Master - Vindictive Miscreant

Chronique CD album (44:26)

chronique Master - Vindictive Miscreant

Il y a des jours comme ça où ça finit par déborder. Trop de galipettes techniques, trop de riffs à tiroir, trop de minutes pour une bête compo, trop de pistes superposées… On ne le dit pas assez mais les oreilles de l’amateur de Metal progo-nawako-avant-gardo-fantaisiste sont tout particulièrement exposées au risque de burnout musical. Alors de temps à autre il faut laisser sortir la vapeur et rugir la bête. Car la musique, c’est comme le sexe: à un moment donné il faut que ça sorte, et si ça se fait de manière bestiale, ça n'est pas plus mal. Parce que quand on fait durer les préliminaires sophistiqués pendant trop longtemps, ça risque de finir en occlusion des canaux déférents avec répercussions négatives sur l’ensemble du système nerveux, plus congestion du bulbe rachidien. Bobo quoi.

 

Et quand le métalleux a besoin de lâcher la bride à son cerveau reptilien, il sait qu’il peut compter sur Master. Pas celui qui fait mumuse avec des marionnettes dans la discographie de Metallica, non. Celui qui peut revendiquer le titre de grand oublié des origines du Death Metal, et dont on voit rarement dépasser la tête derrière celles, protubérantes, de Death, Possessed, Morbid Angel, Obituary ou Autopsy. Il est vrai que Paul Speckmann, l’omnipotent leader du groupe, n’a jamais vraiment pondu de bijou incontestable, ni ne s’est jamais vraiment extrait du fin fond de la 2nde division du genre. Par contre en matière d’abnégation et de dévotion envers ce style qu’il a contribué à forger, on fait difficilement mieux. Sans aucun espoir sérieux de devenir un jour Ze Next Big Thing, l’énergumène n’a pourtant cessé de sortir des albums, ceci de 1990 à nos jours: 14 sous l’étendard Master, mais également 2 avec Abomination, 1 sous le nom de Death Strike, 4 avec son alter-égo suédois Rogga Johansson, et je vous passe son projet solo, son passage chez Krabathor et ses années au sein de la chorale des Petits Chanteurs de Ste Marie des Prés.

 

Toutes ces considérations biographiques n’expliquent cependant pas pourquoi Master saura mieux qu'un autre dégager l’australo-pastèque qui vous reste en travers de la gorge après une trop longue exposition au Metal tarabisco-velouté. Le mieux pour saisir le pourquoi du comment est encore d’écouter les 20 premières secondes de l’album:

 

« You’re nothing but a Vindicative Miscreant!!! »

 

C’est avec cette invective que le Paulo nous accueille, sur un ton de punk camé à la meth’. Pour un peu on se croirait sur le paillasson d’un vieux scud de No Future Metal hargneux. Et le riff aussi primitif que bagarreur qui déboule juste après ne fait rien pour démentir cette première impression. L’assaut est cru, primaire, et en même temps basiquement jouissif. Comme un bon vieux morceau Punk, parfaitement, on y revient sans cesse, d’autant que tel break à la basse ou tel pattern D-beatesque ne cesse de nous faire pousser la crête. Deux riffs et demi, une énergie débordante, une prod’ faisant bien ressortir le gros bordel qui règne dans ce squat sordide, le tout servi dans un bouillonnement mêlant étroitement Thrash rageur et Death des origines. Rhaaaaa, décidément tout est bon dans l’boxon!

 

Et ce jus fiévreusement colérique de couler le long de 3 petits quarts d’heure ne réinventant pas la poudre, mais réussissant à y tracer son propre sillon. Parfois les fondations Death y apparaissent avec plus d’évidence (« Replaced » a un petit côté Deicide anarcho), parfois ce sont les racines Thrash qui ressortent en défonçant le béton de la terrasse (« Engulfed in Paranoia » a de faux airs d’hommage au Sodom époque Agent Orange), mais toujours la douce voix vomitive qui nous parle dans l’hygiaphone laisse percer des accents issus des gorges combinées de Chuck Schuldiner, Tom Angelripper et John Tardy. On sent néanmoins que Master fait quelques efforts pour s’extirper de sa gangue old school croûteuse: ainsi 3 morceaux dépassent les 6 minutes – sans trop lasser de surcroît – et, point plus notable encore, un impressionnant nombre de chouettes solos laissent à penser qu'au fond ces chenapans sont finalement peut-être plus corsaires royaux que pirates des bas-fonds.

 

Alors évidemment, un tel exercice ne peut éviter l'écueil de quelques faux pas un peu balourds, comme sur les débuts lourdingues de « The Inner Strength of the Demon » et « Engulfed in Paranoia » par exemple. Mais ces vieux Motörhead du Death/Thrash sont tellement pêchus, tellement authentiques dans l’exécution de leur proto-Metal extrême, et ils incarnent tellement l’antithèse de ces vétérans peu regardants qui vendraient leur cul pour retrouver une dernière fois le frisson des grandes scènes que l’on ne peut que se laisser convaincre.

 

De fait, Vindictive Miscreant est un album qui fait tranquillou le job qu’on lui avait demandé, exactement comme on lui avait demandé, sans trop se fouler c’est vrai, mais avec conviction et virulence. Oh et puis non, revoyons l’appréciation à la hausse: mieux qu’on lui avait demandé même! On sort donc tout à fait ragaillardi, et dé-burnout-isé (... vous aviez oublié l'amateur de Metal progo-nawako-avant-gardo-fantaisiste du début?) de ce bouillonnant épisode régressif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: pour du bon vieux Death / Thrash old school « fraîchement » sorti de sa grotte et baignant largement dans le Punk, Madame, exigez la qualité, exigez Vindictive Miscreant. Ce 14e album de Master ne surprend ni de déçoit, et mieux: il est une bonne coudée au-dessus du scud standard qui assure le minimum mais déjà satisfait. Crom-Cruach de tous les pays, cette rondelle toute mimi vous tend les bras: ne l’ignorez pas!

 

photo de Cglaume
le 29/10/2018

2 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 29/10/2018 à 10:18:17

Ouiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!(avec une voix suraigüe et horripilante à la mode)

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 29/10/2018 à 10:25:40

Bon il ressemble un peu au précédent à priori.

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