Metz - Strange peace

Chronique CD album (30:00)

chronique Metz - Strange peace

Avant de lancer ce troisième album de Metz, ceux qui avaient déjà rincé les deux premiers disques du groupe étaient en droit de se poser des questions : "Strange peace" allait-il être un "ter" ?
"Metz" puis le sobrement (et peu inspiré) nommé "II" étaient des disques jumeaux agréables à écouter (pour ceux qui, justement, n'aiment ce qui n'est pas "agréable")...mais des jumeaux quand même. Quitte à casser sa tirelire, autant le faire pour un album qui délivre un petit frisson de nouveauté.

 

En lançant "Strange peace", on est donc en droit d'avoir peur de se faire foutrement chier.
Cette crainte, à la hauteur de la vulgarité de la phrase précédente, se justifiait à la découverte des premières secondes puis des premières pistes de la galette. 

Mais, alors que l'on songe au fait que le duo canadien commence à tourner en rond si vite qu'il va finir par s'enculer lui-même, les choses semblent évoluer.


On est loin de s'ennuyer avec "Mess of wires" et "Drained lake", mais le rock hyper-tendu de Metz, c'est bon, on le connait. Cela ne l'empêche pas d'être très bon. Le riffing frénétique de la seconde piste devient hypnotisant, et fait grimper la tension à son top niveau.

Sauf que Metz a décidé de retoucher un peu l'écriture de ses morceaux, de revoir ses tonalités et s'est attaché les services de Maître Steve Albini, roi des 90's, seigneur du rock underground, dieu des producteurs (entre autres), histoire de peaufiner le truc.
Metz, parfois vu comme le Nirvana nerveux des 2000's, prenait ainsi le risque de se laisser emprisonné dans cette cage musicale pas si dorée avec le mec aux manettes d'"In Utero".

Mais c'est l'inverse qui va se produire, et le duo va alors devenir carrément insaisissable.


La nervosité du début laisse place à un riffing presque perturbant sur "Cellophane", plus punk ("Mr Plague" en sera un autre exemple), plus "radiophonique" pour un titre quasi-mélodique (ce qui est une surprise pour les canadiens).
"Caterpillar" est lui complètement nébuleux, enivrant, et porté par une production qui pose l'ambiance sans rentrer dans le détail.
Le grand écart est alors opéré avec "Lost in the blank city" grâce à sa batterie dont le son souffle jusqu'à péter les tympans. À l'aide d'une voix rockailleuse, habitée et une guitare tortueuse, cette piste est l'archétype hybride de ce qu'aurait pu être "III" : une continuité mais aussi une évolution dans le son du groupe.

 

Metz est devenu un groupe punk-noise qui, dorénavant, soigne son rythme et cherche la variété, chose dont il semblait se branler sur ses deux disques précédents. Entre l'étrange, quasi-rêveur, "Sink" (s'il n'était pas porté par la voix maladive et tripée), le tendu "Common trash" puis les titres hyper courts, punky, mais vénères "Escalator teeth" et enfin "Dig a hole", l'album défile en moins de temps qu'il n'en faut pour lui cette trop longue phrase. Mais pas aussi longue que le dernier titre "marathon".

 

"Marathon" reste relatif : 6 minutes ce n'est pas dingue, mais c'est le record du groupe sur la durée, sans ignorer l'intensité de ce dernier effort. S'il est marqué par un creux, il l'est aussi pour son rythme (rapide / calme / crescendo / explosif).
Cette piste est une belle conclusion pour un disque qui tient en haleine pendant ses 36 minutes.
Metz n'a pas décidé de faire chuter sa tension et garde un niveau élevé en dépit de yo-yo volontairement et intelligemment bien placé dans cette troisième oeuvre. Au contraire, c'est en rendant l'intensité électrique plus rare qu'elle est plus sensible voire presque malsaine. Ce disque carrément noisy est parfaitement mis en valeur par une prod' aussi lisse et propre...que rugueuse.
Cet autre paradoxe fait de "Strange peace" un album dont on se lassera bien moins vite que son prédécesseur.

photo de Tookie
le 13/12/2017

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