Loudblast - Sublime Dementia

Chronique CD album (39:12)

chronique Loudblast - Sublime Dementia

« … Loudblast livre là une œuvre magistrale, à ranger aux côtés de ses pairs Human, Altars of Madness et Slowly We Rot »

 

Je cite de mémoire… C’est sur ces mots, ou du moins dans des termes proches et tout aussi laudateurs, que finissait la chronique de Sublime Dementia. Et visiblement – vu que je m'en souviens aussi nettement 24 ans après – celle-ci a dû drôlement me marquer. C’était en 1993, au sein de l’une de ces parutions mensuelles (Hard Force? Hard Rock Mag? Metal Hammer? Metal Attitude?) qui orchestraient alors les poussées d’enthousiasme de la Metalosphère française. Je venais de découvrir la compil’ Masters of Brutality, Disincarnate, ainsi que les discographies de – justement – Death, Morbid Angel et Obituary. Mes veines formaient alors un réseau anarchique parcouru par des flots carmin bouillonnants. Les tigres de mon moteur rugissaient dans l’attente permanente d’un fix supplémentaire d’adrénaline. Bref: les choses ne pouvaient pas mieux se goupiller.

 

C’est donc en toute logique que fut pratiquée, dans le respect des règles d’hygiène zoo-financière les plus élémentaires, une large saignée au niveau de la jugulaire de mon cochon-tirelire, ceci afin d'en prélever le petit pécule nécessaire à l’obtention légale de l’objet de mes convoitises. Un artwork JérômeBoschien, une prod’ à nouveau confiée à Scott Burns (ah bon? Malgré les approximations du précédent?), la classe rutilante et le sérieux d’un cartable un jour de rentrée des classes... Mazette, pour une fois mon argent sera bien placé! Ça changera des pertes abyssales engendrées par ce puits d’antimatière, situé à quelques encablures du lycée, dans lequel disparaissaient les trop nombreuses pièces donnant accès aux parties de Street Fighter II et Mortal Kombat.

 

Déchirage d’hymen plastique transparent.

Désarrimage de la rondelle laser.

Enfichage dans le lecteur ad hoc…

> PLAY

 

…. Aaaaaaaaaah. Quel panard quand la musique est à ce point en adéquation avec les critiques de la presse et la qualité du packaging! Impérial, acéré, sûr de lui, tout-puissant, rayonnant de cette sagesse qui émane des vieux maîtres de kung-philosophie: le Loudblast de l'époque imposait le respect et provoquait la ferveur par sa simple présence au sein de nos enceintes. Démarrant sur un magnifique crescendo « Presumption » + « Wisdom… » qui est pour nous l'occasion d’écarquiller les yeux face à l’ampleur du bond en avant – son aux petits oignons (malgré des guitares un peu « comprimées »), abandon des mitaines cloutées pour des gants blancs, tempos plus up/mid que doomy, mélodies ciselées –, l’album dégaine rapidement sa première tuerie, « Turn The Scales », dont le refrain est habité par des twins touchées par un souffle divin. Et après un petit pas en arrière permettant de mieux prendre son élan (« About Solitude ». J’y reviens…), le groupe balance ce qui restera peut-être son tube intergalactique: « Subject To Spirit ». Démarrant d’une foulée volontaire et conquérante, le morceau enchaîne les moments de bravoure, parmi lesquels un refrain grand, démarrant sur un savant décrochage vocal, ainsi qu'un break merveilleusement groovy (« ...But you, Creator, do you know ? »).

 

Ouawh, ils ont dû déjà tout donner, non?

 

Penses-tu! L'aventure continue entre broderies pertinentes, accroches décalées et intelligence rythmique. Dans la droite lignée de ce qui fait bicher les amateurs de Death technique et/ou progressif, mais sans les longueurs ni les prises de tête. Alors qu’on finit de se pourlécher les babines après le régal instrumental « In Perpetual Motion » et que, repu, on a presque baissé sa garde, on se fait cueillir par le superbe « Fancies » dont le refrain déploie là encore un autre étendard flamboyant. Ce qui, en fait, ne fait qu’ouvrir la voie pour l’autre énorme pavé de ce 3e album: « Sublime Dementia », dont les recoins biscornus et la pesanteur sexy (arf cette montée reptilienne vers un refrain conquérant!) sont autant de subterfuges pour mieux nous hameçonner.

 

Sauf qu’on a beau surfer ici au paradis du Death Metal, il faut savoir rester lucide et signaler les quelques petits paquets d’algues malodorantes qui souillent certains carrés de plage. Le plus évident de ceux-ci est la parenthèse « About Solitude ». Car autant le flux et reflux de la mélodie, le piano et les cloches peuvent tout à fait passer sans trop heurter quiconque si ce n’est les fans de Brodequin, autant les pointes hyper aigues du chant féminin constituent une vraie boulette en terme de choix artistique. On sera également un peu irrité par les langueurs dandy dans lesquelles s’aventure parfois le chant (cf. la question récurrente sur « My Last Journey », ainsi que le refrain et les « Masochism, masochism » de « Fire and Ice »). On regrettera encore que les merveilles que sont « Turn The Scales » et « Subject To Spirit » perdent un peu de leur superbe en 2e partie de morceau. Enfin on ne sera que partiellement convaincu par un « Fire And Ice » aux tortillons et au refrain peu séduisants.

 

Néanmoins tout ceci ne fait qu’illustrer l’adage usé jusqu’à la moelle « Qui aime bien châtie bien ». Car ce 3e album ne mérite rien d’autre que respect et admiration – si ce n’est vénération! En effet les remarques désobligeantes qu’on lui adresse plus haut sont du même acabit que celles du client pinailleur qui reproche au Ritz le manque de moelleux des serviettes en soie de la 3e salle de bain de la suite royale: quand tout est parfait, les rares défauts n’en ressortent que plus vivement! Alors: dément Sublime Dementia? Peut-être pas au sens d'un skeud de Sublime Cadaveric Decomposition ou de BlockHeads. Par contre sublime? Oh que oui. Démesurément!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: si Disincarnate était le Cowboys From Hell de Loudblast, Sublime Dementia est clairement son Far Beyond Driven. Mélodique, brillant, hyper maîtrisé, quasi-irréprochable, cet album référentiel commence une liste qui, avec Irradiant de Scarve et From Mars To Sirius de Gojira (allez: et Abject Offerings de Mercyless, The Cube de Supuration, Signs of The Decline de Massacra, Visionnaire de Misanthrope...) permettra à la France d’accéder au statut de grande nation du Metal extrême.

 

photo de Cglaume
le 25/05/2017

4 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 25/05/2017 à 15:43:27

Plus de 700 kro et ça m'éclate toujours autant de te lire.

cglaume

cglaume le 25/05/2017 à 15:50:45

Rhôôôô: faire rougir un lapin jaune, c'est risquer de lui faire prendre la teinte capillaire de Trump !

KIMOCHAT

KIMOCHAT le 27/03/2020 à 19:39:48

J'adhère à 100% avec lt liste Death "référentielle" du début des années 90.

cglaume

cglaume le 28/03/2020 à 07:58:17

:)

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