avait déjà essayé de vous placer à l’époque de l’EP Snuts – puisque CoreAndCo est une SSIN (Société de Services en Ingénierie Nawakastique) sérieuse, et qu’on ne se refait pas. Ça aura pris le temps, donc, mais l’octet fusionneur (octet comme sextet+2, pas comme 8 bits, bande de geeks!) nous propose enfin sa première production longue durée… Et manifestement, vu le titre, ils sont aussi heureux de nous accueillir que nous de les recevoir, eux et leurs nouvelles compos (…du coup on va chez qui?).

 

« Alors, ça donne quoi? »

 

Eh bien le registre pratiqué sur Snuts ne subit nulle altération: le groupe pratique toujours un Rock / Fusion blindé de cuivres – trompette, saxo, trombone, tout ça. « Certes, mais encore? Du mieux, du moins bon, du neuf? » Si l’on gratouille un peu, on pourra peut-être trouver que le niveau général de clownerie a un peu baissé (peu de véritables passages purement Nawak ici), et que le groove, la disto, les chromes, les claquements de doigts ont tendance à être plus classieux, plus solennels, plus « concernés », plus cinématographiques aussi. Ce qui fait qu'on se croit plus souvent à Broadway qu’à la Fête foraine. M’enfin ne vous méprenez pas: ça regorge toujours de swing, de fourmis dans les pattes et de paillettes dans les yeux. Mais les pas de côté deviennent plus des décalages osés que des bouffonneries ingénieuses. La nuance ne sautera pas aux yeux de tout le monde, donc…

 

Pour vous le dire comme je le pense, si je prends en compte:

- la trame générale des titres proposés

- ces petites imperfections déjà signalée sur l’EP précédent (notamment un mix pas toujours tip-top qui envoie parfois certaines pistes bien loin dans le fond de l'espace sonore)

- cette voix un peu fragile, un peu arty

- ces longues plages non musicales où se déroulent d’obscures saynètes

j’ai l’impression d’écouter un album hommage à Osaka Punch avec Aspirateur de Langue aux manettes et Stanley Kubi aux décors et aux costumes. Plus des interventions des Pastors of Muppets et des Barons Of Tang qui passent en copains.

 

« Bon, en clair: c’est bien, donc? »

 

Carrément. C’est le genre d’album qui vous colle ce sourire typique des débuts d’après-midi de samedi ensoleillé. Allez donc résister à ce « Mr Gullible » au swing rondouillet, qui m’évoque – au moins au début – ce que je préfère chez Primus. Essayez donc de refuser à vos doigts la liberté de claquer sur « Egg », dont les cuivres funkisent en mode instrumental. Osez donc rester de marbre face au morceau-titre et son accueillant refrain doré à la lumière des spotlights. Tentez de fermer votre cœur à la douceur amicale de « Posmang », et de tenir bon alors que l’émotion s’épanouit avec de plus en plus d’éclat en un final grandiose qui ne vous épargnera pas – quand même! – quelques nawakeries légères et de bon goût. Restez donc insensible à l’écoute d’un « Simpleton's Choir » dont la gouaille old school peut évoquer That Handsome Devil. Feignez l’indifférence en découvrant l’envergure cinématographique de « I Drive Naked ». Si vous y arrivez sans recourir à une séance préalable d’autohypnose inhibitrice, c’est que vous devez être vachement fort à je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barbichette!

 

Certes, le tableau n’est pas non plus d'une blancheur immaculée. Ainsi, comme sur Snuts, la prod’ et toutes ces couches de bidouilleries sonores déléguées aux techniciens de studio sont moins rutilantes que ce que l’on pourrait espérer, ce qui fait perdre un chouia d’impact à certains titres, du fait d'une finition un peu « amateur » parfois. Par ailleurs les apartés non musicaux (la première minute de « Plate of Stick », les fins de « Goon » et de Filth, ainsi que l’intégralité de « Under Drescher ») sont bien trop longues et dispensables. Sans parler du long quart d’heure « Safari » que l’on zappe dès la deuxième écoute de l’album. Du coup il reste encore une bonne marge de manœuvre au groupe pour s’améliorer.

 

Mais pas de quoi vous détourner de ce nouveau joli rayon de soleil cuivré dont l’Australie, décidément, n’est pas avare. Allez vite Messieurs-dames: dès à présent, il faut travailler sur LesSuites à donner à ce très bon premier jet!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: sur le premier album de LeSuits, on assiste à l’alliance d’Aspirateur de Langue, Osaka Punch, des Pastors of Muppets et de Stanley Kubi, pour le groovier et pour le rire. Vu le beau mariage que cela nous donne – malgré quelques détails perfectibles – personne dans l’assistance ne se lèvera pour protester contre cette union. 

le 20/04/2018

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