Miserable - Loverboy / Dog Days

Chronique CD album (33:21)

chronique Miserable - Loverboy / Dog Days

En cette fin d'année, COREandCO place son mois de décembre en mode « Journée de la Femme ». A comprendre de la damoiselle aux commandes du groupe du mois. Pour propulser sur les feux des projecteurs une figure féminine. Les féministes en herbe diront qu'un mois par an de carte blanche féminine, c'est quand même bien peu... Et pourtant, vous aurez tôt fait de comprendre avec Miserable pourquoi il ne peut en être autrement : je choisirais plus souvent les groupes du mois, vous aurez tôt fait de vous passer la corde au cou ! Parce que là, le projet solo de Kristina Esfandiari , frontwoman de King Woman, aura de quoi, comme son patronyme l'indique, de vous foutre le bourdon pendant les joyeusetés festives de fin d'année. Et si, par le plus grand des hasards, vous ressentiriez des âmes de révolutionnaires, croyez bien que ce ne sera pas avec ça dans les oreilles que vous enfilerez votre gilet jaune pour aller danser la Chenille sur les ronds-points en compagnie de ses semblables de la classe populaire. En revanche, prendre rendez-vous Place de l’Étoile le samedi matin pour subir les émeutes sans bouger ne serait-ce un petit doigt, tel un martyr des temps modernes, non pas pour quelconque revendication citoyenne mais bel et bien pour ressentir cette souffrance dans un état profondément apathique, voilà bien ce que pourra véhiculer Loverboy / Dog Days.

 

Tout particulièrement sur la toute première partie de la galette. Étant donné qu'il s'agit en réalité de deux EPs distincts réunis, la fracture entre les deux est plutôt franche tant l'approche dans chacun des cas est plutôt différent. La partie Loverboy, la plus réussie et aboutie à mon sens, se veut plus rythmée, plus rock, tout en ne perdant pas de vue ce lorgne poppesque dans les structures globales des morceaux pour rendre le tout plutôt accessible. Pour mieux prendre son auditoire dans ses griffes, tel un guet-apens, car ces quatre titres sont certainement les plus nocifs en terme d'atmosphères négatives qui enveloppent, prennent aux tripes et transportent loin. De la même manière que son groupe principal, Kristina Esfandiari se complaît dans les vapeurs et le psyché. Et en soi, vis-à-vis de King Woman, l'alternative Miserable n'est pas si différente et pourtant, cela fonctionne bien mieux dans ce cas précis. Difficile à expliquer pourquoi précisément mais le filtre semble tellement plus substantiel qu'on se trouvera mystérieusement transcendé. Un « Loverboy » nous fera chantonner par-dessus la narratrice, le regard vide, tel un être auquel cette succube sonore aurait aspiré toute énergie positive. Une léthargie dont on se sortirait à moitié sur quelques emballements de machine, soit pour sentir monter une montée lacrymale vaguement rageuse (« Gasoline ») jusqu'à carrément nous donner l'envie de tout casser par acquis de désespoir (l'excellent « Pain Farm » avec ses montées/descentes successives d'intensité). Résolument plus doom, cette première partie aura de quoi vous foutre dans un état second : « la vie, c'est franchement de la merde, autant en faire, il n'y a plus rien à perdre ».

 

La seconde partie, Dog Days, en revanche, si elle n'ajoute pas plus de positif au tableau, apaisera un peu plus l'esprit. Elle pose un filtre qui brouille d'autant plus la vue, en se focalisant davantage sur les atmosphères au détriment du dynamisme. La part un peu plus metallique perd totalement prise pour mettre en avant un côté indie rock faussement bobo que Pitchfork aurait sans doute acclamé s'il s'était penché sur le cas de Miserable. On oublie tout excès colérique, le but est ici autrement plus vicieux : commencer par de l'obscurité (« Hotel ») pour progressivement entrevoir parmi le brouillard comme un rayon lumineux qui tente péniblement de se tailler un chemin. Dans un premier temps, percevable mais semblant impossible à l'atteindre (« Fever »), jusqu'à parvenir à le toucher (« High ») et l'emprunter définitivement (« Kiss ») et ainsi se retrouver dans les cieux. Ce qui pourrait paraître positif, dit comme cela, mais il n'en est rien, c'est davantage comme une sorte d'image de sérénité trouvée dans la montée de l'âme apportée par la mort du corps qui prime ici. Rien de plus, rien de moins.

 

En bref, si vous avez osé confondre Kristina Esfandiari avec Cristina Cordula, nul doute que vous tomberez de haut. Point de « ma chewiiiieeee », et encore moins de « tu es ma-gni-faïque » avec Loverboy / Dog Days. Non, ce qu'elle te dit, c'est que :

 

  • Tu es moche
  • Tu ne vaux pas un clou
  • Ta vie, on s'en branle
  • LA vie, encore moins, c'est de la merde
  • #JeSuisMiserable
  • #NousSommesMiserables
  • Et Joyeux Noël bien sûr !
photo de Margoth
le 19/12/2018

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